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    Sowandi, professeur FLE à l'étranger

     

    Personnellement, j'ai classé mes exercices de lecture et rédaction comme suit :

    La partie lecture :

    - Littérature (c'est-à-dire les grands auteurs) = lecture + analyse + questions, j'aimerais faire quelques biographies et donner quelques repères historiques mais je n'arrive pas encore à adapter ce que j'ai fait pour mes collégiens à mes primaires (l’année prochaine, peut-être...).

    - Lecture à thèmes (contes et fables, historiettes, récits historiques...) et mythologie = lecture + analyse + questions.

    - Textes "scientifiques" : leçons de choses, géographie et phénomènes expliqués (par exemple, ce que j'ai fait ou prévu niveau CE2-CM : les abeilles, les vaches, la foudre, la marée, les mers salées, l'influence de la lune sur les jeunes plantes, le bruit de la mer dans les oreilles, la bouilloire qui chante, la Nouvelle-Zélande).

    Et la partie rédaction : voir ici.

     

    - L'abeille et la mouche - Fénelon (Niveau 5)

    - L'abeille (leçon de chose)

    - Force de l'homme (conte sénégalais) - Niveau 3

    - Robinson s'installe dans l'île (Defoe, Robinson Crusoé) (Niveau 2-3)

    - Projet de vacances (G. BORGEAU, Le Préau) (Niveau 2-3)

    - Le bazar magique (H. G. WELLS. Douze histoires et un Rêve) (Niveau 2-3)

    - Le naufrage du "Pharaon" (Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo) (Niveau 2-3)

    - Le vase de Kompeito (conte japonais, niveau 5)

     

    Programme de lecture pour le CE1 et le CE2

     

    Manuels ou recueils de textes

    Lectures analysées Dumas 1 (Niv. 1)

    Lectures analysées Dumas 2 (Niv. 2)

    Lecture courante Sowandi N2

    Contes, fables et poésies (recueil Niveau 3)

     

    Livres en entier

    - Collodi, Les Aventures de Pinocchio

    - Giono, L'Homme qui plantait des arbres

    - La Chanson de Roland (Niveau 3)

     

    Contes de Sara Cone Bryant

    - Boucles d'or et les trois ours - Cone Bryant (niveau 2)

    - Epaminondas et sa marraine - Cone Bryant (Niveau 2)

    - La baleine et l'éléphant - Cone Bryant (niveau 1) 

    - La Moitié de Poulet - Cone Bryant (Niveau 2)

    - La Petite Poule Rousse - Cone Bryant (Niveau 2)

    - La Souris des Villes et la Souris des Champs - Cone Bryant (Niveau 2)

    - Le Buisson de Ronces - Cone Bryant   (Niveau 2)

    - Le Frère de Jean Malpropre - Cone Bryant (Niveau 2)

    - Le Petit Sapin - Cone Bryant   (Niveau 2)

    - Le petit Tailleur de Galvay - Cone Bryant (Niveau 2)

    - Le Roi des Grenouilles - Cone Bryant (Niveau 2)

    - Les Aventures de la petite souris - Cone Bryant   (Niveau 2)

    - Les petits Chacals et le lion - Cone Bryant (Niveau 2)

    - Pourquoi le liseron grimpe aux arbres - Cone Bryant (niveau 3) 

  • Sowandi, FLE Indonésie

    Sowandi, professeur FLE à l'étranger :

    Je suis en train de (re)faire les programmes pour mes francophones pour l’année prochaine.

    Ayant le grand privilège d'enseigner dans mon école le français du CP jusqu’à la 2nde (les élèves passent alors leur examen international et ils peuvent choisir de passer une épreuve de français : français première langue ou français langue étrangère) et ayant des parents d’élèves de primaire qui me demandent de suivre le programme français en prévision de leur retour en France (je n'ai heureusement pas eu encore cette demande au collège car je ne suis pas "prof de français comme en France" mais prof de LV), je me suis plongée dans les programmes de français du primaire et du collège de L'EN.

    Mon constat est qu'un élève de primaire qui n'a pas lu régulièrement des lignes écrites en langage soutenu va avoir beaucoup de mal avec les textes de l’antiquité (Gilgamesh, Bible, Métamorphoses d'Ovide, Odyssée...) et les contes classiques prévus au programme de 6e.
    Régulièrement pour moi signifie tout au long de l’année et tous les ans.

    En prenant en considération mes moyens financiers limités (impressions et photocopies uniquement, exceptionnellement un achat de livres par les parents), j’ai donc défini deux types de lecture à mener en parallèle :
    - Lecture analysée : lecture en classe avec explications, des extraits ou en lecture suivie. Cette lecture s’accompagne de questions orales et écrites de compréhension, parfois de questions de langue ou d’une rédaction (raconter l’histoire lue).

    - Lecture courante : lecture à la maison (à voix haute et silencieuse), avec, en cas de problème de compréhension, une explication en classe. Lecture parfois suivie d’une discussion en classe ou d’une rédaction.
    A la fin de chaque semestre, quand ils ont fini de lire les textes prévus, je leur donne des tapuscrits d’albums ou de livres jeunesse contemporains.

    (Pour la lecture à la maison indépendamment de l’école, les parents se débrouillent. Ils échangent parfois les livres entre eux et il m’est arrivé de prêter les miens quand je pensais que je pouvais faire confiance aux enfants... et aux parents... quant au soin avec lequel devaient être traités ces livres, qui m’ont coûté un bras, quand même.)

    Pour l’instant, mes élèves sont bons lecteurs à la fin du CP (ils travaillent le français à la maison) ou arrivent bons lecteurs, je te mets donc ce que je fais en CE1 et en CE2 bien que tu sois en CE2 (si j’ai bien compris !) pour que tu te fasses une idée plus précise.

    Pour le CE1 :


    - Lecture analysée :
    * Dumas 1
    * Les Beaux textes de DC ici (dont je parle un message sur deux !)
    Je fais l’année avec ces 2 livres.

    - Lecture courante :
    Pour le 1er semestre, 2 livres en parallèle :
    * Recueil d’histoires et poésies.
    * Mythes grecs pour les petits (16 tapuscrits sur L'école d'ailleurs)

    Pour le 2e semestre :
    * Les Aventures de Pinocchio de Collodi (d’abord 2 chapitres par semaine, puis 3, puis 4)


    Pour le CE2 :


    - Lecture analysée :
    * Fin des Beaux textes de DC
    * Au pays bleu, livre des années 40, héritage d’élèves venant du Sud de la France, du coup on parle du bon (ou moche, c'est selon) vieux temps que je n'ai pas moi-même connu.

    - Lecture courante:
    Pour le 1er semestre, 2 livres en parallèle
    * Recueil de contes, fables et poésies.
    * Le feuilleton d’Hermès (le tapuscrit peut être demandé à une gentille collègue via son blog : http://www.lecoledailleurs.com)

    Pour le 2e semestre :
    * Fin du feuilleton d’Hermès
    * Quelques contes du Chat perché
    * Les premiers chapitres des Malheurs de Sophie (ils continuent s’ils veulent)
    * Les premiers chapitres de Tom Pouce (ils continuent s’ils veulent)

    Je mets les fichiers dans ce répertoire : un clic ici.
    Le niveau 2 correspond au CE1 et le niveau 3 correspond au CE2.

    En grammaire, ils utilisent Ecrire Analyser du GRIP, dans lesquels il y a régulièrement les petits textes introduisant la leçon à lire.

    Voila mon exemple, dans mon contexte particulier. Very Happy


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  • Grade 3 ou CE2 = niveau 3

    Auteur : Sowandi

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    Sommaire

    Semaine  1

    1)     Le roi des grenouilles - Miss Sara Cone Bryant (Angleterre)

    2)     Les habits neuf de l’empereur - Andersen (Danemark)

    Semaine  2

    3)     La princesse au petit pois - Andersen (Danemark)

    4)     Papotages d'Enfants - Andersen (Danemark)

    Semaine  3

    5)     A petite Jeanne - Victor Hugo

    6)     Le vilain petit canard - Andersen (Danemark)

    Semaine  4

    7)     La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf - La Fontaine

    8)     Le petit chaperon rouge - Grimm (Allemagne)

    Semaine  5

    9)     Des Rats tenant conseil - Ésope (Grèce)

    10)     De la Grenouille et du bœuf - Ésope (Grèce)

    11)     Le joueur de flûte de Hamelin - Grimm (Allemagne)

    Semaine  6

    12)     Le Loup et le Chien - La Fontaine

    13)     Les musiciens de Brême - Grimm (Allemagne)

    Semaine  7

    14)     Du Sanglier et de l’Âne - Ésope (Grèce)

    15)     D’un Rat de Ville, et d’un Rat de Village - Ésope (Grèce)

    16)     Raiponce - Grimm (Allemagne)

    Semaine  8

    17)     Le Rat de ville et le Rat des champs - La Fontaine

    18)     Le loup et les sept chevreaux - Grimm (Allemagne)

    Semaine  9

    19)     Du Corbeau et du Renard - Ésope (Grèce)

    20)     Du Renard et des Raisins - Ésope (Grèce)

    21)     Les korrigans - Conte breton

    Semaine  10

    22)     Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin... - V.  Hugo

    23)     Le rossignol - Andersen (Danemark)

    Semaine  11

    24)     Le Loup et l’Agneau - La Fontaine

    25)     Le grand-père qui faisait fleurir les arbres - (Japon)

    Semaine  12

    26)     Le hareng saur - Charles Cros

    27)     Les roses de Saadi - Marceline Desbordes-Valmore

    28)     Les voisins - Andersen (Danemark)

    Semaine  13

    29)     Le Lièvre et la Tortue - La Fontaine

    30)     Les lutins - Grimm (Allemagne)

    31)     Aladin et la lampe merveilleuse - Conte arabo-perse

    Semaine  14

    32)     Le chat - Charles Baudelaire

    33)     Le Maître Chat ou Le Chat Botté - Charles Perrault

     


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  • Document proposé par Sowandi

    Télécharger « niv 2 - lecture courante - jeunesse et oiseau .doc » (avec illustrations)

    Voir tous les textes Niveau 2.

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    1.    Hulul le hibou. 

    2.    La tribu des Préhistos – Le feu du volcan 

    3.    Perlette, goutte d’eau 

    4.    Histoire de Babar le petit éléphant 

    5.    Coyote Mauve 

    6.    La reine des bisous 

    7.    Cromignon 

    8.    Cropetite 

    9.    La poulette qui s’appelait Trompette 

    10.     Le passeur 

    11.     Le petit bonhomme de Pain d’épice 

     

    1.           Hulul le hibou.

    Chapitre I.                       Les étranges bosses

    1 –   Hulul était couché.

    « Il est temps de souffler la bougie et de dormir », dit-il en bâillant. Mais à ce moment, il vit au pied de son lit deux bosses sous la couverture. « Que peuvent bien être ces étranges bosses ? » se demanda-t-il. 

    2 –   Il souleva la couverture et regarda sous le lit, mais il ne vit que l’obscurité. Il essaya de dormir, mais sans y réussir.

    « Qu’’arriverait-il, pensa-t-il, si ces étranges bosses grossissaient de plus en plus pendant mon sommeil ? Ça serait bien désagréable ! »

    3 –   Hulul leva et rabaissa son pied droit. La bosse de droite se leva et se rabaissa.

    « Tiens ! une de ces bosses est mobile », remarqua Hulul.

    Il se leva alors et rabaissa son pied gauche. La bosse de gauche se leva et se rabaissa.

    « L’autre bosse est mobile aussi », pensa Hulul.

    4 –   Il retira toutes les couvertures de son lit.

    Les bosses avaient disparu. Tout ce qu’il put voir au bout de son lit, ce fut ses deux pieds.

    « Mais j’ai froid maintenant, dit Hulul. Je vais remettre sur loi les couvertures. »

    5 –   Dès qu’il l’eut fait, il revit les deux mêmes bosses.

    « Les revoilà ! » s’écria-t-il.

    « Bosses ! bosses ! allez-vous-en ! Je ne vais pas fermer l’œil de la nuit. »

    Il bondit et rebondit à la tête du lit.

    « Mais qui êtes-vous ? cria-t-il. Qu’est-ce que vous êtes ? »

    6 –   Soudain, dans un fort craquement, le lit s’écroula avec fracas.

    Hulul descendit l’escalier et alla s’asseoir dans son fauteuil près du feu.

    « Je vais laisser ces deux étranges bosses s’installer sur mon lit par leurs propres moyens, décida-t-il. Qu’elles grossissent autant qu’elles le voudront. Je vais dormir ici ou je suis bien tranquille ! »

    Et c’est ce qu’il fit. 

     

    Chapitre II.                   Étage et rez-de-chaussée

    1 –   La maison de Hulul a un étage et un rez-de-chaussée. Il y a vingt marches à l’escalier. 

    Parfois Hulul est à l’étage dans sa chambre.

    D’autres fois, il est au rez-de-chaussée dans la salle de séjour.

    2 –   Quand il est au rez-de-chaussée, il dit :

    « Je me demande bien comment ça va là-haut ? »

    Quand il est à l’étage, il dit :

    « Je me demande bien comment ça marche en bas ? Je ne peux jamais être qu’a un seul endroit à la fois.

    3 –   Il doit pourtant y avoir un moyen de se trouver au même moment au rez-de-chaussée et à l’étage.

    Peut-être qu’en courant très, très vite, je pourrais me trouver dans les deux endroits en même temps ? »

    Il grimpe l’escalier et dit : « Je suis en haut. »

    4 –   Puis il dévale l’escalier et constate :

    « Je suis en bas. »

    Hulul escalade et dégringole l’escalier de plus en plus vite.

    Il crie : « Hulul, es-tu en bas ? »

    Pas de réponse.

    Alors il dit : « Non, je ne suis pas en bas, puisque je suis en haut. Je ne cours pas assez vite. »

    5 –   Puis il crie : « Hulul es-tu en haut ? »

    Pas de réponse.

    Alors, il dit : « Non, je ne suis pas en haut puisque je suis en bas. Il faut que je coure encore plus vite. »

    « Plus vite ! plus vite encore ! » s’écrie Hulul.

    6 –   Toute la soirée, il court de l’étage au rez-de-chaussée, et du rez-de-chaussée à l’étage.

    Mais il ne peut arriver à être dans les deux endroits en même temps.

    « Quand je suis en haut, constate-t-il, je ne suis pas en bas ; et quand je suis en bas, je ne suis pas en haut. Mais je sais bien aussi que je suis très fatigué ! »

    Et il s’assied sur la dixième marche, car elle est exactement au milieu de l’escalier, entre le rez-de-chaussée et l’étage. 

    D’après Arnold Lobel, Hulul

    2.           La tribu des Préhistos – Le feu du volcan 

     

    Au pays des Préhistos, un grand malheur est arrivé : le feu s'est éteint, il n'y a plus de feu ! Il faut absolument aller en chercher au volcan.

    La tribu des Préhistos se met en route.

    Ils marchent 10 jours, ils marchent 20 jours, ils marchent 30 jours, ils marchent 40 jours...

    Enfin, les voilà arrivés.

    Le volcan est tout près.

    Ils s'approchent du cratère.

    Le feu danse au fond du trou.

    Rohar se penche, impressionné :

    – Comme ce volcan est immense ! Comme ses parois sont noires ! Comme son

    cratère est profond !

    Grand-père le Rouge secoue la tête :

    – Ne comptez pas sur moi pour aller chercher du feu, j'ai tant marché, je suis trop fatigué !

    Il s'enroule dans une peau de bête et se met à ronfler.

    Aussitôt Grand-mère Altamira se couche à ses côtés. Elle baille bruyamment et ferme les paupières. Rohar a beau la secouer, rien à faire.

    – Grand-mère dort...

    – Elle dort ?

    – Elle dort !

    Oma soupire :

    – Pourtant il nous faut du feu pour chauffer la grotte en hiver !

    Opa se frappe la poitrine d'un air décidé :

    – C'est moi qui vais aller chercher le feu. Je suis le plus fort et le plus courageux !

    Et le voilà qui plonge, tête la première, dans le volcan.

    Pauvre Opa !

    Quand il ressort, il ressemble à une tranche de mammouth grillée. 

    Mais il n'a pas réussi à capturer le feu.

    Pincevent soupire :

    – Pourtant il nous faut du feu pour chasser les bêtes féroces !

    Pendant ce temps, Oma s'est mise à fabriquer une drôle de machine à voler :

    – Je vais descendre en planant tout au fond du cratère...

    Aussitôt dit, la voilà partie.

    On entend d'abord un grand crac, puis un grand boum.

    Et Oma réapparaît dans un nuage de fumée. Elle n'a pas réussi à rapporter du feu.

    Les enfants soupirent :

    – Pourtant, il nous faut du feu pour éclairer la nuit noire !

    Pincevent a une idée. Il se roule dans la boue fraîche pour se protéger de la chaleur.

    – Ne vous inquiétez pas. Je descends dans le volcan ! J'en ai pour un instant et hop ! je reviens avec le feu.

    Mais Zouiippp !

    Avant même d'atteindre le cratère, Pincevent glisse, roule et atterrit dans un buisson plein d'épines.

    Rohar éclate de rire :

    – Pincevent est devenu un hérisson !

    Opa soupire :

    – Pourtant il nous faut du feu pour durcir les pointes de nos lances !

    Vénus tourne le dos au volcan en boudant.

    – Ne comptez pas sur moi pour aller chercher le feu. Je ne veux pas abîmer mon nouveau manteau de fourrure !

    – Ne t'inquiète pas, répond Pierrette, j'ai une idée.

    Et la voilà qui se met à taper sur la pierre, et pan ! et pan ! de toutes ses forces.

    Ouille ! Grand-père le Rouge s'est réveillé. Il râle :

    – Pierrette, quel boucan tu fais ! Veux-tu bien t'arrêter ?

    – Écoute, Grand-père, Laisse-moi travailler. Je taille un escalier pour descendre chercher du feu tout au fond du volcan.

    – Ouh là là, soupire Grand-père le Rouge, c'est bien trop long et trop compliqué. Tu en as au moins pour cent ans. Je serai mort avant que l'escalier soit terminé !

    Alors Rohar bondit sur ses pieds :

    – Puisque c'est ça, moi j'y vais !

    – Pas question, gronde Oma. Toi tu restes là avec Bébé.

    Vénus soupire :

    – Et pourtant il nous faut du feu pour faire sécher les peaux de bêtes après la pluie !

    Opa grogne et se frotte le ventre :

    – J'ai faim !

    Grand-père le Rouge répète :

    – J'ai faim !

    Pincevent, Vénus et les petits crient :

    – Nous aussi !

    Tous s'approchent d'Oma. Alors Oma sort un steak de son mammouth-sac et dit :

    – Oui, mais sans feu, on mange tout cru.

    – Pas question ! proteste la tribu en chœur. Il faut trouver une solution !

    Grand-mère Altamira ouvre un œil et soupire :

    – Ah ! là ! là ! Décidément, ils ne peuvent pas se passer de moi...

    Alors elle explique à Grand-père comment laisser pendre les pieds dans le trou du cratère. Puis elle se laisse glisser jusqu'aux pieds de Grand-père et s'y accroche.

    Après vient le tour d'Opa, puis d'Oma, de Pincevent, de Vénus, de Pierrette et de Rohar.

    – Ça y est ! crie Rohar, j'ai attrapé le feu, vous pouvez remonter !

    Grand-père fait un grand feu. Quel festin ! Un bon steak de mammouth grillé, ça fait du bien ! Rohar glisse une braise dans la corne à feu de Grand-père.

    – Ça, c'est pour rapporter chez nous...

    Sur le chemin du retour, tout le monde chante :

    – On va pouvoir chauffer la grotte !

    – On va pouvoir chasser les bêtes féroces !

    – On va pouvoir s'éclairer quand il fera noir !

    – On va pouvoir faire durcir la pointe des lances !

    – On va pouvoir faire sécher les peaux mouillées...

    – Et manger de la viande grillée ! You !

     

    F. Demars et S. Ribeyron, La tribu des Préhistos

     

     

     

    3.           Perlette, goutte d’eau

    Perlette est une toute petite goutte de pluie. Elle vit dans un nuage depuis toujours, et le temps lui semble long, très long.

    Elle ne supporte plus la monotonie.

     

    Alors, un soir, elle décide de faire un tour sur le sol.

    « Je te laisse, nuage !  Je dois découvrir le monde, dit-elle. » Et elle saute. 

    A l’arrivée, elle tombe sur une jolie anémone dans un jardin.

    Fatiguée par sa longue chute, elle s’endort sur un pétale.

     

    Au petit jour, elle se glisse le long de la tige et roule sur le sol.

    Elle rebondit, rebondit encore, et termine sa course dans un ruisseau qui descend la montagne en chantant.

    Les autres gouttes d’eau s’écartent pour lui faire

    de la place, puis l’entourent et la saluent.

    Elles descendent ensuite toutes ensemble le cours

    d’eau. 

    Tout à coup, Perlette sent qu’elle va de plus en plus vite : 

    «  Que se passe-t-il ? demande-t-elle à ses amies.

    - Nous arrivons au moulin ! Tu vas voir comme c’est drôle : on dirait un manège !» 

    La roue du moulin tourne avec un grand bruit, et les gouttes d’eau réunies dans un même effort se jettent sur elle avec courage.

    « Plus fort ! Plus fort, petites gouttes d’eau ! » crie la roue en riant. 

    Perlette fait un tour de manège se retrouve la tête en bas, dans le ruisseau moussant d’écume.

     

    Dorénavant, il coule plus tranquillement et s’étale entre ses rives. Perlette navigue entre les poissons, les plantes, les branches, les arbustes. Le ruisseau est de plus en plus large. 

    Encore plus tard, le petit ruisseau a grandi : il est devenu une rivière qui transporte des péniches !

    Il n’y a plus d’arbres sur les rives, mais de hauts murs très solides. 

    «  Où sommes-nous? demande Perlette.

    - Dans une ville ! répondent les autres gouttes d’eau.

     

    Regarde : si on entre par un filtre, on ressort

    de l’autre côté de la

    ville, par un égout.» 

    Mais Perlette souhaite découvrir le monde au grand air, et elle continue son chemin dans le lit de la rivière. A la sortie de la ville, elle retrouve enfin ses copines.

    « J’ai lavé des légumes dans une bassine, raconte l’une d’elle. 

    - Moi, j’ai lavé les dents d’un enfant, dit une autre. Que de microbes j’ai rencontrés !»

    Autour d’elles flottent des tas de détritus. 

    « Que de saletés ! dit Perlette. Allons-nous-en ! »

    Elle se dépêche de partir, et court le plus vite possible durant toute la nuit. 

    Le lendemain matin, elle ne voit plus les rives, et les gouttes d’eau autour d’elle sont devenues salées : 

    « Quel drôle de goût ! pense-t-elle tout haut. Suis-je arrivée à la mer ? Elle est si vaste, si agitée, si inquiétante ! Je me sens toute triste et perdue ! Comment revoir mon joli nuage ? 

    - Attends, aujourd’hui il va faire très chaud ! lui répondent les autres gouttes d’eau. »

    L’après-midi, il fait si chaud que Perlette se sent toute bizarre, toute légère; si légère qu’elle quitte la mer, s’envole, monte très haut, et retrouve enfin son confortable nuage. 

    « Ouf ! Quelle aventure ! soupire-t-elle. 

    - Et la prochaine fois qu’il pleuvra, nous y retournerons toutes ensemble, par un autre chemin sans doute, tu verras ! lui répondent les autres gouttes. » 

     

    D’après Marie Colmont, Perlette, goutte d’eau

     

     

    4.           Histoire de Babar le petit éléphant

    Chapitre I.                       Babar à la ville

    1 –   Dans la grande forêt, un petit éléphant est né. 

    Il s’appelle Babar.

    Sa maman l’aime beaucoup.

    Pour l’endormir, elle le berce avec sa trompe en chantant tout doucement.

    2 –   Babar a grandi. Il joue maintenant avec les autres enfants éléphants.

    C’est un des plus gentils.

    Mais un jour, un vilain chasseur caché derrière un buisson tire sur Babar qui se promenait avec sa maman.

    Le chasseur a tué la maman.

    Babar a si peur qu’il se sauve et court et court et court sans s’arrêter…

    3 –   Babar est sorti de la grande forêt et arrive près d’une ville.

    Il est très étonné parce que c’est la première fois qu’il voit tant de maisons.

    Dans la rue, Babar rencontre deux messieurs.

    « Vraiment, ils sont très bien habillés ; moi aussi j’aimerais avoir un beau costume. »

    4 –   Heureusement, une vieille dame qui aimait beaucoup les petits éléphants comprend qu’il a envie d’un bel habit.

    Comme elle aime faire plaisir, elle lui donne son porte-monnaie.

    Babar lui dit : « Merci, madame. »

    Et, sans perdre une minute, il va dans un grand magasin.

     

    Il trouve très amusant de monter et de descendre dans l’ascenseur.

    5 –   Alors il achète une chemise avec col et cravate, un costume d’un agréable couleur verte, puis un beau chapeau melon, enfin des souliers avec des guêtres.

    6 –   Babar va dîner chez son maie la vieille dame : Elle le trouve très chic dans son costume neuf :

    Après le dîner, fatigué, il s’endort vite.

     

    Chapitre II.                   Babar n’est pas heureux

    1 –   Maintenant, Babar habite chez la vieille dame.

    Le matin, avec elle, il fait de la gymnastique puis il prend son bain.

    Tous les jours, il se promène en auto. C’est la vieille dame qui la lui a achetée. Elle lui donne tout ce qu’il veut.

    2 –   Un savant professeur lui donne des leçons, Babar fait attention et répond comme il faut. C’est un élève qui fait des progrès.

     

    Le soir, après dîner, il raconte aux amis de la vieille dame sa vie dans la grande forêt.

    3 –   Pourtant Babar n’est pas tout à fait heureux : il ne peut plus jouer avec ses petits cousins et ses amis les singes.

    Souvent, à la fenêtre, il rêve en pensant à son enfance et pleure en se rappelant sa maman.

    4 –   Deux années ont passé. Un jour, pendant sa promenade, il voit venir à sa rencontre deux petits éléphants tout nus.

    « Mais c’est Arthur et Céleste, mon petit cousin et ma cousine ! » dit-il stupéfait à la vieille dame.

    Babar embrasse Arthur et Céleste. Puis il va leur acheter de beaux costumes et les emmène chez le pâtissier manger de bons gâteaux.

    Un oiseau, qui volait sur la ville, a reconnu Arthur et Céleste. Leurs mamans, inquiètes, sont venues les chercher.

    Babar se décide à retourner lui aussi dans la grande forêt.

    Il embrasse son amie la vieille dame et lui promet de revenir. Jamais il ne l’oubliera.

    Ils sont partis…

     

    Les mamans n’ont pas de place dans l’auto. Elles courent derrière et lèvent leurs trompes pour ne pas respirer la poussière.

    La vielle dame reste seule ; triste, elle pense : « Quand reverrai-je mon petit Babar ? »

     

    Chapitre III.              « Vive le roi Babar »

    1 –   Babar est arrivé dans la grande forêt.

    Tous les éléphants courent en criant :

    « Les voilà ! Les voilà ! Bonjour Arthur ! Bonjour Céleste ! Quels beaux costumes ! Quelle belle auto ! »

    Alors le vieux Cornelius s’avance vers Babar et lui dit de sa voix tremblante :

    « Hélas ! Babar, juste avant ton retour, notre roi a été empoisonné par un mauvais champignon. Il a été si malade qu’il en est mort. C’est un grand malheur. »

    Et Cornelius se tourne vers les éléphants :

    « Mes bons amis, nous cherchons un nouveau roi, pourquoi ne pas choisir Babar ? Il revient de la ville. Il a beaucoup appris chez les hommes. Donnons-lui la couronne. »

    Tous les éléphants trouvent que Cornelius a très bien parlé.

    Babar très ému les remercie et leur apprend que, pendant le voyage, Céleste et lui se sont fiancés.

    « Vive la reine Céleste !

    Vive le roi Babar ! »

    crient tous les éléphants sans hésiter.

    Babar a nommé Cornelius général.

    Il demande aux oiseaux d’inviter tous les animaux pour son mariage et charge le dromadaire de lui acheter à la ville de beaux habits de noce.

    Pendant les fêtes du couronnement tout le monde danse de bon cœur. 

    La fête est finie,

    Maintenant tout dort.

    Les invités sont rentrés chez eux, très contents mais fatigués d’avoir trop dansé.

    Le roi Babar et la reine Céleste

    heureux

    rêvent à leur bonheur.

     

    Jean de Brunhof, Histoire de Babar, le petit éléphant

     

    5.           Coyote Mauve

    Au milieu du désert plat et aride se dresse une colline de sable et de roche.

    Près de cette colline, il y a une petite maison.

    Jim joue tout seul dans le jardin avec son vieux camion auquel il manque une roue.

    Un jour, un coyote apparaît sur la colline.

    Un coyote pas comme les autres. Un coyote mauve.

    Jim le regarde... Le coyote effectue deux pas de danse.

    Puis il se met en équilibre sur la patte avant droite et pousse un drôle de hurlement : « Wululi wula

    wulila wuwu wa ! »

     

    Ensuite, il s'assied et le vent du soir, lentement, démêle ses poils mauves.

    La nuit tombe et la lune monte.

    Jim observe le coyote mauve jusqu'à ce que sa mère l'appelle pour le repas du soir.

    Le lendemain, Jim ne joue pas avec son camion qui a perdu une deuxième roue.

    Il va attendre le coyote au pied de la colline.

    Le coyote mauve apparaît. Il esquisse deux pas de danse, se met en équilibre sur sa patte avant droite et pousse son « Wululi wula wulila wuwu wa ! »

    Jim escalade la colline. Ce n'est pas difficile : elle n'est ni haute ni abrupte.

    Il s'approche de l'animal, le salue et lui demande : « Pourquoi es-tu mauve ? Ce n'est pas normal pour un coyote ! »

    « Je ne te le dirai pas ! » répond le coyote.

    « Pourquoi ? »

    « Parce que c'est un secret ! Mais si tu veux, tu peux me poser des questions... »

    Jim réfléchit très fort, regarde le coyote mauve dans les yeux et lui demande :

    « As-tu mangé trop de myrtilles ? »

    « Je ne mange jamais de myrtilles ! »

    Chaque après-midi, le coyote mauve revient sur la colline, fait ses deux pas de danse, se met en équilibre sur sa patte avant droite et pousse son « Wululi wula wulila wuwu wa ! ».

    Chaque après-midi, Jim rejoint le coyote, le salue et lui pose une question.

    « As-tu appliqué de la teinture mauve sur ton pelage ? »

    « Non » répond le coyote.

    « Es-tu né mauve ? »

    « Non ! »

    « As-tu attrapé la mauviose ? »

    « Non ! »

    « As-tu attrapé la mauvite ? »

    « Non plus ! »

    Les jours passent. Jim commence à s'impatienter.

    « Je me moque de savoir pourquoi tu es mauve ! » crie-t-il au coyote. Fâché, il songe à ne plus venir sur la colline mais la curiosité l'emporte sur la colère.

    « Dis-moi plutôt pourquoi tu danses ainsi et pourquoi tu pousses ce drôle de cri ? »

    Le coyote sourit : « Ça, c'est mon autre secret », dit-il.

    Jim fait un effort violent pour garder son calme. Il prend un air détaché et dit :

    « Ça, c'est un secret idiot. Tout le monde peut faire ça ! Regarde... »

    Jim fait deux pas de danse, se renverse sur le bras droit et hurle un strident :

    « Wululi wula wulila wuwu wa ! »

    Instantanément, Jim devient mauve. Le coyote, lui, retrouve la couleur coyote. Une couleur de désert, couleur de sable.

    « Bravo ! » dit le coyote, « Tu as découvert mes deux secrets d'un seul coup ! Tu m'as rendu ma couleur naturelle. Je peux partir maintenant. »

    Il ajoute encore un « Au revoir, Jim ! » et disparaît dans l'immensité du désert...

    Jean-Luc Cornette, Coyote mauve

     

     

     

     

     

    6.           La reine des bisous

    Comme chaque matin, la reine attend des visiteurs importants.

    « Maman », dit sa petite princesse, « je voudrais… »

    « Je n’ai pas le temps, ma chérie. Demande à ta gouvernante. »

    « Mais Maman, je voudrais juste quelques bisous… »

    « J’ai trop de travail, ma chérie. Prends mon avion et essaie de trouver la reine des bisous. »

    Aux commandes de l’avion, la princesse se sent aussi légère qu’un oiseau.

    « Mais où cette reine des bisous pourrait-elle bien se cacher ? » se demande la princesse. « Peut-être dans ce château qui ressemble à un gâteau ? »

    Une reine aux cheveux crème fraîche sort de la bonbonnière.

    « Bonjour, Madame », dit la princesse.

    « C’est vous la reine des bisous ? »   

    « Non, mon chou, je suis la reine des gâteaux. »

    « Si tu veux, je vais te montrer comment devenir experte en pâtisserie. »

    « D’accord », dit la princesse.

    « Tu es très douée, mon canard en sucre. Nous allons nous régaler ! »    

    La princesse s’amuse vraiment bien mais elle doit partir. La reine lui offre alors quelques  gâteaux pour sa maman.

    « Au revoir, Reine des gâteaux, et merci beaucoup ! »

    Pendant ce temps-là, dans son palais, Maman reine grignote des biscuits. Elle est épuisée.

    Quelle  journée fatigante !

    La princesse remonte à bord de l’avion et, depuis là-haut, elle aperçoit un arbre peuplé de chats.

    « Quand on aime les chats, on aime sûrement les caresses », se dit la princesse. « Ici, je trouverai peut-être la reine des bisous. »

    « Bonjour, Madame », dit la princesse.

    « C’est vous la reine des bisous ? »

    « Non, ma puce, je suis la reine des chats », lui répond une belle dame noire.

    « Je recueille les chats perdus pour les offrir aux enfants qui se sentent seuls. »

    La princesse s’amuse vraiment bien mais elle doit partir. La reine lui offre alors un chaton pour lui tenir compagnie.

    « Au revoir, Reine des chats, et merci beaucoup ! »

    Pendant ce temps-là, dans son palais, Maman reine se sent un peu seule. Elle n’a même pas un vrai chat à qui parler !

    « Quel château rigolo ! » se dit la princesse, de retour dans le ciel. « Une reine qui s’amuse doit sûrement aimer les bisous… Allons voir ça de plus près. »

    « Donc votre spécialité, c’est le jeu ? » demande la princesse en lançant les dés.

    « Eh oui, ma poupée, je suis la reine des jouets. »

    La princesse s’amuse vraiment bien mais elle doit partir. La reine lui offre alors un ballon pour jouer avec sa maman.

    « Au revoir, Reine des jouets, et merci beaucoup ! »

    Pendant ce temps-là, dans son palais, Maman reine joue toute seule. Ce n’est pas amusant. « Je me demande où est ma petite fille », se dit-elle.

    Tout  là-haut, la princesse commence à tourner en rond. Elle ne sait plus où aller.

    « Vais-je enfin trouver le reine des bisous ? »

    « Si on interrogeait la dame au chapeau » suggère le chat.

    « Connaissais-vous la reine des bisous ? » demande la princesse.

    « Non, ma rose. Moi, je donne des bisous à mes fleurs pour les aider à grandir. »

    « Vous êtes la reine des fleurs alors ? »

    « Oui, c’est moi. Viens, je vais te montrer mon jardin. »

    La princesse s’amuse vraiment bien mais elle doit partir. La reine lui offre alors quelques fleurs.

    « Au revoir, Reine des fleurs, et merci beaucoup ! »

    Pendant ce temps-là, dans son palais, Maman reine se sent de plus en plus triste. Sa petite fille lui manque terriblement.

    La nuit commence à tomber. Il reste peu de temps à la princesse pour trouver la reine des bisous. Là-bas, les lumières brillent encore. Il lui reste une chance…

    « Bonsoir, Madame », dit la princesse.

    « C’est vous la reine des bisous ? »  

    « Non, ma petite étoile, je suis la reine de la nuit. Je raconte des histoires pour chasser les cauchemars. Viens, je vais te lire mon conte préféré : « Il était une fois une reine qui se sentait très seule dans son palais… »

    La petite princesse songe aussitôt à sa maman. « Je dois partir », s’écrie-t-elle.

    Au revoir, Reine de la nuit, et merci beaucoup ! »

    « Vite, petit chat, rentrons à la maison ! Je n’ai pas trouvé la reine des bisous, mais tant pis. C’est Maman que je veux ! » 

    Le petit avion rouge  glisse  dans la nuit.

    Puis un nouveau jour se lève.

    « J’arrive, Maman, j’arrive ! »

    « Regarde, Maman, je t’ai apporté des cadeaux… »

    « Plus tard, mon trésor, plus tard. D’abord, je veux te donner des bisous. Beaucoup de bisous ! »

    « Tu sais quoi, Maman ?

    C’est  TOI  la reine des bisous ! »

    Kristien Aertssen, La reine des bisous

     

     

    7.           Cromignon

    C’est la Préhistoire. Il fait très froid depuis longtemps. Rien ne pousse plus sous la neige. Les Cro-Magnons n’ont que le gibier pour survivre. Il faut déménager souvent pour en trouver.

    Ce matin, Cromignon voudrait attraper du gibier avec les chasseurs, lui aussi a très faim.

    Il ne doit pas partir. Il est trop petit pour chasser. Sa maman le retient à la grotte. Il pourrait se faire manger par un lion, comme son papa. Parfois, c’est le gibier qui vous attrape.

    En attendant le retour des chasseurs, les mamans cassent des os pour sucer la moelle.

    Cromignon n’aime pas la moelle. Au lieu d’aspirer, il souffle dans l’os. Il s’aperçoit qu’il a fait une trace sur la roche. Cromignon recommence en s’appliquant.

     

    Il laisse son empreinte sur tous les rochers qui ressemblent à du gibier.

     

    Cromignon est un grand chasseur. Il a déjà attrapé 3 sangliers, 5 bisons et 2 ours. Maintenant Cromignon veut chasser le gros gibier là-bas.

    Mais il bouge ! C’est un vrai.

    Il avance droit sur Cromignon, comme une montagne…

    C’est un mammouth.

    Cromignon n’en a jamais vu. Il a très peur. Mais c’est l’arbre d’à côté qui intéresse le mammouth. Il l’arrache aussi facilement qu’un radis.

    Cromignon s’est caché sous un rocher. Il entend le mammouth broyer le cœur de l’arbre.

    Le mammouth a pris son temps pour se régaler. Il fait nuit quand Cromignon sort de sa cachette. Ses empreintes sur les rochers l’aident à retrouver le chemin de la grotte.

    La maman de Cromignon était très inquiète. « Là-bas, gros gibier ! » dit Cromignon.

    « Beaucoup à manger ! » Il danse en imitant le mammouth. Les Cro-Magnons pensent qu’il fait l’oiseau.

    Alors Cromignon dessine sur la roche avec du charbon de bois. Les chasseurs sont rentrés bredouilles. Ils regardent sérieusement le dessin de Cromignon. « Gros gibier ! » répète Cromignon. « Très gros gibier ! »

     

    Certains chasseurs ont entendu parler de l’énorme bête. Tous veulent savoir où elle se trouve.

    Cromignon suit ses traces sur les rochers. Les chasseurs suivent Cromignon.

    Quand ils arrivent à la dernière trace de Cromignon, les chasseurs découvrent celles du mammouth.

    « Attendez-moi ! Attendez-moi !» crie Cromignon.

    Mais les chasseurs n’entendent pas. Ils courent tuer le gibier.

    Le mammouth est mort. Maintenant Cromignon aussi peut l’attraper. Il est si gros que les chasseurs pourront tous en rapporter à la grotte. Les mamans seront contentes. Il n’y a pas que de la nourriture dans le gibier.

    Il y a aussi des os et de la fourrure. Tout sert. Il ne faut rien laisser.

    Les Cro-Magnons ont repris des forces. Avec les os du mammouth, les chasseurs ont sculpté des outils. Avec la fourrure, les mamans ont taillé des couvertures. Et avec la queue, Cromignon s’est fait un pinceau. Maman est fière de son grand chasseur.

     

    M. Gay, Cromignon

     

     

     

     

     

     

    8.           Cropetite

    Cette histoire se passe il y a dix mille ans. Les hommes avaient déjà découvert le feu, et beaucoup d’autres choses, mais toujours pas la poupée…

    C’est l’été. Cette année encore, la terre et le soleil ont donné beaucoup de blé et les CroMagnons fêtent la moisson. Les grandes de la tribu se sont fait leurs plus belles coiffures.

    Avec le blé qu’elles vont récolter, la tribu pourra manger tout l’hiver de bonnes galettes dorées.

    Cropetite est la plus petite des Cro-Magnons.

    Elle est trop petite pour avoir une coiffure de grande, et trop petite pour atteindre les épis de blé.

    Par terre, Cropetite voit de belles galettes d’argile séchée. Elle aussi va faire une grande récolte.

    Cropetite aimerait bien porter sa récolte sur la tête, comme les grandes, mais c’est trop difficile.

    Elle serre ses galettes contre elle pour ne surtout pas en perdre.

    Les grandes sont déjà en train d’écraser les grains de blé pour faire de la farine. Cropetite veut apporter sa récolte, mais tout le monde lui fait les gros yeux :

    « Pas de terre dans notre farine ! »

    « Va-t’en ! » lui dit sa maman.

    Dans son coin, Cropetite fait comme les grandes. Elle concasse, mouille, patouille, pétrit… et ça fait une belle pâte molle.

    Elle roule un gros boudin, puis une boule bien ronde. On dirait une tête.

    Elle ajoute deux cailloux bleus, et ça fait des yeux.

    On dirait vraiment un bébé, maintenant.

    Du bout de son doigt, Cropetite dessine une bouche et des cheveux.

    Le bébé pâte sourit, il a l’air content.

    Maintenant Cropetite voudrait que son bébé sente aussi bon que les galettes de farine quand elles cuisent.

    Vite elle le dépose sur la grande pierre plate, juste avant que le feu soit allumé.

    Un peu plus tard, la grand-mère de Cropetite vient vérifier la cuisson. Elle retourne une galette, deux galettes, trois galettes et, tout à coup, que voit-elle ?

    De la boue avec la nourriture !

    Elle se met très en colère et, d’un coup de bâton, pousse le bébé pâte dans le feu !

    Cropetite reste cachée. Elle sent qu’elle a fait une grosse bêtise.

    Quand le feu est éteint et que tout le monde dort, Cropetite fouille la cendre pour retrouver son bébé. C’est étrange, il est devenu tout lisse et dur. Comme il est encore tout chaud, Cropetite le serre contre elle pour se réchauffer.

    Cropetite a peur que les grandes lui prennent son bébé et le jettent pour de bon.

    Alors elle l’emmène dans sa cachette. C’est une petite grotte dans la grotte, si petite que seule Cropetite peut y entrer.

    Là, Cropetite fait la toilette de son bébé. Elle le frotte avec de la paille pour bien enlever la cendre. Puis elle l’endort en le tenant contre elle.

    Au lever du jour, on se demande où est passée Cropetite. Mais ses parents suivent les traces de ses petits pieds sur le sol et découvrent la toute petite grotte.

    Ils voient que Cropetite ne dort pas seule. Il y a un drôle de bébé avec elle. Il a l’air éveillé mais il ne bouge pas.

    Le papa de Cropetite n’a jamais vu ça. Un bébé tout dur et qui ne pleure pas. Il le sort délicatement de la petite grotte pour le montrer à toute la tribu.

    Une agitation inhabituelle réveille Cropetite.

    Toute la tribu ne parle que de son bébé. Chacun veut le toucher, le tenir et lui ajouter quelque chose.

    « Regarde », lui dit son papa. « Je lui ai fait des bras. »

    Cropetite a bien expliqué à son papa comment elle avait fait pour fabriquer le bébé.

    C’est une grande découverte pour la tribu. Maintenant, les Cro-Magnons vont cuire beaucoup d’objets en terre sous la grande pierre plate.

    Ils trouvent que Cropetite n’est plus si petite. Pour la première fois, sa maman lui fait une vraie coiffure de grande.

    Tout à l’heure, Grand-mère tressera un petit lit de paille pour le bébé.

    M. Gay, Cropetite

     

     

     

    9.           La poulette qui s’appelait Trompette 

    Chapitre I.     Pauvre trompette !

    1 –   Il y avait une fois une poulette qui s’appelait Trompette parce que chaque jour, elle pondait en chantant de toutes ses forces : »Cot ! Cot ! Codett’ ! »

    Sa maîtresse, la mère Mirette, en était très fière et elle la gâtait comme une petite reine.

    Or, un matin, plus rien !

    Trompette a la grippe, Trompette ne pond plus, Trompette ne chante plus.

    2 –   La mère Mirette attend un jour, deux jours, trois jours, dix jours… Rien ! Toujours rien ! A la fin, elle se met en colère : « Ma pauvre Trompette, tu n’es plus bonne a rien ! Ce soir, je te tuerai et demain je te mangerai. » 

    C’est qu’elle n’est pas commode, la mère Mirette !...

    Trompette se met à pleurer.

    3 –   « Sauve-toi lui dit sa voisin. Il en est encore temps. Va donc te faire soigner par le Docteur Sanglier. Il vit là-bas, au fond des bois, près de la source Guéritout. On dit qu’il fait merveille.

    Ma foi, puisque je n’ai plus rien à perdre, j’y vais ! » dit Trompette en reprenant courage.

    Et la voilà qui part, sautant et sautillant sur le chemin des bois.

    4 –   Non loin de là, elle rencontre Clairon le Coq qui éternue et tousse, tousse et tousse encore…

    « Bonjour Clairon !

    Atchoum ! répond le coq. Pourquoi cours-tu si vite, Trompette ? Où vas-tu ?

    — J’ai la grippe, je ne ponds plus, je ne chante plus. La mère Mirette voulait me tuer, mais je me suis sauvée et je vais me faire soigner par le docteur Sanglier.

    5 –   — Le docteur sans quoi ?

    — Le Docteur Sanglier !

    — Le docteur sans crier ?

    — Non, le Docteur Sanglier !

    — Le docteur sans pitié ?

    — Ma parole Clairon, tu es sourd ! Je dis le Docteur San-gli-ier !

    6 –   — Ah ! Le Docteur Sanglier ! bon, bon… J’y suis maintenant, mais je traîne une grippe qui m’écorche les oreilles et me casse la voix. Je ne peux même plus cocoricoter et le Maître m’a chassé. J’irai avec toi, veux-tu ?

    — Volontiers, viens Clairon !

    Les voilà deux à présent, Trompette en tête et Clairon le Coq.

     

    Chapitre II. De nouveaux malades

    1 –   Il arrivèrent dans le bois et rencontrèrent Milardou le Chat doux qui eternue et tousse, tousse et tousse encore…

    « Bonjour Milardou le Chat doux !

    Atchoum ! répond le chat. Que faites-vous tous les deux sur la route ?

    Nous avons la grippe, répond Trompette, et nous allons nous faire soigner par le Docteur Sanglier.

    2 –   — Le docteur sans quoi ?

    — Le Docteur Sanglier !

    — Le docteur sans ses pieds ?

    — Non, le Docteur Sanglier !

    — Le docteur sans souliers ?

    — Allons bon, tu es sourd toi aussi ! Je dis le Docteur San-gli-ier !

    3 –   — Ah ! Le Docteur Sanglier ! bon, bon… J’y suis maintenant, mais je traîne une grippe qui m’écorche les oreilles et me casse la voix. Je ne peux même plus miauler et le Maître m’a chassé. J’irai avec vous, voulez-vous ?

    — Volontiers, viens Milardou le Chat doux !

    Les voilà trois à présent à la queue leu leu dans le bois, Trompette en tête, Clairon le Coq et Milardou le Chat doux.

    4 –   Un peu plus loin, ils rencontrent Tounet Chien qui éternue et tousse, tousse et tousse encore…

    « Bonjour Tounet Chien !

    — Atchoum ! Atchoum ! répond le chien.

    — Toi aussi, tu as la grippe ?

    — Atchoum ! répond le chien.

    — Et tu n’entends plus guère, et tu ne peux plus aboyer, et ton maître t’a chassé ?

    — Atchoum ! répond encore le chien.

    5 –   Viens donc avec nous trois chez le docteur Sanglier !

    — Le Docteur sans quoi ?

    — Le Docteur Sanglier !

    — Le docteur sans collier ?

    — Le Docteur Sanglier !

    — Le Docteur sans gibier ?

    — Non, le Docteur San-gli-ier ! entends-tu ?

    6 –   Ah ! le Docteur Sanglier ! Oui, oui… je sais !... On dit qu’il fait merveille avec l’eau de la source Guéritout. J’irais bien avec vous trois, voulez-vous ?

    — Volontiers, viens Tounet Chien ! »

    Chapitre III.                     Perdus dans la forêt

    1 –   Les voilà quatre à présent à la queue leu leu dans le bois, Trompette en tête, Clairon le Coq, Milardou le Chat doux et Tounet le Chien.

    Au carrefour des chemins, ils rencontrèrent Barbe de Bisque et Corne de Bouc qui éternuent et toussent, toussent et toussent encore…

    2 –   Trompette n’en peut rien tirer. Elle se contente de leur crier dans l’oreille :

    « Nous allons chez le Doc-teur-San-gli-ier. Venez avec nous !

    — À genoux ? Elle a dit : « à genoux » s’inquiète Barbe de Bique en regardant Corne de Bouc.

    — Mazette ! s’ecrie Trompette, ils sont tous plus sourds les uns que les autres. Allez ! venez ! Je vous emmène ! »

    3 –   Les voilà six à présent à la queue leu leu dans le bois, Trompette en tête, Clairon le Coq, Milardou le Chat doux, Tounet le Chien, Barbe de Bique et Corne de Bouc.

    Enfin ils arrivèrent chez le docteur Sanglier.

    « Entrez, entrez mes amis. Ici on guérit sans souffrir !

    — Qu’est-ce qu’il dit ? se demandent les malades en tremblant.

    — Ah ! je vois, c’est la grippe, les oreilles bouchées, la voix enrouée. Ce n’est pas grave ! » dit le Docteur Sanglier en conduisant les six malheureux à la source Guéritout.

    4 –   Là, ils boivent l’eau de source tout leur content. Bientôt, ils se sentent mieux et ils se mettent à chanter. Puis, tout à fait guéris, les voilà qui dansent tandis que Trompette, a grands coups de « Cot ! Cot ! Codett ! », pond un bel pour le Docteur Sanglier.

    Cela fait, ils repartent à la queue leu leu

    5 –   Quand le soir vient, ils sont encore en pleine forêt.

    « Je crois que nous sommes perdus, dit Trompette.

    — Je vais monter sur un arbre, dit Clairon. De là-haut, je verrai où nous sommes. »

    Clairon monte sur un chêne et regarde :

    « Je vois là-bas une jolie petite maison.

    — Dépêchons-nous pour y arriver avant la nuit ! » dit Trompette.

    Mais ils ont beau se presser, quand ils arrivent à la jolie petite maison, il fait déjà bien noir.

    Chapitre IV.                      À la maison des loups

    1 –   « Toc ! toc ! toc ! » fait le bec de Clairon au volet de la fenetre.

    « Gratt’ ! gratt’ ! » fait la patte de Trompette à la porte.

    Personne ne répond.

    « Pan! pan ! pan ! » fait à son tour le sabot de Corne de Bouc.

    Personne ne bouge à l’intérieur… Milardou le Chat doux regarde par le trou de la serrure et que voit-il ?... Des points qui brillent deux par deux dans la nuit.

    2 –   C’était les yeux des loups qui restaient la sans bouger, dans leur maison, en se demandant qui pouvait bien venir aussi tard.

    « Attention, mes amis ! dit Corne de Bouc. Faites-moi place. »

    Et rran ! rran ! rran ! En trois coups de tête, le voilà qui enfonce la porte. Les loups épouvantés se sauvent de leur maison à toute vitesse et nos amis s’y installent.

    3 –   Justement, un bon repas est prêt ; ils se servent et mangent de bon appétit. Après quoi, ils éteignent les lumières et chacun cherche un coin pour dormir.

    Cependant les loups, qui se sont refugies dans un fourré, commencent à regretter la bonne chaleur de leur maison. Et ils ont faim…

    « On s’est peut-être inquiété sans raison, dit Vieux Compère Loup… Si on retournait à la maison pour voir ce qui s’y passe ?...

    Qui veut y aller ?

    4 –   Pas moi, j’ai mal aux dents, dit le premier.

    Ni moi, j’ai mal aux yeux, dit le deuxième.

    Moi, je suis trop petit, dit le troisième.

    — Et moi, je suis encore plus petit que le trop petit », dit le quatrième.

    5 –   Vieux Compère Loup éclate de colère :

    « Ah ! je vous y prends, vous mourrez tous de peur ! Bande de poltrons ! Eh, bien ! je vais vous montrer, moi, ce que fait un chef, un vrai chef des loups !... »

    Chapitre V.  Une maison de sorcières !

    1 –   Voilà Vieux Compère Loup qui se faufile à travers les buissons et rentre dans sa maison endormie, à pas de loup...

    Mais il réveille Clairon qui ne dort que d’un œil :

    « Cocorico ! Cocorico ! »

    Le loup croit qu’il dit :

    « Croquons-lui l’dos ! Croquons-lui l’dos ! »

    2 –   Surpris, il fait brusquement un bond en arrière et réveille Trompette »

    « Cot ! Cot ! Codett ! Cot ! Cot ! Codett ! »

    Le loup comprend :

    « Croquons-lui la tête ! Croquons-lui la tête ! »

    Effrayé, il recule encore et bouscule le chien, puis le chat :

    « A ouah ! A ouah !... Ma on ! Miaou ! Miaou ! »

    Le loup comprend :

    « À moi ! À moi !... Mais non, il est à nous ! Il est à nous ! »

    3 –   Il tremble pour sa peau, il perd la tête, se jette à droite, se jette à gauche, sans savoir où il est, sans savoir où il va. Il tombe soudain sur le bouc qui le reçoit sur les cornes et l’envoie valser en l’air comme une botte de paille. La bique réveillée à son tour l’attrape au vol et hop ! en l’air pour Corne de Bouc et hop ! en l’air pour Barbe de Bique, et hop ! et hop ! et soudain rran ! voilà le loup jeté dehors et qui roule et déboule à travers les ronces jusqu’au fourré ou ses frères attendent.

    4 –   « Mes frères ! Ô mes frères, sauvons-nous vite ! La maison est pleine de sorcières qui se sont disputées pour me manger, et si je n’avais pas eu tant de courage, j’aurais surement été… »

    Mais les frères loups affolés n’en écoutent pas davantage. Ils se mettent  à courir, à courir…

    Ils courent encore s’ils ne sont pas morts !

    5 –   Quant à nos amis Trompette et Clairon, Milardou le Chat doux et Tounet Chien, Barbe de Bique et Corne de Bouc, les voilà désormais heureux et bien tranquilles dans leur jolie petite maison des bois.

    La mère Mirette n’a jamais revu Trompette.

    Tant mieux pour Trompette !

    Et tant pis pour la mère Mirette.

    Lily Boulay, Magie du Conte

     

     

     

    10.    Le passeur

             Il y avait une fois, sur une rivière, un passeur.   Avec sa barque, il faisait passer d’un bord à l’autre ceux qui se présentaient.

             Un jour, il eut à faire passer un loup, une chèvre et un chou.

             Comme la barque était petite, il ne pouvait en prendre qu’un à la fois. Le voilà bien embarrassé.

             « Si je passe le loup, se dit-il, pendant ce temps, sur le bord, la chèvre mangera le chou. Si je passe le chou, le loup mangera la chèvre. Ha, comment faire ? »

             Ma foi, il fit comme font les hommes sages : il courut demander conseil à sa femme.

             « Ecoute, lui dit-elle : tu ne peux pas laisser un seul moment ensemble le loup avec la chèvre, et non plus la chèvre avec le chou. Donc, tu laisses ensemble le loup et le chou. Passe la chèvre d’abord.

    Oui, femme, mais ensuite il me faut bien amener sur l’autre bord ou le chou ou le loup. Alors la chèvre va manger le chou, ou bien elle sera mangée par le loup.

    Te voilà embarrassé pour rien, lui répond sa femme. Après avoir passé la chèvre, tu passes le chou, puis tu ramènes la chèvre.

    Puis tu passes le loup et tu le laisses à nouveau avec le chou.

    Puis, pour finir, tu retournes chercher la chèvre. »

    Ainsi fit le passeur et ni le chou ni la chèvre ne furent mangés.

     

    Moralité : « Celui qui a l’esprit clair démêle les difficultés et se tire de tout embarras. »

    Adapté de Henri Pourrat, Contes du fraisier sauvage

     

    11.    Le petit bonhomme de Pain d’épice

    Il était une fois, une vieille dame qui vivait dans une vieille maison à la campagne.

    Un jour elle décida de faire une surprise à ses petits enfants qui viendraient la visiter. Je vais leur cuisiner un de mes délicieux pains d'épice qu'ils aiment tant. Elle eut l'idée de donner à son gâteau la forme d'un petit bonhomme. Elle prépara la pâte et mit le gâteau au four. 

    « Hum ! que ça sent bon ! Ce petit bonhomme de pain d'épice devrait être prêt maintenant. »

    La vieille dame ouvrit la porte du fourneau. Et hop ! le petit bonhomme de pain d'épice s'enfuit aussitôt par la fenêtre. 

     

    Le Petit Bonhomme de Pain d'épice se mit à courir en criant à la vielle dame : « Tu peux courir tant que tu voudras ! Jamais tu ne pourras m'attraper ! C'est moi, qui te le dis ! Petit Bonhomme de Pain d'épice ! »

    La vieille dame toute surprise se mit à courir après lui en lui criant : « Reviens, reviens! »

    Mais Pain d'épice fit la sourde oreille et continua son chemin.

     

    Un petit cochon les vit passer, et sans savoir pourquoi il se mit à courir lui aussi en se disant que tout ceci semblait bien amusant ! Pain d'épice s'écria: « Vous pouvez courir tant que vous voudrez ! Jamais vous ne pourrez m'attraper ! Qui est le plus rapide ? C’est moi, Petit Bonhomme de Pain d'épice ! » 

    La vieille dame et le petit cochon couraient et Pain d'épice riait. 

     

    Une vache qui broutait dans les champs entendit crier la vieille dame.

    « Eh toi ! dit-elle à Pain d'épice, n'entend-tu pas qu'on t'appelle. Reviens ici ! »

     

    Et elle se mit à courir elle aussi.

    « Vous pouvez courir tant que vous voudrez ! Jamais vous ne pourrez m'attraper ! C'est moi, Petit Bonhomme de Pain d'épice! »

    La vache se mit à le poursuivre elle aussi, et Pain d'épice riait encore plus fort. 

     

    Pain d'épice passa près d'un champ où travaillaient un fermier et son fils. « Arrêtez-le ! cria la vache. Arrêtez-le! cria le petit cochon. Arrêtez-le ! cria la vieille dame. »

    Le fermier et son fils se mirent à courir eux aussi. « Vous pouvez courir tant que vous voudrez ! Jamais vous ne pourrez m'attraper ! C'est moi, le plus rapide de tous ! Petit Bonhomme de Pain d'épice ! 

    Le fermier et son fils, la vache, le cochon et la vieille dame couraient, couraient, et Pain d'épice riait.  

     

    Pain d'épice croisa un cheval sur son chemin, et lui cria: « Tu peux courir toi aussi. Aussi fort que tu voudras. J'ai déjà réussi à semer tous les autres, tu ne m'attraperas pas toi non plus ! »

    Le cheval sursauta et dit : « C'est ce que tu crois ! ».

    Pain d'épice s'écria : « Tu peux courir tant que tu voudras ! Jamais tu ne pourras m'attraper ! C'est moi, le plus rapide de tous ! Petit Bonhomme de Pain d'épice ! » 

    Le cheval se mit à courir derrière lui et Pain d'épice riait, riait.  

     

    Notre petit bonhomme de Pain d'épice riait, riait, le petit cochon courait, la vache courait, le fermier et son fils couraient, le cheval courait et la vieille dame criait: « Reviens ! Reviens ! » .Notre petit bonhomme de Pain d'épice s'arrêta tout à coup ! Il était parvenu à une rivière et tous s'écrièrent : « Te voilà bien pris maintenant ! » 

     

    « Je suis plus malin que vous tous ! répondit Pain d'épice. Je trouverai bien une solution. »

     

    « Je peux t'aider si tu veux, dit un renard en l'apercevant.

    Je me débrouillerai tout seul », dit Pain d'épice.

    Mais le renard éclata de rire en disant : « Allons, allons, tu vois bien que tu n'as plus de temps à perdre, ils seront là bientôt et t'attraperons. Monte sur mon dos, dit-il d'une voix rusée, je te ferai traverser cette rivière. »

     

    Pain d'épice se dit que le renard avait bien raison et il sauta vite sur son dos. 

    « Nous sommes plus rapides que vous tous ! Vous pouvez courir tant que vous voudrez ! Jamais vous ne pourrez nous attraper. »

    Et Pain d'épice riait, riait !

     

    « L'eau est profonde ici dit le renard, monte plus haut sur mes épaules », et Pain d'épice s'installa sur ses épaules.

    « Oh ! oh ! Mais ça devient de plus en plus profond, monte donc sur ma tête tu seras à l'abri. »

    Pain d'épice monta sur la tête du renard.

     

    « Tu devrais monter sur mon nez dit le renard. »

    Pain d'épice monta sur le nez du renard et tous les deux traversèrent la rivière. Pain d'épice riait, riait, et disait : « Je suis plus rapide que vous tous ! Vous pouvez courir tant que vous voudrez ! Jamais vous ne pourrez m'attraper ! »

     

    Pain d'épice, s'amusait comme un fou !

    Il riait, riait, riait, et le renard nageait, avec lui sur son nez.

     

    Tout à coup, le renard ouvrit grand la bouche et attrapa Pain d'épice entre ses dents et n'en fit qu'une bouchée.

     

    Et c'est ainsi que se termine l'histoire du Petit Bonhomme de Pain d'épice le plus rapide de tous !

     

     


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    Table des matières

     1. Déjeuner d’enfants.  

     2. Le mobilier de Tom Pouce.  

     3. Petits lapins sans maman.  

     4. La mare est gelée.  

     5. Le fagot.  

     6. Poum prend un bain.  

     7. Dans la nature.  

     8. Le pommier.  

     9. L’autruche.  

     10. La papaye  

     11. Nicolas, le menuisier.  

     12. Gris-Gris.  

     13. L’œuf de Mario.  

     14. Le panda  

     15. En classe, le travail des petits  

     16. La mer  

     17. La définition de « fer » dans le dictionnaire  

     18. Le boulanger.  

     19. Putilik, enfant inuit  

     

     

    1. Déjeuner d’enfants.

    1 –      Laura et Jean ont invité à déjeuner Lucas, Sophie et Madeleine.

    2 –       « Tiens, dit Lucas, la table est mise pour sept, et je croyais que nous n’étions que cinq. C’est une idée que j’ai eue, dit Laura ; tu vas voir. »

    3 –      Et voilà qu’elle installe à table sur un tabouret, Moumoune, la chatte grise, et lui met une serviette au cou.

    Pendant ce temps, Jean a installé Raton, le chat noir. Les deux chats ont chacun leur petite assiette.

    4 –      On se met à table. Les enfants servent aux minets qui ronronnent, les petits morceaux de leur viande.

    5 –      Tout à coup, Raton saute par terre pour suivre la cuisinière. Les enfants se lèvent pour le rattraper.

    Alors Moumoune monte sur la table et mange la crème à la vanille.

    D’après Henriette Jean Perrin, Zozo et Toto


    Questions sur le texte

    1. Comment s’appellent les invités ? 2. Qui va manger avec les enfants ? 3. Dans quoi les chats mangent-ils ? 4. Que mangent-ils ? 5. Pourquoi Raton saute-t-il par terre ? 6. Pourquoi Moumoune monte-t-elle sur la table ?

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots suivants : 

    ronronne – serviette – cuisinière – morceaux

    1 –  Les minets mangent les … de viande.

    2 –  Laura met une … au cou de Moumoune.

    3 –  Le chat … de plaisir.

    4 –  Raton préfère suivre la …  .

     

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  De quelle couleur est Moumoune ?

    2 –  À quel parfum est la crème ?

     -------------------

    2.  Le mobilier de Tom Pouce.

    1 –      Le petit Tom Pouce n’était guère plus gros que le pouce de son papa.

    2 –      Sa maman lui avait acheté un beau ménage de vingt-cinq sous.

    Tom avait une table, un piano, un canapé, un buffet et des assiettes de poupée.

    3 –      Tom avait bon appétit. Pourtant il mettait six jours à manger un biscuit, car c’était pour lui comme un gros pain pour un autre.

    4 –      Son fauteuil était extraordinaire. Son père l’avait fait avec des arêtes de poisson.

    Au lieu de paille, il l’avait couvert avec plusieurs cheveux de sa femme.

    5 –      Pour berceau, il avait un sabot verni, pour matelas des feuilles de violette et, pour couverture, une feuille de rose.

    Il y dormait la nuit, mais, le jour, il jouait sur la table, à aller en barque dans une coquille de noix sur une assiette pleine d’eau.

    Pour rame, il avait deux bouts d’allumettes.

    6 –      C’était très amusant.

    D’après P.-J. Stahl, Aventures de Tom Pouce


    Questions sur le texte

    1. Comment Tom était-il gros ? 2. Pourquoi avait-il un ménage de poupée ? 3. En combien de temps mangeait-il un biscuit ? 4. Comment était fait son fauteuil ? 5. Comment était fait son lit ? 6. Dites tout ce que vous savez sur Tom.

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par les mots suivants : 

    un buffet – une table – un berceau

    un fauteuil – un canapé – un piano

    Pour mobilier, Tom avait dans sa salle à manger un …, une … ; dans sa chambre un … ; dans son salon un …, un … et un … de poupée.

     

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Avec quoi Tom Pouce a-t-il fait une barque ?

    2 –  Avec quoi Tom Pouce a-t-il fait des rames ?

    --------------------------------------------------------------

    --

    3.  Petits lapins sans maman.

    1 –      Mousine, la grosse chatte, avait eu des petits chats, mais on lui avait enlevés. Seul lui restait Blanquet.

    2 –      Alors, Jean alla chercher quatre petits lapins dont la maman était morte. Il les posa à côté de Mousine.

    3 –      Mousine souleva une des longues oreilles d’un petit lapin, mais elle ne lui fit pas de mal.

    4 –      Tout à coup, un des petits lapins, qui avait bien faim, se mit à téter. Ses frères en firent autant, ainsi que le chaton, qui avait l’air de dire :

            « Otez-vous de là, c’est ma maman à moi ! »

    5 –      Mousine se laissait faire sans rien dire. Jean fut très content.

        Il embrassa le petit chat, en disant tout bas : « C’est pour le remercier de prêter sa bonne maman aux pauvres lapins ! ».

     

    Mme de Witt-Guizot, La petite maison


    Questions sur le texte

    1. Comment s’appelait le petit chat qui restait à Mousine ? 2. Qui apporta les lapins près d’elle ? 3. Pourquoi ? 4. Que fit l’un des petits lapins ? 5. Comment Jean remercia-t-il Blanquet ?

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par les mots suivants :

    grosse – petit – longues – jeunes

    Mousine, la … chatte n’avait plus qu’un … chaton ; Jean lui apporta quatre … lapins aux … oreilles.

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Comment était Mousine ?

    2 –  Qui Jean embrassa-t-il ?

    --------------------------------------------------

     

    4.  La mare est gelée.

    1 –       On avait dit à Blanchette la Poule et à son fils Petit-Bec que l’étang était gelé. Vite, Blanchette sortit avec son fils et avec les autres animaux de la ferme pour aller voir.

    2 –       C’était très curieux ! On aurait dit une plaque de verre avec, çà et là, de petites bulles ; mais pas une goutte d’eau.

        « Comment vais-je faire pour nager dans mon étang ? dit Dandin, le canard.

          — Il faut casser la glace, » dit la vache.

    3 –       À coup de pieds, elle lance de grosses pierres. Mais les pierres glissent sur la glace et ne la cassent pas.

    4 –       « Ma carotte ! ma belle carotte ! La voilà au milieu de l’étang ! » crie Grognon, le cochon.

        C’est vrai. La vache vient de lancer, au lieu d’une pierre, une belle carotte que Grognon avait emportée pour son repas.

    5 –       Grognon court sur l’étang. Il glisse d’un pied, de l’autre, des quatre à la fois, puis il tombe ; il essaie de se relever. Il appelle :

            « Au secours ! Au secours ! Je vais geler ! »

    6 –       On lui lance une corde et on le tire de là.

    Bowen, Petit-Bec


    Questions sur le texte

    1. Où va Blanchette ? 2. Que voit-elle ? 3. Qui veut casser la glace ? 4. Avec quoi ? 5. Pourquoi Grognon va-t-il sur la glace ? 6. Que lui arrive-t-il et comment le retire-t-on ?

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par les mots suivants :

    glisse – essaie – appelle – tombe

    Grognon court sur l’étang gelé ; il … sur la glace et … ; il … de se relever et … au secours.

     

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Que lance la vache ?

    2 –  Où le cochon court-il ?

    ----------------------------------------------------

    5.  Le fagot.

    1 –      Les enfants du quartier jouent tous ensemble sur le champ d’à côté. Ils s’approchent du chemin pour regarder un homme passer.

    « Regardez, dit Jules, ce pauvre homme qui porte un fagot sur son dos. »

    2 –      Au moment où Jules dit cela, la corde qui retenait le fagot se casse, et voilà toutes les branches par terre.

    Lucie et Théo se mettent à rire. 

    Les autres enfants ne rient pas. Ils disent : « Oh ! le pauvre homme ! »

    3 –      Ils courent vers lui et l’aident à ramasser son bois.

       Cet homme est très vieux, et il peut à peine se baisser.

    4 –      Les enfants lui disent : « Ne vous baissez pas, nous allons tout ramasser pour vous. »

    5 –      Audrey noue ensemble les deux bouts de la corde cassée, et Jules l’aide à attacher solidement le fagot. Puis ils le remettent sur le dos du vieillard.

    6 –      Le vieil homme dit : « Merci, merci, mes enfants. Vous êtes bien gentils. »

    Adaptation d’A. Dussauze, Le nid

     

    Questions sur le texte

    1. Qui joue sur le champ ? 2. Qui vient sur le chemin ? 3. Que porte-t-il ? 4. Pourquoi les branches tombent-elles ? 5. Que font les bons enfants ?6. Que disent-ils au vieil homme ?7. Comment refont-ils le fagot ? 8. Que leur dit le vieil homme ?

    Commentaires : 

    1. A quoi le fagot de bois peut-il servir au vieil homme ? 2. A votre avis, les enfants ont-ils bien fait d’aider le vieil homme ?

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par des verbes du paragraphe 3 :

    Les enfants … vers le vieil homme et l’… à ramasser son bois.

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Qu’est-ce qu’un vieillard ?

    2 –  Que dit le vieil homme à Audrey et Jules ?

    -----------------------------------------------------------

    6.  Poum prend un bain.

    1 –      Poum doit prendre un bain à quatre heures.   Comme on est en été, l’eau tiédit au soleil du jardin, dans sa baignoire. Poum vient de temps tâter l’eau, et s’assurer qu’elle chauffe. Il a déjà apporté un bateau en papier, deux boîtes, quatre bouchons et deux coquilles de noix.

    2 –      Le bateau de papier, les boîtes, les bouchons et les coquilles de noix dansent gaiement sur l’eau, et semblent dire : On est joliment bien là-dedans.

    3 –      Poum enfonce son bras, et trempe sa manche. L’eau est déjà presque chaude.

       A quoi pense-t-il ? Il s’assure d’un regard qu’on ne le voit pas, il enjambe tout habillé la baignoire, et s’enfonce dans l’eau jusqu’au cou.

    4 –      Là, il éprouve la joie délicieuse de sentir ses souliers, sa veste et son pantalon se gonfler d’eau, et lâcher des bulles quand il appuie dessus.

    5 –      Cependant, on l’appelle pour le bain ; toute la maison le cherche ; on passe dix fois à côté de lui. C’est grand-père qui, à la fin, le découvre et, de surprise, reste les bras en l’air et la bouche en U.

    D’après P. et V. Marguerite, Poum

     

    Questions sur le texte

    1. Où tiédit l’eau de la baignoire ? 2. Qu’est-ce que Poum a apporté dans sa baignoire ? 3. Que fait-t-il après avoir tâter l’eau ? 4. Le trouve-t-on tout de suite ? 5. Qui le trouve enfin ?  

    Commentaires 

    1. La scène se passe-t-elle en France ou en Indonésie ? 2. Te laves-tu souvent dehors ?

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots du texte :

    1 –  Poum a mis deux … de noix et un … de papier dans la  …  .

    2 –  Il éprouve une joie … de sentir ses habits se gonfler  d’…  .

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  À quelle heure Poum doit-il prendre un bain ?

    2 –  Qu’est-ce qu’un soulier ?

    ----------------------------------------------

    7.  Dans la nature.

    Observez sur le dessin le petit chat qui joue avec une pierre devant un pot de fleurs.

    ·       Le chat est un animal ; 

    ·       La fleur est un végétal ;

    ·       La pierre est un minéral.

    Questions

    1. Nommez cinq animaux 2. Nommez trois végétaux 3. L’or fait-il partie des animaux, des végétaux ou des minéraux ? 4. Le bananier ? 5. Le diamant ?6. Le fer ? 

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots du texte :

    1 –  La vache est un … . Les taureaux sont des … .

    2 –  Le frangipanier fait partie des … , ses fleurs sont agréablement odorantes.

    --------------------------------------------------------

    8.  Le pommier.

        Observez cet arbre fruitier couvert de délicates fleurs blanches. Il s’agit d’un pommier.

         Dans la terre, plongent les racines de l’arbre, qui le retiennent au sol, et lui permettent d’y puiser l’eau et les sucs dont il se nourrit.

         Dans l’air, s’élève le tronc, c’est-à-dire la tige d’où partent les branches qui portent les feuilles et les fleurs.

         Plus tard, la fleur formera le fruit, et celui-ci renfermera des graines.

     

    Exercices 

    A)   Cherchez les mots bourgeons, sève et suc dans un dictionnaire. 

    B)   Recopiez les phrases en complétant par les mots suivants :

    bois – sève– bourgeons – respiration

    1 –  Un tronc est une grosse tige en … .

    2 –  Les feuilles et les fleurs sortent des …   . 

    3 –  La … circule dans la tige et les branches pour porter sa nourriture à la plante ?

    4 –  Les feuilles servent à la … de la plante.

    -------------------------------------------------------------

    9.  L’autruche.

        L’autruche est le plus grand de tous les oiseaux vivants. Elle habite dans la savane africaine. Sa tête est petite, son bec est droit, plat et large. Son cou est long est nu. Elle ne vole pas, mais elle peut courir très vite. Un œuf d’autruche est très gros : il pèse autant que trente œufs de poule. L’autruche ne fait pas de nid : elle pond ses œufs dans le sable. C’est le soleil qui les chauffe et qui les fait éclore.

    Questions sur le texte

    1. Où habite l’autruche ? 2. Comment est son cou ? 3. Combien d’œuf de poule pèse un œuf d’autruche ? 4. Les autruches savent-elles voler ? 5. Font-elles des nids ?  

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots du texte :

    1 –  L’autruche est un … qui … dans la savane africaine.

    2 –  L’ … d’autruche est trente fois plus lourd que l’… de poule.

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  L’autruche court-elle vite ou lentement ?

    2 –  Qu’est-ce qui chauffe les œufs et les fait éclore ?

    ----------------------------------------------------------------

    10.     La papaye

        Le papayer est un arbre infatigable qui donne des fruits toute l’année.

        La papaye, qui peut peser deux bons kilos, est mûre et savoureuse quand sa peau verte a viré presque entièrement à l’orange.

         La salade de fruits traditionnelle balinaise, appelée rujak, est préparée avec la papaye « jeune », c’est-à-dire lorsqu’elle n’est pas tout à fait mûre. Ce plat est accompagné d’une sauce sucrée et piquante, à base de pâte de crevette séchée.

    Les pépins de la papaye ressemblent à des petites perles noires.

    Questions sur le texte

    1. Quand le papayer donne-t-il des fruits ? 2. Combien peut peser une papaye ? 3. De quelle couleur est la papaye bien mûre ? 4. Comment est la sauce qui accompagne le rujak ? 5. À quoi ressemblent les pépins de la papaye ?  

    Exercices 

    A)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Comment s’appelle l’arbre qui produit des papayes ?

    2 –  Qu’est-ce que le rujak ?

    ------------------------------------------------------

    11.     Nicolas, le menuisier.

    1 –      Quand Pierre a fini ses devoirs, il court au bout du village, chez Nicolas le menuisier.

    2 –      L’établi du père Nicolas est à l’entrée de l’atelier, devant la fenêtre. Aux murs sont accrochés des scies, des ciseaux, des règles, des compas. Les rabots sont rangés sous l’établi.

    3 –      Si le père Nicolas veut raboter une planche, il la porte sur son établi. Il pousse deux ou trois fois son rabot sur la planche. De légers copeaux sortent de l’outil en s’enroulant sur eux-mêmes. Ils tombent à droite et à gauche. Comme de jolis rubans blonds, ils forment, au pied de l’établi, un lit bien doux sur lequel dort Mirza, la petite chienne.

    4 –      Un jour, le père Nicolas donne à Pierre un petit marteau, des clous et trois ou quatre bouts de planches en lui disant : « Fais-moi une étagère pour Monsieur Soulange. ».

    Pierre travaille de tout son cœur, se cogne sur les doigts mais continue quand même.

    5 –      Il va travailler encore pendant quelques jours et l’étagère sera très bien faite. Monsieur Soulange en sera très satisfait.

     

    Questions sur le texte

    1. Où habite Nicolas ? 2. Quels sont ses outils ? 3. Où vont s’entasser les jolis coupeaux ? 4. Que va faire Pierre ?5. Qu’en pensera Monsieur Soulange ?

    Commentaires 

    1. Quels sont les différents objets qu’un menuisier peut fabriquer ?

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots suivants :

    bois – lame – fenêtres – pointues

    1 –  La scie a une … d’acier garnie de dents … .

    2 –  Certaines scies servent à couper du … , d’autres servent à couper du fer.

    3 –  Un menuisier fabrique des lits, des … et des portes.

    B)    Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Avec quoi le menuisier rabote-t-il les planches ?

    2 –  Où le menuisier pose-t-il la planche qu’il veut raboter ?

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    12.     Gris-Gris.

    1 –       Je suis un joli petit chat, et je m’appelle Gris-Gris.    Je cours par toute la maison, mais l’endroit que j’aime le mieux, c’est l’étable. J’y ai une amie : c’est une vache. Elle s’appelle Myosotis. Un drôle de nom pour une vache !

    2 –       Un jour, j’aperçois une souris. Je file à toute vitesse pour l’attraper. La souris pénètre dans un trou. Je m’y enfonce à mon tour. La tête passe, un peu du corps suit, mais le reste refuse de passer.

        Et quand je veux reculer, c’est impossible.

    3 –       Je me mets à crier : « Au secours, Myosotis ! Tire-moi de là, ou je suis perdu ! »

        Et je secouais les pattes de derrière.

    4 –       Myosotis m’entendit. Elle tira sur sa corde, car elle était attachée à sa mangeoire. J’entendis ses mâchoires, mais ce fut tout.

        Elle devait se dire : « Comment a-t-il pu se fourrer là-dedans, et comment pourrai-je l’en sortir ? » Puis elle retourna à sa mangeoire.

    5 –       Cela me mit en colère. Je me secouai fortement et, tout à coup, je me trouvai hors du trou, délivré, sauvé !

    M. Du Genestoux, Gris-Gris

     

    Questions sur le texte

    1. Comment s’appelle le petit chat ? 2. Que poursuit-il ? 3. Qui appelle-t-il à son secours ? 4. Que fit Myosotis ?5. Comment Gris-Gris sortit-il du trou ?

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par les verbes du texte :

    Le chat voit une souris et f… à toute vitesse pour l’a… ; la souris p… dans un trou ; le chat s’y e… à son tour.

     

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Où les vaches dorment-elles ?

    2 –  Dans quoi les vaches mangent-elles ?

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    13.     L’œuf de Mario.

    1 –       Mario était allé visiter une ferme, et là, il avait admiré douze petits poussins.

        « Marthe, demanda-t-il à la cuisinière en rentrant, donnez-moi un œuf, je saurai bien le faire devenir poulet. »

    2 –       Marthe ne put s’empêcher de sourire ; pourtant, elle lui donna un œuf. Au fond, Mario était bien embarrassé. Après avoir cherché, il revint trouver la cuisinière, pour lui demander comment il devait s’y prendre.

    3 –       « Je ne sais pas, dit Marthe, puisque vous n’avez pas de poule couveuse ; mais si vous tenez l’œuf bien au chaud, vous verrez au bout de vingt et un jours un petit poussin.

    4 –       — Et c’est tout ? Ah bien, si ce n’est que cela, ce n’est pas difficile. Pendant la journée, je mettrai mon œuf dans le four.

        — Et la nuit ?

        — Je le prendrai dans mon lit. »

    5 –       Le soir, Mario glissa l’œuf sous son oreiller. Il s’était bien promis de ne pas bouger… Ce qui ne l’empêcha pas, au matin, de retrouver son œuf en omelette.

    P. Perrault, Les exploits de Mario

     

    Questions sur le texte

    1. Qu’est-ce que Mario demande à la cuisinière ? 2. Pourquoi revient-il la trouver ? 3. Que faut-il faire pour avoir un poussin ? 4. Où Mario mettra-t-il l’œuf ?5. Comment retrouvera-il-son œuf le lendemain ?

    Commentaires 

    1. Quels sont les animaux qui pondent des œufs ? 2. Qu’est-ce qu’une poule couveuse ?

    Exercices 

    A)   Recopiez la phrase en complétant par les verbes suivants :

    gardez – allez – voyez – prenez

    D’abord, vous … à la ferme. Ensuite vous …  un œuf, vous … l’œuf bien au chaud pendant vingt-et-un jours. Puis vous … le poussin éclore.

     

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Où Mario met-il son œuf pendant la journée ?

    2 –  Où Mario met-il son œuf pendant la nuit ?

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    14.     Le panda

        Le panda est un grand ours bicolore noir et blanc qui vit dans les montagnes de Chine.

        C’est un animal timide et discret. Il s’enfuit quand un étranger approche, se réfugie au milieu des bambous ou grimpe rapidement à un arbre.

        Le jeune panda est très souple. Quand il se roule sur lui-même, il ressemble à un gros ballon !

        Il aime aussi se suspendre dans les arbres et se balancer.

        Les dents du panda sont les mêmes que celles des autres ours.

        Si l’occasion se présente, il mange un rat mort, des insectes, des petits oiseaux. Mais il est trop lent pour capturer des proies. C’est pourquoi il est devenu végétarien.

        Il passe la moitié de la journée à grignoter les tiges et les feuilles de bambous de la forêt où il vit. Heureusement pour lui, les bambous poussent très vite !

        La femelle panda donne la vie à un bébé dans sa tanière au creux d’un arbre. Le bébé panda sait marcher à cinq mois.

        Sa mère le câline beaucoup et le défend contre ses ennemis que sont le loup, la panthère et l’ours brun.

        Il sait se débrouiller tout seul à l’âge de trois ans.

    D’après C. Lazier, Encyclopédie Fleurus Junior

    Questions sur le texte

    1. Pourquoi dit-on que le panda est timide et discret ? 2. Le panda est-il une sorte d’ours ? 3. Que mange-t-il ? 4. Où le bébé panda nait-il ?5. Qui sont les ennemis du panda ?

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots du texte :

    1 –  Le panda habite dans les      … de Chine.

    2 –  Le panda est noir et    blanc : il est … .

    3 –  Le panda est … , il se nourrit uniquement de végétaux.

    4 –  La … est l’un des ennemis du panda.

    5 –  Il se … tout seul à l’âge de trois ans.

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  Où est la tanière du panda ?

    2 –  Que fait la mère du bébé panda  contre ses ennemis ?

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    15.     En classe, le travail des petits


          Observez attentivement le tableau ci-dessus.

          Ce tableau, intitulé En classe, le travail des petits a été réalisé par Jean Geoffroy en 1889.

          Avec un réalisme impressionnant, au point qu'on se demande d'abord s'il ne s'agit pas d'une photographie, Jean Geoffroy peint ici une scène de travail en classe.

    Commentaires 

    1. Décrivez les lieux. 2. Décrivez les personnages.3. Décrivez les objets. 4. Décrivez l’atmosphère qui se dégage de cette scène.

    Exercices 

    A)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    1 –  En quelle année ce tableau a-t-il été peint ?

    2 –  Que représente ce tableau ? Décrivez le.

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    16.     La mer

    3 images dans le fichier a telecharger.

    Exercices 

    A)   Recopiez les phrases en complétant par les mots du texte : 

    1 –  Lorsque l’eau des océans baisse, la marée est … .

    2 –  Lorsque l’eau des océans monte, la marée est … .

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    17.     La définition de « fer » dans le dictionnaire

    une image dans le fichier à télécharger

     

     Exercices 

    B)   Répondez aux questions en écrivant une phrase : 

    3 –  Quelle est la nature grammaticale du mot « fer » ?

    4 –  Quelle est la définition de « fer » ?

    5 –  Qu’est-ce qu’un « fer à cheval » ?

    6 –  Que signifie l’expression « tomber les quatre fers en l’air » ?

    7 –  Ecrivez un mot de la famille de « fer » 

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    18.     Le boulanger.

     

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    19.     Putilik, enfant inuit


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  • Jean GIONO 

    L’Homme qui plantait des arbres

    (1953)

    Texte proposé par Sowandi.

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    Voir également : L'Homme qui plantait des arbres : film d'animation de Frédéric Back

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    Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.

    Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.

    Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die ; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.

    C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à1300 mètresd'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.

    Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

    C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.

    Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.

    Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau - excellente - d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

    Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvée là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.

    Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé ; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.

    Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

    Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit-là ; le village le plus proche était encore à plus d'une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flancs de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.

    Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

    Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet : voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.

    La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

    Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.

    Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

    Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.

    C'est à ce moment-là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.

    Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.

    Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.

    Nous nous séparâmes le lendemain.

    L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi : je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.

    Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue - sauf celle-là - que je repris le chemin de ces contrées désertes.

    Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».

    J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéard Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.

    Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.

    Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs ; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l'œuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.

    La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.

    Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.

    Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'œuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?

    A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité ; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.

    Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?

    En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour - car il avait alors soixante-quinze ans - il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.

    En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'État et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.

    J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.

    Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques œufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.

    Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913 : le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres.

    Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d'une heure de marche - l'idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux ! »

    C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

    L'œuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.

    J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.

    En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.

    Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs : c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.

    Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.

    A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flancs abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.

    Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.

    Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.

    Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.

     

    FIN
    Cette nouvelle de Jean Giono a été écrite vers 1953. Elle a été traduite en treize langues et largement diffusée dans le monde entier. Elle a été si appréciée que de nombreuses questions ont été posées sur la personnalité d'Elzéard Bouffier et sur la forêt de Vergons, ce qui a permis de retrouver le texte. Si l'homme qui plantait des chênes est le produit de l'imagination de l'auteur, il y a eu effectivement dans cette région un énorme effort de reboisement surtout depuis 1880. Cent mille hectares ont été reboisés avant la première guerre mondiale.

    Voici le texte de la lettre que Giono écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, M. Valdeyron, en 1957, au sujet de cette nouvelle :

    Cher Monsieur,

    Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l'arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j'en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans « Trees and Life » a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J'ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l'autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C'est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c'est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

    J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler précisément de l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps qu'on fasse une « politique de l'arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté.

    Très cordialement

    Jean Giono 


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  • Carlo COLLODI 

    Les Aventures de Pinocchio

    Histoire d’une marionnette

     

    Les Aventures de Pinocchio - Carlo Collodi (trad. Sartirano + illustrations)

    Traduit de l’italien par Claude Sartirano.

    Illustrations tirées de "Le avventure di Pinocchio, storia di un burattino", Carlo Collodi, Bemporad & figlio, Firenze 1902 (Dessins et gravures de Carlo Chiostri et A. Bongini) 

    Maquette par Sowandi.


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     Chapitre 1 

    Comment Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant. 

    Chapitre 2 

    Maître Cerise offre le morceau de bois à son ami Geppetto qui le prend pour se fabriquer une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux. 

    Chapitre 3 

    De retour chez lui, Geppetto se met tout de suite à fabriquer sa marionnette et lui donne le nom de Pinocchio. Premières espiègleries de la marionnette. 

    Chapitre 4 

    L’histoire de Pinocchio et du Grillon-qui-parle. Où l’on voit que les méchants garçons ne supportent pas d’être contrariés par qui en sait plus qu’eux. 

    Chapitre 5 

    Pinocchio a faim et cherche un œuf pour faire une omelette. Mais au moment de la manger, l’omelette s’envole par la fenêtre. 

    Chapitre 6 

    Pinocchio s’endort les pieds posés sur le brasero et le lendemain matin ils sont entièrement calcinés. 

    Chapitre 7 

    Revenu chez lui, Geppetto va refaire les pieds de la marionnette et lui donner son propre repas. 

    Chapitre 8 

    Geppetto taille de nouveaux pieds à Pinocchio et vend son manteau pour lui acheter un abécédaire. 

    Chapitre 9 

    Pinocchio vend son abécédaire pour aller au théâtre de marionnettes. 

    Chapitre 10 

    Les marionnettes reconnaissent en Pinocchio l’une des leurs et lui font fête. Au moment où l’allégresse est à son comble survient Mangiafoco, le marionnettiste. Pinocchio est promis à une triste fin. 

    Chapitre 11 

    Mangiafoco éternue et pardonne à Pinocchio, lequel sauve de la mort son ami Arlequin. 

    Chapitre 12 

    Mangiafoco, le marionnettiste, donne cinq pièces d’or à Pinocchio pour qu’il les porte à son papa Geppetto. Mais Pinocchio se laisse embobiner par le Renard et le Chat: il part avec eux. 

    Chapitre 13 

    A l’auberge de l’Ecrevisse Rouge 

    Chapitre 14 

    Pinocchio, qui n’a pas suivi les excellents conseils du Grillon-qui-parle, se retrouve nez à nez avec des bandits. 

    Chapitre 15 

    Les bandits continuent de poursuivre Pinocchio. Après l’avoir rattrapé, ils le pendent à une branche du Grand Chêne. 

    Chapitre 16 

    La jolie fillette aux cheveux bleu-nuit envoie chercher la marionnette, la met au lit et appelle trois médecins pour savoir si elle morte ou vivante. 

    Chapitre 17 

    Pinocchio accepte le sucre mais refuse le purgatif. Mais quand les croque-morts viennent le chercher, il prend le médicament. Puis il ment et son nez s’allonge. 

    Chapitre 18 

    Pinocchio retrouve le Renard et le Chat. Il part avec eux semer ses quatre pièces d’or dans le Champ des Miracles. 

    Chapitre 19       

    Non seulement Pinocchio se fait voler ses pièces d’or mais il écope en plus de quatre mois de prison. 

    Chapitre 20 

    A sa sortie de prison, Pinocchio se remet en route pour aller chez la fée. Mais un horrible serpent lui barre le chemin et il tombe dans un piège. 

    Chapitre 21 

    Pinocchio est délivré par un paysan qui l’oblige à faire le chien de garde près d’un poulailler. 

    Chapitre 22 

    Pinocchio démasque les voleurs de poules. Pour sa récompense, il recouvre la liberté. 

    Chapitre 23 

    Pinocchio pleure la mort de la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit puis il rencontre un pigeon qui l’emmène au bord de la mer. Là, il se jette à l’eau pour sauver son papa Geppetto. 

    Chapitre 24 

    Pinocchio arrive dans une île appelée « Ile des Abeilles Industrieuses » et retrouve la Fée. 

    Chapitre 25 

    Lassé d’être une marionnette et voulant devenir un bon garçon, Pinocchio promet à la Fée de s’améliorer et d’étudier. 

    Chapitre 26 

    Pinocchio va au bord de la mer avec ses camarades de classe pour voir le terrible Requin. 

    Chapitre 27 

    Grosse bagarre entre la marionnette et ses camarades d’école. L’un d’eux ayant été blessé, Pinocchio est arrêté par les gendarmes. 

    Chapitre 28 

    Pinocchio court le grand danger d’être frit à la poêle, comme un poisson. 

    Chapitre 29 

    Pinocchio retourne chez la Fée qui lui promet qu’il va devenir un vrai petit garçon. Pour fêter cet évènement majeur, un grand goûter est organisé. 

    Chapitre 30 

    Au lieu de se transformer en petit garçon, la marionnette part en cachette au Pays des Jouets avec son ami La Mèche. 

    Chapitre 31 

    Après cinq mois passés au pays de cocagne, Pinocchio, à sa grande surprise, se voit pousser des oreilles d’âne. Il devient un vrai bourricot, avec la queue et tout le reste. 

    Chapitre 32 

    Ses oreilles ayant poussé, Pinocchio se met à braire comme un vrai petit âne. 

    Chapitre 33 

    Devenu un vrai âne, Pinocchio est vendu au directeur d’un cirque qui lui apprend à danser et à sauter dans des cercles. Un soir de représentation, il s’estropie, et il est revendu pour sa peau. 

    Chapitre 34 

    Le petit âne Pinocchio est mangé par les poissons et redevient une marionnette. Alors qu’il nage pour sauver sa vie, il est avalé par le terrible Requin. 

    Chapitre 35 

    Pinocchio, dans le corps du Requin, retrouve... Mais qui donc retrouve-t-il ? Vous le saurez en lisant ce chapitre. 

    Chapitre 36 

    La marionnette Pinocchio devient enfin un vrai petit garçon. 

     

    Chapitre 1               

    Comment Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant.

    Il était une fois...

     Un roi ! – vont dire mes petits lecteurs. 

    Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois... un morceau de bois.

    Ce n’était pas du bois précieux, mais une simple bûche, de celles qu’en hiver on jette dans les poêles et dans les cheminées.

    Je ne pourrais pas expliquer comment, mais le fait est qu’un beau jour ce bout de bois se retrouva dans l’atelier d’un vieux menuisier, lequel avait pour nom Antonio bien que tout le monde l’appelât Maître Cerise à cause de la pointe de son nez qui était toujours brillante et rouge foncé, comme une cerise mûre. 

    Apercevant ce morceau de bois, Maître Cerise devint tout joyeux et, se frottant les mains, marmonna:

    – Ce rondin est arrivé à point : je vais m’en servir pour fabriquer un pied de table.

    Sitôt dit, sitôt fait : pour enlever l’écorce et le dégrossir, il empoigna sa hache bien aiguisée. Mais comme il allait donner le premier coup, son bras resta suspendu en l’air car il venait d’entendre une toute petite voix qui le suppliait :

    – Ne frappe pas si fort !

    Imaginez la tête de ce brave Maître Cerise !

    Ses yeux égarés firent le tour de la pièce pour comprendre d’où pouvait bien venir cette voix fluette, mais il ne vit personne. Il regarda sous l’établi: personne ! Il ouvrit une armoire habituellement fermée mais, là non plus, il n’y avait personne. Il inspecta la corbeille remplie de copeaux et de sciure : rien ! Il poussa même la porte de son atelier et jeta un coup d’œil sur la route. Pas âme qui vive ! Mais alors ?

    – J’ai compris – dit-il en riant et en grattant sa perruque – cette voix, je l’ai imaginée. Remettons-nous au travail.

    Empoignant de nouveau sa hache, il en asséna un formidable coup au morceau de bois.

    – Aïe ! Tu m’as fait mal ! – se lamenta la même petite voix.

    Cette fois, Maître Cerise en fut baba. Il resta bouche bée, la langue pendante, les yeux exorbités, comme la figurine de pierre d’une fontaine.

    Mais d’où peut bien sortir cette voix qui fait « aïe » ? Pourtant il n’y a personne ici. Ou alors ce morceau de bois aurait appris à pleurer et à se lamenter comme un enfant ? C’est impossible. Le bout de bois que voici, c’est du bois à brûler, une bûche comme une autre, juste bonne à mettre dans le feu pour faire cuire une casserole de haricots. A moins que quelqu’un ne soit caché là-dedans ? S’il y a quelqu’un, on va bien voir ! Tant pis pour lui.

    Il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et se mit à le cogner sans pitié contre les murs de la pièce.

    Puis il tendit l’oreille pour entendre les lamentations de la petite voix. Il attendit deux minutes, mais rien ne se manifesta. Il attendit cinq minutes, dix minutes : toujours rien ! 

    – J’ai compris – dit-il en s’efforçant de rire et en se grattant la perruque – voilà la preuve que cette voix qui fait « aïe » sort tout droit de mon imagination ! Remettons-nous au travail.

    Et parce qu’il avait eu très peur, il s’essaya à chantonner pour se donner un peu de courage.

    Posant sa hache, il prit le rabot pour rendre bien lisse et propre le bois mais, alors qu’il rabotait, il entendit un petit rire :

    – Arrête ! Tu me fais des chatouilles sur tout le corps !

    Cette fois, le malheureux Maître Cerise s’effondra, comme foudroyé. Quand il rouvrit les yeux, il était assis à même le sol.

    Son visage était décomposé. Une terrible peur avait changé jusqu’à la couleur de son nez qui, de rouge, avait viré au bleu foncé.

     

    Chapitre 2               

    Maître Cerise offre le morceau de bois à son ami Geppetto qui le prend pour se fabriquer une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux.

    C’est alors qu’on frappa à la porte.

    – Entrez – dit le menuisier, sans avoir la force de se relever.

    Un petit vieux tout guilleret entra dans l’atelier. Il avait pour nom Geppetto mais les enfants du voisinage, quand ils voulaient le mettre hors de lui, l’appelaient Polenta au motif que sa perruque jaune ressemblait fort à une galette de farine de maïs. 

    Geppetto était très susceptible. Gare à qui lui donnait de la Polenta ! Il devenait une vraie bête et il n’y avait plus moyen de le tenir.

    – Bonjour, Maître Antonio – dit Geppetto – Qu’est-ce que vous faites assis par terre ?

    – J’apprends le calcul aux fourmis.

    – Grand bien vous fasse !

    – Qu’est-ce qui vous amène chez moi, compère Geppetto ?

    – Mes jambes ! Maître Antonio, je suis venu vous demander une faveur.

    – Me voici, prêt à vous rendre service – répondit le menuisier en se relevant.

    – Ce matin, il m’est venu une idée.

    – Voyons cela.

    – J’ai pensé que je pourrais faire une belle marionnette en bois, mais une marionnette extraordinaire capa­ble de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux. Avec elle, je pourrai parcourir le monde en dénichant ici ou là un quignon de pain et un verre de vin. Qu’en dites-vous ?

    – Bravo Polenta ! cria la petite voix, celle qui sortait on ne sait d’où.

    A s’entendre appeler ainsi, Geppetto devint rouge comme une pivoine et, fou de rage, se tourna vers le me­nuisier :

    – Pourquoi m’offensez-vous ?

    – Qui donc vous a offensé ?

    – Vous m’avez appelé Polenta !...

    – Mais ce n’est pas moi.

    – Ben voyons ! Ce serait moi, par hasard ! Moi, je dis que c’est vous.

    – Non !

    – Si !

    – Non !

    – Si !

    S’échauffant de plus en plus, ils passèrent des paroles aux actes. Ils s’agrippèrent, se chiffonnèrent, se griffè­rent et se mordirent.

    Le combat fini, Maître Antonio avait dans les mains la moumoute de Geppetto et Geppetto se rendit compte qu’il avait entre ses dents la perruque grise du menuisier.

    – Donne-moi ma perruque ! – cria Maître Antonio

    – Et toi, rends-moi la mienne et faisons la paix.

    Chacun ayant repris sa perruque, les deux petits vieux se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis pour la vie entière.

    – Donc, compère Geppetto – dit le menuisier pour sceller la paix retrouvée – que puis-je faire pour vous être agréable? 

    – Il me faudrait du bois pour fabriquer ma marionnette.  

    Tout content, le menuisier fila prendre sur l’établi le bout de bois qui lui avait fait si peur. Mais comme il s’apprêtait à le remettre à son ami, le bout de bois se dégagea d’une violente secousse, lui échappa des mains et alla frapper durement les tibias du pauvre Geppetto. 

    – Eh bien, Maître Antonio, voilà une jolie manière de faire des cadeaux ! Vous m’avez quasiment estro­pié !

    – Mais je vous jure que ce n’est pas moi !

    – Alors, c’est moi !

    – C’est la faute de ce bout de bois 

    – Je vois bien que c’est du bois, mais c’est vous qui me l’avez envoyé dans les jambes !

    – Moi, je n’ai rien envoyé !

    – Menteur !

    – Geppetto, ne m’offensez pas, sinon je vous appelle Polenta !

    – Espèce d’âne !

    – Polenta !

    – Imbécile !

    – Polenta !

    – Macaque !

    – Polenta !

    Trois fois Polenta, c’était une de trop. Geppetto se jeta sur le menuisier et ils s’étripèrent de nouveau.

    La bataille terminée, Maître Antonio se retrouva avec deux griffures de plus sur le nez, l’autre avec deux bou­tons de moins à sa vareuse. Leurs comptes réglés, ils se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis la vie entière.

    Sur ce, Geppetto prit le fameux morceau de bois et, après avoir remercié le menuisier, rentra chez lui en boi­tillant.

      

    Chapitre 3               

    De retour chez lui, Geppetto se met tout de suite à fabriquer sa marionnette et lui donne le nom de Pinocchio. Premières espiègleries de la marionnette.

    La maison de Geppetto se réduisait à une petite pièce en rez-de-chaussée qu’éclairait une soupente. Le mobilier était des plus rudimentaires : un siège bancal, un mauvais lit et une table complètement délabrée. Au fond de la pièce brûlait un feu dans une petite cheminée. Mais ce feu était peint sur le mur, en trompe-l’œil. Une casserole, peinte elle aussi, bouillait joyeusement près du feu envoyant un nuage de vapeur qui semblait être de la vraie vapeur.

    Arrivé chez lui, Geppetto prit sans attendre ses outils et se mit à tailler le morceau de bois afin de confectionner sa marionnette.

    – Quel nom lui donner ? – se demanda-t-il -  Je l’appellerai bien Pinocchio. Ce nom lui portera bonheur. J’ai  connu une famille entière de Pinocchio. Le père, la mère, les enfants, tous se la coulaient douce. Et le plus aisé d’entre eux se contentait de mendier.  

    Ayant trouvé le nom de sa marionnette, il se mit à travailler sérieusement. Il commença par sculpter la chevelure, puis le front et les yeux. 

    Les yeux terminés, imaginez son étonnement quand il s’aperçut qu’ils bougeaient et le regardaient avec impudence.

    Ces deux yeux qui le fixaient énervèrent Geppetto. Il dit d’un ton irrité :

    – Gros yeux du bois, pourquoi me regardez-vous ainsi ? 

    Pas de réponse. 

    Alors il fit le nez, mais le nez à peine fini commença à grandir. Il grandit, grandit, grandit tellement qu’il devint, en quelques minutes, un nez d’une longueur incroyable.

     Le avventure di Pinocchio-pag020.jpg 

    Le pauvre Geppetto avait beau s’éreinter à le retailler, plus il le retaillait pour le raccourcir, plus  ce nez imperti­nent s’allongeait

    Après le nez, il sculpta la bouche.

    Mais la bouche n’était même pas terminée qu’elle commença à rire et à se moquer de lui.

    – Arrête de rire !  – dit Geppetto, vexé. Mais ce fut comme s’il parlait à un mur.

    – Arrête, je te répète !  – hurla-t-il d’une voix menaçante.

    Alors la bouche cessa de rire mais lui tira la langue.

    Geppetto, pour ne pas rater son ouvrage, fit semblant de ne rien voir et continua à travailler.

    Après la bouche, ce fut au tour du menton puis du cou, du ventre, des bras et des mains.

    Les mains achevées, Geppetto sentit qu’on lui enlevait sa perruque. Il leva la tête et que vit-il ? Sa perruque jaune dans les mains de la marionnette !

     – Pinocchio !... Rends-moi tout de suite ma perruque !

    Mais au lieu de la lui rendre, Pinocchio la mit sur sa tête. La perruque lui mangeait la moitié du visage.

    Ces manières insolentes avaient rendu triste Geppetto, comme jamais il ne l’avait été de toute sa vie. Il se tourna vers Pinocchio et lui dit :

    – Bougre de gamin ! Tu n’es même pas fini que tu manques déjà de respect à ton père ! C’est mal, mon garçon, c’est mal !

    Et il sécha une larme..

    Restaient cependant à fabriquer les jambes et les pieds. 

    Quand Geppetto eut fini, il reçut un coup de pied en plein sur le nez.

    – C’est de ma faute – se dit-il alors. J’aurais dû y penser avant. Maintenant c’est trop tard.

    Après quoi, il empoigna la marionnette sous les bras et la posa sur le sol de la pièce pour la faire marcher.

    Mais Pinocchio avait les jambes raides et ne savait pas encore s’en servir.  Geppetto le prit alors par la main et lui apprit à mettre un pied devant l’autre.

    Une fois ses jambes dégourdies, Pinocchio commença à marcher tout seul puis il se mit à courir à travers la pièce. Finalement, il passa la porte de la maison, sauta dans la rue et s’enfuit.

    Et le pauvre Geppetto de courir derrière lui sans pouvoir le rattraper parce que ce polisson de Pinocchio filait en bondissant comme un lièvre. Ses pieds de bois frappaient le pavé de la rue en faisant autant de tapage que vingt paires de sabots. 

    Le avventure di Pinocchio-pag023.jpg 

    Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! criait Geppetto, mais les gens, dans la rue, voyant cette marionnette en bois cavalant comme un cheval arabe, étaient enchantés de la regarder et ils riaient, riaient, vous ne pouvez pas savoir comme ils riaient.

    Survint heureusement un carabinier qui, entendant tout ce vacarme et croyant qu’il s’agissait d’un poulain qui avait échappé à son maître, se campa courageusement au milieu de la rue, jambes écartées, avec la ferme résolution de l’arrêter et d’empêcher ainsi de plus graves désordres.  

    Quand Pinocchio se rendit compte que le carabinier barrait la rue, il tenta de le tromper en lui passant entre les jambes mais sa tentative échoua.

    Sans bouger d’un pouce, le policier l’attrapa carrément par le nez (c’était un nez tellement démesuré qu’il paraissait n’exister que pour être attrapé par les carabiniers) et le rendit à Geppetto qui, en punition, décida de lui tirer les oreilles. Mais imaginez sa tête quand, cherchant les oreilles, il ne les trouva pas. Et savez-vous pourquoi ? Parce que, dans sa précipitation, il avait tout simplement oublié de les faire.  

    Il le saisit donc par la nuque et, tout en le ramenant à la maison, lui secouait la tête et le menaçait :

    – On rentre. Et quand on sera rentrés, on règlera nos comptes ! 

    A ces mots, Pinocchio se jeta par terre et ne voulut plus marcher. Immédiatement, curieux et badauds se rap­prochèrent et commencèrent à former un cercle autour d’eux.

    Chacun donnait son avis. Certains disaient :

    – Pauvre marionnette, elle a raison de ne pas vouloir rentrer. Qui sait si elle ne serait pas battue par ce dia­ble de Geppetto !

    Et les autres, malicieusement, en rajoutaient :

    – Ce Geppetto semble un brave homme ! Mais, en vérité, c’est un vrai tyran avec les enfants ! Si on lui laisse cette marionnette, il est capable de la mettre en pièces !

    Ils firent et dirent tant et si bien que le carabinier libéra Pinocchio et conduisit en prison le pauvre Geppetto. Incapable de trouver les mots pour se défendre, il pleurait comme un veau et, tout au long du chemin, murmurait en sanglotant :

    – Sale gamin ! Et dire que je me suis donné toute cette peine pour fabriquer une marionnette bien comme il faut ! Tout reste à faire! J’aurais dû y penser plus tôt !

    Ce qui arriva ensuite est une incroyable histoire. C’est cette histoire que je vais vous raconter maintenant.

     

    Chapitre 4               

    L’histoire de Pinocchio et du Grillon-qui-parle. Où l’on voit que les méchants garçons ne supportent pas d’être contrariés par qui en sait plus qu’eux.

    Voilà donc la suite, les enfants. Alors que le pauvre Geppetto était conduit sans raison en prison, ce polisson de Pinocchio, sorti des griffes du carabinier, descendit à toutes jambes à travers champs pour rentrer plus vite à la maison. Dans sa course folle, il gravissait les plus hauts talus, sautait pas dessus des haies de ronces et franchissait des fossés pleins d’eau, exactement comme un chevreau ou un jeune lièvre poursuivi par des chasseurs. Arrivé devant la maison, il trouva la porte fermée. Il lui donna une bourrade, entra, tira tous les ver­rous et s’affala par terre en poussant un grand soupir de satisfaction.

    Mais la satisfaction dura peu car il entendit, quelque part dans la pièce, quelqu’un qui faisait :

    – Cri-cri-cri !

    – Qui donc m’appelle ? – demanda Pinocchio, apeuré.

    – C’est moi !

    Il se retourna et vit un énorme Grillon qui grimpait lentement sur le mur.

    – Dis-moi, Grillon, qui es-tu ?

    – Je suis le Grillon-qui-parle, et je vis dans cette pièce depuis plus de cent ans.

    – Ouais, mais maintenant c’est ma maison à moi – dit la marionnette – et si tu veux vraiment me faire plaisir, va-t’en tout de suite et ne reviens pas.

    – Je ne partirai d’ici – répondit le Grillon – qu’après t’avoir dit une vérité essentielle.  

    – Bon, alors grouille-toi de me la dire.

    – Malheur aux enfants qui se révoltent contre leurs parents et abandonnent par caprice la maison pater­nelle ! Jamais ils ne trouveront le bien en ce monde et, tôt ou tard, ils s’en repentiront amèrement.

    – Cause toujours, mon Grillon, tant qu’il te plaira : moi je sais que demain, à l’aube, je partirai d’ici car si je reste, il m’arrivera ce qui arrive à tous les enfants. C’est à dire qu’ils m’enverront à l’école et, que cela me plaise ou non, on m’obligera à étudier. Or moi, je te le dis en confidence, étudier ne me va pas du tout. Cela m’amuse beaucoup plus de courir derrière les papillons et de grimper dans les arbres pour dénicher les oiseaux.

    – Pauvre petit sot ! Tu ne sais donc pas qu’en agissant ainsi tu deviendras le plus beau des ânes et que tout le monde se paiera ta tête ?

    – Oh ! La barbe Grillon de malheur ! – cria Pinocchio.

    Mais le Grillon, qui était patient et philosophe, au lieu de prendre mal cette impertinence, continua sur le même ton:

    – S’il ne te plait pas d’aller à l’école, tu pourrais au moins apprendre un métier, de façon à pouvoir gagner ta vie honnêtement.

    – Tu veux que je te dise ? – répliqua Pinocchio, qui commençait à s’énerver - Parmi tous les métiers du monde, un seul me conviendrait parfaitement.

    – Et ce métier serait ?...

    – Celui qui consiste à manger, boire, dormir, m’amuser et me balader du matin au soir.

    – Pour ta gouverne – lui répondit le Grillon-qui-parle avec son calme habituel – je te signale que ceux qui pratiquèrent un tel métier ont tous fini leurs jours à l’hospice ou en prison.  

    – Cela suffit, Grillon de malheur !... Si la colère me prend, gare à toi !

    – Pauvre Pinocchio ! Tu me fais pitié !...

    – Et pourquoi, Grillon ?

    – Parce que tu es une marionnette et, ce qui est terrible, que tu as donc la tête dure comme du bois. 

    Rendu absolument furieux par ces dernières paroles, Pinocchio se leva d’un bond, s’empara d’un marteau sur l’établi et le lança à toute volée vers le Grillon-qui-parle. Peut-être crut-il qu’il ne le toucherait même pas.

    Mal­heureusement, il le frappa en plein sur la tête, si bien que le pauvre Grillon, après avoir fait une dernière fois cri-cri-cri, resta collé au mur, raide mort. 

     

    Chapitre 5               

    Pinocchio a faim et cherche un œuf pour faire une omelette. Mais au moment de la manger, l’omelette s’envole par la fenêtre.

    La nuit commençait à tomber. Pinocchio ressentit un petit creux à l’estomac et se rappela qu’il n’avait rien mangé.

    Ce petit creux, chez les enfants, grandit rapidement. En peu de minutes, il se transforme en véritable faim et cette faim, subrepticement, devient faim de loup, une faim colossale.

    Le pauvre Pinocchio commença par se ruer vers la cheminée où fumait une casserole et voulut enlever le couvercle pour voir ce qui cuisait. Mais cette casserole n’étant qu’une peinture murale, imaginez sa stupeur ! Son nez, déjà long, s’allongea encore plus, d’au moins quatre doigts.

    Alors il se mit à courir comme un fou dans toute la pièce, fouillant dans toutes les boites, inspectant les placards à la recherche d’un peu de pain sec, d’un croûton quelconque, d’un os pour chien, d’un restant de po­lenta moisie, d’une arête de poisson ou d’un noyau de cerise, bref de n’importe quoi à se mettre sous la dent, mais il ne trouva rien, absolument rien, rien de rien.

    Or la faim grandissait et grandissait toujours. Cette faim provoquait en lui l’envie de bailler et ces bâillements étaient si conséquents que sa bouche s’étirait jusqu’aux oreilles. Il baillait, crachotait et sentait que son estomac lui descendait sur les talons. 

    Désespéré, il se mit à pleurer :

    – Le Grillon-qui-parle avait raison. Je n’aurais pas dû me révolter contre mon papa ni me sauver de la maison. Si papa était là, je n’en serais pas réduit à bailler à en mourir ! Oh ! Quelle sale maladie que d’avoir faim !

    Mais voilà qu’il lui sembla voir, dans un tas de poussière, quelque chose de rond et blanc, comme un œuf de poule. Il se jeta dessus d’un seul bond. C’était bien un œuf.

    La joie de la marionnette fut indescriptible. Croyant rêver, il tournait et retournait cet œuf dans ses mains, le caressait et l’embrassait tout en disant :

    – Et maintenant, comment vais-je le cuire ? En omelette ? A la coque ? Sur le plat, ce ne serait pas plus savoureux ? Oui, et c’est encore le moyen le plus rapide, j’ai trop envie de le mange.

    Sitôt dit, sitôt fait : il mit un poêlon sur un brasero aux cendres chaudes et versa, faute d’huile ou de beurre, un peu d’eau. Quand l’eau commença à bouillir, tac !... elle fit éclater la coquille qui laissa s’échapper ce qu’il y avait à l’intérieur.

    Or, au lieu du blanc et du jaune de l’œuf, sortit un petit poussin tout content et très poli qui, après une belle révérence, dit :  

    – Merci mille fois, Monsieur Pinocchio, de m’avoir épargné la fatigue de rompre moi-même ma coquille. Portez-vous bien et bonjour chez vous !

    Puis il étendit ses ailes et, passant par la fenêtre restée ouverte, s’envola dans le ciel et disparut à l’horizon.

    La pauvre marionnette en resta paralysée, les yeux fixes, la bouche ouverte, la coquille cassée dans la main. Le choc passé, il se mit à pleurer, à crier, à taper des pieds par terre de désespoir et, tout en pleurant, s’exclama :

    – Le Grillon-qui-parle avait donc raison ! Si je ne m’étais pas sauvé de la maison et si mon papa était encore ici, je n’en serais pas réduit à mourir de faim ! Oh ! Quelle sale maladie que la faim ! 

    Et, parce que son corps rouspétait plus que jamais et qu’il ne savait quoi faire pour le contenter, il songea à sortir pour une virée dans le voisinage, histoire de trouver quelque personne charitable qui lui ferait l’aumône d’un peu de pain.

     

     

    Chapitre 6               

    Pinocchio s’endort les pieds posés sur le brasero et le lendemain matin ils sont entièrement calcinés.

    Dehors, c’était proprement infernal. Un terrible orage tonnait avec fracas et la nuit s’éclairait comme si le ciel avait pris feu, un vent glacial tournoyait, sifflant méchamment, soulevant un immense nuage de poussière et faisant gémir tous les arbres de la campagne. Pinocchio avait très peur du tonnerre et des éclairs, mais la faim était encore plus forte que la peur. Alors il poussa la porte et, filant à toute allure, arriva dans le village une petite centaine de bonds plus loin, la langue pendante et le souffle court, comme un chien de chasse.

    Tout était dans l’obscurité. Les boutiques étaient fermées, closes les portes et les fenêtres des maisons. Dans la rue, pas un chat. On aurait dit un village de morts.

    Accablé par le désespoir et la faim, Pinocchio se pendit à la sonnette d’une maison et carillonna, carillonna tout en se disant :

    – Quelqu’un finira bien par se mettre à la fenêtre. 

    Effectivement, un petit vieux apparut, son bonnet de nuit sur la tête et très énervé :

    – Qu’est-ce que vous voulez à cette heure-ci ?

    – Peut-être serez-vous assez aimable de me donner un morceau de pain ?

    – D’accord, ne bouge pas, je reviens tout de suite – répondit le vieil homme qui croyait avoir à faire à l’un de ces vauriens capables de tout et qui, la nuit, s’amusent à tirer les sonnettes pour le seul plaisir de déranger les gens dormant tranquillement.

    Trente secondes plus tard, la fenêtre s’ouvrit de nouveau et le petit vieux cria à Pinocchio :

    – Mets-toi bien dessous et tends ton chapeau.

    Pinocchio enleva immédiatement son couvre-chef, mais au moment où il le tendait, il reçut une bassine entière d’eau qui l’arrosa de la tête au pied comme s’il était un géranium desséché.

    Revenu à la maison trempé jusqu’aux os, au comble de la fatigue et de la faim, n’ayant même plus force de rester debout, il s’affala sur une chaise et posa ses pieds humides sur le brasero aux braises rouges.

    Il s’endormit ainsi et, pendant qu’il dormait, ses pieds, qui étaient en bois, brûlèrent petit à petit jusqu’à être réduits en cendre.

    Malgré tout, Pinocchio continuait à dormir et à ronfler comme si ses pieds étaient ceux d’un autre. Il ne se réveilla qu’à l’aube parce que quelqu’un avait frappé à la porte.

    – Qui est-ce ? – questionna-t-il en baillant et en se frottant les yeux.

    – C’est moi – répondit une voix.

    Cette voix était celle de Geppetto.

    Chapitre 7               

    Revenu chez lui, Geppetto va refaire les pieds de la marionnette et lui donner son propre repas.

    Le pauvre Pinocchio, qui était encore ensommeillé, ne s’était pas rendu compte que ses pieds étaient brûlés. Quand il entendit la voix de son père, il sauta de son tabouret pour lui ouvrir mais, après avoir titubé deux ou trois fois, il tomba de tout son long sur le sol.

    Et, en tombant, il fit autant de vacarme qu’une batterie de cuisine dégringolant du cinquième étage. 

    – Ouvre-moi ! – lui criait Geppetto de la rue.

    – Mais, mon papa, je ne peux pas – lui répondait la marionnette en pleurant et en se roulant par terre.

    – Pourquoi ne peux-tu pas ?

    – On m’a mangé les pieds.

    – Et qui donc te les a mangés ?

    Pinocchio regardait le chat qui s’amusait à pousser des copeaux avec ses pattes :

    – C’est le chat – inventa-t-il

    – Ouvre-moi, je te dis ! Sinon, je vais t’en donner du chat, mais ce sera du chat à neuf queues !

    – Je vous supplie de me croire : je ne peux pas me tenir debout. Oh ! Pauvre de moi ! Je devrai, toute ma vie, me traîner sur les genoux !...

    Geppetto était persuadé que toutes ces pleurnicheries étaient encore une espièglerie de la marionnette. Pour en finir, il s’accrocha au mur et rentra dans la maison par la fenêtre.

    Au début, il voulut mettre les choses au point mais quand il vit son Pinocchio par terre et qu’il n’avait plus de pieds, il fut immédiatement attendri. Le prenant par le cou, il l’embrassa et lui fit mille caresses. Des larmes lui coulaient sur les joues. Tout en sanglotant, il lui dit :

    – Mon Pinocchio à moi ! Comment as-tu fait pour te brûler les pieds ?

    – J’en sais rien, papa, mais c’était une nuit d’enfer dont je me souviendrai toujours. Il tonnait, il y avait des éclairs partout et moi j’avais très faim, alors le Grillon-qui-parle m’a dit ; « Tu as été méchant et c’est tout ce que tu mérites » et moi je lui ai répondu : « Ça suffit, Grillon !... ». Mais il a ajouté : «Tu n’es qu’une marionnette qui a la tête aussi dure que du bois ». Alors, moi, je lui ai envoyé un marteau à la figure. Il est mort mais c’est de sa faute, moi je ne voulais pas le tuer. Après, j’ai mis une poêle sur le brasero allumé, le poussin est sorti et m’a dit : « Adieu... et bonjour chez vous ». Comme j’avais de plus en plus faim, le petit vieux en bonnet de nuit m’a ordonné de me mettre sous sa fenêtre et de tendre mon chapeau. C’est comme cela que j’ai reçu une bassine d’eau parce que je demandais un peu de pain. Est-ce honteux de demander du pain ? Bon, après je suis revenu à la maison, toujours affamé, j’ai posé mes pieds sur le brasero pour les sécher, puis vous êtes arrivé et je me suis aperçu que mes pieds étaient brûlés. Maintenant, la faim, je l’ai toujours mais les pieds, je n’en ai plus ! Hi !... Hi !... Hi !...   

    Et Pinocchio de recommencer à pleurer et à brailler si fort qu’on pouvait l’entendre à cinq kilomètres à la ronde.

    Geppetto, du long discours embrouillé de sa marionnette n’avait retenu que le fait qu’elle mourait de faim et il tira de sa poche trois poires qu’il lui tendit : 

    – Ces poires devaient être mon déjeuner mais je te les donne volontiers. Mange-les et fais-en le meilleur profit.

    – Si vous voulez que je les mange, faites-moi donc le plaisir de les éplucher.

    – Les éplucher ? – s ‘étonna Geppetto - Je ne savais pas, mon garçon, que tu étais si délicat. Tu fais la fine bouche. C’est mal ! Dès le plus jeune âge, en ce bas monde, il faut s’habituer à manger de tout. On ne sait jamais ce qui peut arriver, car tout est possible.

    – Vous parlez d’or – répliqua Pinocchio, - mais moi je ne mangerai jamais un fruit qui n’est pas épluché. Je ne peux pas souffrir les peaux.

    Alors le brave Geppetto, sortant un petit couteau et s’armant de patience, pela les trois poires en prenant soin de laisser les épluchures sur un coin de la table.

    Quand Pinocchio, en deux bouchées, eut mangé la première poire, il fit le geste de jeter le trognon.

     Geppetto lui arrêta le bras :

    – Ne le jette pas : tout peut être utile en ce bas monde.

    – Bah ! Le trognon, c’est sûr que je ne le mangerai pas ! – hurla la marionnette, menaçante comme une vipère.

    – Qui sait ? Tout est possible !... répéta Geppetto calmement.

    Les trois trognons, au lieu de passer par la fenêtre, rejoignirent donc les épluchures sur la table.

    Ayant mangé ou plutôt dévoré les trois poires, Pinocchio se remit à bailler et dit en pleurnichant :

    – J’ai encore faim !

    – Mais, mon garçon, je n’ai plus rien à te donner.

    – C’est vrai ? Il n’y a plus rien ?

    – Plus rien que ces épluchures et ces trognons de poire.

    – Tant pis ! – dit Pinocchio, - s’il n’y a rien d’autre, je mangerais bien une épluchure.

    Et il commença à mastiquer. Au début, il prit une mine dégoûtée, mais il engloutit toutes les épluchures l’une après l’autre, puis les trognons. Quand il eut fini, il battit des mains de contentement. Il jubilait :

    – Maintenant, je me sens bien !

    – Tu vois donc – lui fit remarquer Geppetto, - que j’avais raison quand je te disais qu’il ne fallait pas être si délicat. Mon cher, on ne sait jamais ce qui peut arriver en ce bas monde. Tout est possible !

    Chapitre 8               

    Geppetto taille de nouveaux pieds à Pinocchio et vend son manteau pour lui acheter un abécédaire.

    La marionnette, une fois rassasiée, commença à bougonner et à pleurnicher parce qu’elle voulait des pieds neufs.

    Mais Geppetto, pour le punir de sa fugue, laissa Pinocchio se désespérer durant une bonne partie de la journée, puis il lui demanda : 

    – Et pourquoi devrais-je te refaire des pieds si c’est pour te sauver une nouvelle fois ?

    – Je vous promets – lui répondit entre deux sanglots la marionnette – que désormais je me conduirai bien.

    – C’est ce que disent tous les enfants quand ils veulent quelque chose.

    – Je vous promets que j’irai à l’école, que j’étudierai et que je ferai des étincelles...

    – Quand les enfants veulent quelque chose, c’est toujours le même refrain.

    – Mais je ne suis pas comme les autres enfants ! Je suis le plus gentil et je dis toujours la vérité. Je vous jure, papa, que j’apprendrai un métier et je serai votre bâton de vieillesse.

    Geppetto, tout en affichant un air terriblement sévère, avait les yeux pleins de larmes et le cœur gros en voyant dans quel état pitoyable était son Pinocchio. Il se tut, prit ses outils, deux bouts de bois sec et se mit farouche­ment au travail. 

    En moins d’une heure, les pieds étaient faits, et bien faits : deux petits pieds rapides et nerveux comme les aurait sculptés un artiste de génie.

    Puis il dit à la marionnette :

    – Ferme les yeux et dors !

    Pinocchio ferma les yeux et fit semblant de dormir. Et pendant qu’il faisait semblant de dormir, Geppetto ramollit de la colle dans une coquille d’œuf et ajusta tellement bien les deux pieds aux jambes de la marionnette que l’on ne remarquait rien à l’endroit où il les avait collés.

    Dès que Pinocchio se rendit compte qu’il avait des pieds, il sauta de la table où il était étendu et, fou de joie, commença à faire mille entrechats et cabrioles.

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    – Pour vous remercier de ce que vous avez fait pour moi – dit-il alors à son père – j’irai tout de suite à l’école.

    – Bravo, mon garçon !

    – Oui, mais pour y aller, j’ai besoin de vêtements.

    Geppetto était pauvre et n’avait pas un centime en poche. Il lui confectionna donc un ensemble en papier à fleurs, des souliers en écorce d’arbre et un bonnet de mie de pain.

    Pinocchio courut se mirer dans une bassine pleine d’eau et, très content de lui, revint en se pavanant :

    – J’ai l’air d’un vrai monsieur !

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    – En effet – répliqua Geppetto. Pour être un monsieur, mieux vaut un vêtement propre qu’un vêtement luxueux. Tiens-le-toi pour dit.

    – A propos – fit remarquer la marionnette -  il me manque tout de même quelque chose d’essentiel pour aller à l’école.

    – Quoi donc ?

    – Je n’ai pas d’abécédaire.

    – Tu as raison, mon garçon. Mais comment fait-on pour s’en procurer ?

    – Ben, c’est très facile. On va dans une librairie et on l’achète.

    – Et les sous ?

    – Moi, je n’en ai pas.

    – Et moi non plus.

    Le visage du brave Geppetto s’assombrit. Et, bien que Pinocchio fut d’une nature insouciante et joyeuse, lui aussi devint triste. La misère, quand c’est de la vraie misère, tout le monde la voit, même les enfants.   

    – Attends un peu ! – cria tout à coup Geppetto.

    Il se leva, enfila son vieux manteau de futaine tout rapiécé et sortit de la maison en courant.

    Il revint vite. Il tenait à la main un abécédaire pour son fiston. En revanche, il n’avait plus de manteau. Le pauvre homme était en bras de chemise et, dehors, il neigeait.

    – Et ton manteau, papa ?

    – Je l’ai vendu.

    – Mais pourquoi ?

    – Il me tenait trop chaud.

    Pinocchio avait bon cœur. Comprenant à demi-mot, il sauta au cou de Geppetto et lui couvrit le visage de baisers.   

    Chapitre 9               

    Pinocchio vend son abécédaire pour aller au théâtre de marionnettes.

    La neige ayant cessé de tomber, Pinocchio prit le chemin qui menait à l’école emportant sous son bras, l’abécédaire flambant neuf. Tout en marchant il rêvassait et construisait mille châteaux en Espagne, tous plus beaux les uns que les autres.

    Il se disait :

    – Aujourd’hui, à l’école, j’apprendrai à lire ; demain, j’apprendrai à écrire ; après-demain, je saurai compter. Avec tout mon savoir, je gagnerai beaucoup d’argent et, dès les premiers sous en poche, j’achèterai à mon papa un beau manteau de drap.

    Que dis-je de drap ? Il sera tissé d’or et d’argent avec des brillants en guise de boutons. Le pauvre homme le mérite bien car, en somme, pour m’acheter des livres et me donner de l’instruction, il se retrouve en bras de chemise... avec le froid qu’il fait ! Seuls les papas sont capables de faire de tels sacrifices !... 

    Alors que, tout ému, Pinocchio se racontait ce genre de choses, il entendit, au loin, le son aigu de fifres et les coups sourds d’une grosse caisse : pfuit-pfuit-pfuit, boum-boum-boum.

    Il s’arrêta pour mieux écouter. Il y avait une très longue route qui croisait la sienne et qui conduisait à un petit village construit au bord de la mer. La musique venait de là-bas.

    – Qu’est-ce donc que cette musique ? – se demanda Pinocchio - Dommage que je sois obligé d’aller à l’école, sinon...

    Il restait là, perplexe. Il lui fallait choisir entre l’école et les fifres.

    – Disons qu’aujourd’hui, je pourrais aller écouter les fifres. Dans ce cas, j’irai à l’école demain. Pour aller à l’école, il sera toujours temps – finit-il par conclure en haussant les épaules.

    Sitôt dit, sitôt fait. Il s’engagea sur la route transversale et se mit à courir à toutes jambes. Et plus il courait, mieux il entendait les fifres et la grosse caisse : pfuit-pfuit-pfuit, boum-boum-boum.

    Il arriva sur une place pleine de gens qui s’agglutinaient autour d’une grande baraque en bois recouverte d’une toile bariolée aux mille couleurs.  

    – C’est quoi, cette baraque ? – demanda-t-il à un gamin du village.

    – Tu n’as qu’à lire la pancarte. C’est écrit dessus.

    – Je la lirais bien volontiers mais il se trouve qu’aujourd’hui je ne sais pas lire.

    – Pauvre ignorant ! Moi, je vais te la lire. Sache donc que, sur cette pancarte, il est écrit en lettres rouges comme du feu :

    « GRAND THÉÂTRE DE MARIONNETTES » 


    – Et il y a longtemps que le spectacle a commencé ?

    – Il commence.

    – Pour entrer, combien ça coûte ?

    – Quatre sous.

    Pinocchio, dévoré par la curiosité, perdit toute retenue. Toute honte bue, il demanda au jeune garçon:

    – Tu pourrais me prêter quatre sous jusqu’à demain ?

    – Je te les donnerais bien volontiers – ricana l’autre – mais il se trouve qu’aujourd’hui je ne peux pas les donner.

    – Je te vends mon manteau pour quatre sous – répliqua Pinocchio.

    – Que veux-tu que je fasse d’un manteau en papier peint ? S’il se met à pleuvoir, il va se coller à moi et je ne pourrais même plus m’en débarrasser.

    – Alors, prends mes chaussures.

    – Elles sont tout juste bonnes à allumer le feu. 

    – Et le bonnet. Tu m’en donnerais combien ?

    – Belle acquisition, en vérité ! Un bonnet en mie de pain ! Les souris finiraient par venir me le manger sur la tête !

    Pinocchio était sur des charbons ardents. Il avait bien encore une dernière proposition à lui faire, mais il n’osait pas la formuler. Il hésitait, balançait, était à la torture. Puis il se décida :

    – Ne pourrais-tu pas me donner quatre sous pour cet abécédaire tout neuf ?

    – Ecoute. Je suis un enfant et je ne fais pas de commerce avec les autres enfants – lui répondit son jeune interlocuteur qui avait beaucoup plus de jugeote que lui.

    – Pour quatre sous, moi je le prends – intervint un chiffonnier qui avait entendu leur conversation.

    Le livre fut vendu sur-le-champ. Et dire que, pour avoir acheté ce même abécédaire à son fils chéri, le brave Geppetto, en bras de chemise, grelottait de froid chez lui! 

     

    Chapitre 10         

    Les marionnettes reconnaissent en Pinocchio l’une des leurs et lui font fête. Au moment où l’allégresse est à son comble survient Mangiafoco, le marionnettiste. Pinocchio est promis à une triste fin.

    L’entrée de Pinocchio dans le petit théâtre de marionnettes suscita un incident qui provoqua une sorte de révolution. 

    Il faut savoir que le rideau était levé et que le spectacle avait commencé.

    Sur la scène, Arlequin et Polichinelle se querellaient et s’apprêtaient, comme d’habitude, à en venir aux gifles et aux coups de bâton.   

    Leur prise de bec faisait se plier de rire un public captivé. Les deux marionnettes gesticulaient et s’envoyaient des injures avec tant de naturel qu’elles paraissaient aussi vivantes que vous et moi.

    Mais, vivant ou pas, Arlequin s’arrêta soudain de jouer. Faisant face au public, il montra de la main quelqu’un au fond de la salle et se mit à déclamer avec emphase:

    – Dieux du ciel ! Est-ce que je rêve ? Pourtant, c’est bien Pinocchio que je vois là-bas! 

    – C’est vraiment Pinocchio ! - cria Polichinelle à son tour.

    – C’est tout à fait lui ! - renchérit  madame Rosaura dont la tête passa à travers le décor.

    – C’est Pinocchio ! C’est Pinocchio ! - reprirent en chœur toutes les marionnettes surgissant des coulisses.  

    C’est Pinocchio ! C’est notre frère à tous ! Vive Pinocchio ! 

    – Pinocchio, viens-là ! – cria Arlequin - Viens te jeter dans les bras de tes frères en bois !

    Cette affectueuse invite fit bondir Pinocchio hors de son siège. D’un saut, il fut dans les premiers rangs. Un autre saut le propulsa sur la tête du chef d’orchestre et, de là, il arriva directement sur la scène.

    Difficile d’imaginer la débauche de marques d’amitié que lui témoigna, dans le plus grand désordre, toute la troupe de ce théâtre végétal : ce furent des embrassades, des étreintes, des joyeux petits pinçons de complicité, de tendres frottements de museaux que seule une fraternité sincère et réelle peut inspirer.

    Il n’y a pas à dire : le spectacle était émouvant. Pourtant le public, voyant que la comédie n’avançait plus, s’impatienta et se mit à crier :

    – La suite ! La suite !

    Ce fut peine perdue car les marionnettes, au lieu de se remettre à jouer, firent encore plus de tapage et, hissant Pinocchio sur leurs épaules, le portèrent en triomphe sur le devant de la scène. 

    C’est alors qu’intervint le marionnettiste, un homme à la stature colossale et si laid que l’on mourait de peur rien qu’à le regarder. Il avait une barbe noire comme de l’encre, si longue qu’elle traînait par terre et qu’il s’emmêlait les pieds dedans quand il marchait. Sa bouche était vaste comme un four, ses yeux ressemblaient à des lanternes rouges et il faisait claquer un fouet tressé de peaux de serpents et de queues de renards.

    Le tapage cessa brusquement à son apparition. Chacun retenait sa respiration et l’on aurait pu entendre une mouche voler. Toutes les pauvres marionnettes, les hommes comme les femmes, furent prises de tremble­ments.

    – Pourquoi es-tu venu mettre la pagaille dans mon théâtre ? – demanda le marionnettiste à Pinocchio d’une grosse voix d’ogre ayant un bon rhume de cerveau. 

    – Ce n’est pas de ma faute, Monsieur, je vous supplie de me croire.

    – Suffit ! On règlera nos comptes ce soir.

    Ce n’étaient pas des paroles en l’air. Car, le spectacle terminé, le marionnettiste se rendit à la cuisine où il s’était préparé pour le dîner un mouton entier qui cuisait lentement à la broche. Or, comme il lui manquait du bois pour parachever la cuisson afin qu’il soit bien doré, il appela Arlequin et Polichinelle et leur dit :  

    – Apportez-moi donc cette marionnette qui est accrochée au clou. Elle m’a paru d’un bois très sec et fera une belle flambée pour mon rôti.

    D’abord ils hésitèrent. Mais un méchant coup d’œil de leur patron terrorisa tellement Arlequin et Polichinelle qu’ils obéirent.

    Peu après, ils revenaient portant le pauvre Pinocchio qui se débattait comme une anguille hors de l’eau et qui criait désespérément :

    – Papa, papa, sauve-moi ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir !

     

    Chapitre 11         

    Mangiafoco éternue et pardonne à Pinocchio, lequel sauve de la mort son ami Arlequin.

    Certes, le montreur de marionnettes Mangiafoco (qui veut dire Mange-feu : c’était vraiment son nom) avait toutes les apparences d’un homme terrifiant, particulièrement avec sa barbe noire qui, comme un tablier, lui recouvrait entièrement poitrine et jambes. Mais au fond, ce n’était pas un méchant homme. La preuve : quand on lui amena Pinocchio, se débattant et hurlant « Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir ! », il fut tout de suite troublé et ressentit de la pitié pour la pauvre marionnette. Il résista bien un bon moment mais, ne se contrôlant plus, il finit par émettre un très sonore éternuement.

    Arlequin, qui semblait avoir été transformé en saule pleureur tellement il était affligé, retrouva subitement un visage joyeux à la suite de cet éternuement et, se penchant vers Pinocchio, lui souffla :

    – Bonne nouvelle, mon frère : le maître vient d’éternuer, ce qui veut dire qu’il s’est pris de compassion pour toi et que tu es sauvé.

    En effet, alors que tous les humains pleurent ou, du moins, font semblant de sécher des larmes quand quelqu’un leur fait pitié, Mangiafoco, lui, éternuait. C’était sa manière à lui de faire savoir qu’il avait du cœur.

    Après avoir éternué, le montreur de marionnettes choisit de refaire le bourru et grommela à l’adresse de Pinocchio :

    – Arrête de pleurer ! Toutes ces lamentations m’ont ouvert l’appétit. Je sens un tiraillement qui... atchoum, atchoum !  

    – A vos souhaits ! – dit Pinocchio

    – Merci ! Dis-moi : ton papa et ta maman sont toujours vivants ?

    – Papa, oui. Je n’ai jamais connu ma maman.

    – Evidemment, évidemment... Quelle tristesse ce serait pour ton vieux papa si je te faisais griller sur ces braises rouges ! Pauvre homme ! Vraiment je compatis !... Atchoum, atchoum, atchoum !

    – A vos souhaits – répéta Pinocchio

    – Merci ! Mais il faut aussi éprouver de la compassion pour moi car, comme tu le vois, je n’ai plus de bois pour finir de cuire ce mouton. En vérité, te jeter dans le feu m’aurait bien arrangé. Mais, que veux-tu, j’ai eu pitié. Maintenant c’est trop tard. Je vais donc te remplacer par l’une de mes marionnettes. Holà, les gendarmes !

    Très longs, très maigres, bicornes sur la tête et sabres au clair, deux gendarmes surgirent immédiatement.

    Le marionnettiste, d’une voix rauque, leur ordonna :

    – Attrapez-moi cet Arlequin, ligotez-le bien et jetez-le dans le feu. Je veux que mon rôti soit réussi !

    Imaginez la tête du pauvre Arlequin ! Il fut si épouvanté que ses jambes plièrent sous lui et qu’il se retrouva à plat ventre par terre.

    Bouleversé par ce spectacle, Pinocchio, en sanglots, se jeta aux pieds du marionnettiste et inonda sa barbe de ses pleurs. Il supplia : 

    – Pitié, Monsieur Mangiafoco !

    – Ici, il n’y aucun monsieur ! – répliqua sèchement le marionnettiste. 

    – Pitié, Monsieur le Chevalier !

    – Il n’y a pas de chevalier non plus !

    – Pitié, Monsieur le Commandeur !

    – Où vois-tu des commandeurs ici ?

    – Pitié, Excellence !

    Cette fois, très flatté de s’entendre appeler Excellence, le montreur de marionnette s’humanisa et demanda à Pinocchio d’un ton plus affable : 

    – Et bien, que veux-tu ?

    – Vous demander la grâce de ce pauvre Arlequin.

    – Il n’y a pas de grâce qui tienne ! Puisque je t’ai épargné, toi, il faut bien que je le mette dans le feu, lui. Sinon, mon mouton ne sera pas bien doré.

    – Dans ce cas – répliqua fièrement Pinocchio en se levant et en jetant son bonnet de mie de pain – dans ce cas, je sais où est mon devoir. Avancez, messieurs les gendarmes ! Attachez-moi et jetez-moi dans les flammes ! Il n’est pas juste qu’Arlequin, un véritable ami, dusse mourir à ma place !

    Cette déclaration héroïque, prononcée haut et fort, fit couler les larmes de toutes les marionnettes présentes. Jusqu’aux gendarmes qui, bien que de bois, pleuraient comme des veaux.

    Au début, Mangiafoco resta intraitable, un vrai bloc de glace. Mais, peu à peu, il s’attendrit, puis il éternua. Après quatre ou cinq éternuements, il ouvrit ses bras :

    – Tu es un garçon très courageux. Viens m’embrasser.

    Pinocchio se jeta dans les bras du marionnettiste. Grimpant dans sa barbe comme un écureuil, il alla poser un gros baiser sur son nez.

    – Je suis gracié ? – demanda, à peine audible, le pauvre Arlequin qui n’avait plus qu’un filet de voix.

    – Gracié ! – répondit Mangiafoco.

    Tout en soupirant et en hochant la tête, il ajouta :

    – Tant pis ! Aujourd’hui, je me contenterai d’un mouton à moitié cru mais, la prochaine fois, gare à celui sur qui ça tombera !

    Apprenant que la grâce avait été obtenue, toutes les marionnettes se précipitèrent sur la scène et, après avoir allumé toutes les lumières comme pour une soirée de gala, se mirent à danser et à sauter dans tous les sens. A l’aube, elles dansaient encore.


    Chapitre 12         

    Mangiafoco, le marionnettiste, donne cinq pièces d’or à Pinocchio pour qu’il les porte à son papa Geppetto. Mais Pinocchio se laisse embobiner par le Renard et le Chat: il part avec eux.

    Le jour suivant, Mangiafoco prit Pinocchio à part et lui demanda :

    – Comment s’appelle ton papa ?

    – Geppetto

    – Et quel est son métier ?

    – Le métier de pauvre.

    – Cela lui rapporte beaucoup ?

    – Suffisamment pour n’avoir jamais un sou en poche. Il a dû vendre son manteau tout rapiécé et reprisé, une vraie misère, pour m’acheter l’abécédaire de l’école. Vous vous rendez compte !

    – Pauvre diable ! Cela me fait de la peine. Tiens, voilà cinq pièces d’or. Pars tout de suite les lui porter et salue-le de ma part.

    Pinocchio, comme on l’imagine, se confondit en remerciements, embrassa toutes les marionnettes de la Compagnie, même les gendarmes, puis, fou de joie, se mit en route pour rentrer chez lui.

    Mais il n’avait pas fait cinq cents mètres qu’il rencontra un Renard clopinant sur trois pieds et un Chat aveugle. Ils allaient, s’aidant l’un l’autre, comme deux bons compagnons d’infortune. Le Renard boiteux s’appuyait sur le Chat aveugle qui se laissait guider par son camarade.

    – Bonjour Pinocchio – dit le Renard en le saluant gracieusement.

    – Comment sais-tu mon nom ? – s’étonna la marionnette.

    – Je connais bien ton papa.

    – Tu l’as vu ?

    – Je l’ai vu hier. Il était sur le pas de sa porte.

    – Et que faisait-il ?

    – Il était en bras de chemise et tremblait de froid.

    – Pauvre papa ! Mais, si Dieu le veut, à partir d’aujourd’hui il ne tremblera plus !

    – Pourquoi donc ? – interrogea le Renard.

    – Parce que je suis devenu un Monsieur.

    – Un Monsieur, toi ?

    Le Renard ne put s’empêcher de rire. Un rire moqueur, peu flatteur. Le Chat riait aussi mais, pour qu’on ne s’en aperçoive pas, il se lissait en même temps les moustaches avec ses pattes de devant.

    – Il n’y a pas de quoi rire – grogna Pinocchio, piqué au vif – Désolé de vous faire venir l’eau à la bouche mais, si vous vous y connaissez, dites-moi donc ce que vous pensez de ces cinq magnifiques pièces !

    Et il montra aux deux compères le cadeau de Mangiafoco.

    L’agréable tintement des pièces d’or fit que le Renard tendit sans le vouloir sa patte malade alors que le Chat ouvrait tout grand ses yeux verts qui brillaient comme des lanternes. Mais il les referma aussitôt, de sorte que Pinocchio ne s’aperçut de rien.

    – Et que vas-tu faire avec cet argent ? – demanda le Renard.

    – D’abord – répondit la marionnette – je vais acheter à mon papa un beau manteau neuf, tissé de fils d’or et d’argent avec des pierres précieuses en guise de boutons. Après, je m’achèterai un abécédaire. 

    – Un abécédaire ? Pour toi ?

    – Pour moi. Je veux aller à l’école et me mettre à étudier pour de bon.

    – Moi, j’ai perdu une patte pour avoir eu la sotte passion des études.

    – Et moi je suis devenu aveugle pour la même raison – ajouta le Chat.

    Pendant ce temps, un merle blanc s’était posé sur une haie au bord de la route. Il siffla, à l’intention de Pinocchio :

    – N’écoute pas ces deux lascars : sinon, tu t’en repentiras.

    Pauvre merle ! Il aurait mieux fait de se taire ! Le Chat, d’un seul bond, lui sauta dessus et, sans que l’autre ait pu dire ouf,  l’avala d’une seule bouchée, plumes comprises.

    Une fois l’oiseau mangé et son museau nettoyé, le Chat ferma les yeux et refit l’aveugle, comme avant. 

    – Pauvre merle ! – gémit Pinocchio, - pourquoi as-tu été si cruel avec lui ?

    – Pour lui donner une leçon – répondit le Chat – Cela lui apprendra à s’occuper de ses oignons. 

    Ils étaient à mi-parcours quand le Renard, sans crier gare, s’arrêta et demanda à la marionnette : 

    – Veux-tu multiplier tes pièces d’or ?

    – C’est à dire ?

    – Eh bien, à la place de ces cinq misérables sequins, ne voudrais-tu pas en avoir cent, mille, deux mille ?

    – Bien sûr ! Mais comment ?

    – C’est très facile. Au lieu de rentrer chez toi, tu n’as qu’à venir avec nous.

    – Pour aller où ?

    – Au Pays des Nigauds.

    Pinocchio réfléchit un moment puis déclara résolument:

    – Non, je ne peux pas venir. Je suis près de ma maison et je veux retrouver mon papa qui m’attend. Quels soupirs il a dû pousser, le pauvre homme, quand il ne m’a pas vu revenir ! Je suis vraiment un mauvais fils et le Grillon-qui-parle avait bien raison quand il disait que les enfants désobéissants n’avaient au­cune chance de réussir dans la vie. Je l’ai appris à mes dépens. Il m’est arrivé beaucoup de malheurs. Hier encore, dans la maison de Mangiafoco, j’ai couru un terrible danger. Brrr, rien que d’y penser me donne le bourdon.

    – Si tu tiens vraiment à rentrer, alors vas-y et tant pis pour toi ! – soupira le Renard.  

    – Tant pis pour toi ! – répéta le Chat.

    – Mais en te conduisant ainsi, Pinocchio, tu tournes le dos à la chance – ajouta le Renard.

    – A la chance ! – répéta le Chat.

    – D’ici à demain, tu aurais pu transformer tes cinq sequins en deux mille – insista le Renard.  

    – En deux mille ! – répéta le Chat.

    – Tant que cela ? Comment est-ce possible ? – s’étonna Pinocchio, éberlué.

    – Je vais te l’expliquer – dit le Renard. Sache donc qu’au Pays-des-Nigauds il y a un champ sacré que tout le monde appelle le Champ des miracles. Dans ce champ, tu creuses un petit trou et tu y mets, par exemple, un sequin d’or. Tu combles le trou avec de la terre, tu l’arroses avec deux seaux d’eau, tu jet­tes une pincée de sel et tu rentres tranquillement te mettre au lit. Pendant la nuit, le sequin germe et fleurit. Le lendemain matin, tu retournes dans le champ et qu’y trouves-tu ? Tu trouves un magnifique arbre chargé d’autant de sequins qu’un bel épi a de grains de blé en plein mois de juin. 

    – Alors, moi, si j’enterrais mes cinq pièces dans ce champ, combien de sequins trouverais-je le lendemain matin ?  – demanda Pinocchio, de plus en plus étonné.

    – C’est très simple, – répondit le Renard – toi-même pourrais en faire le compte avec les doigts de la main. Attendu que chaque pièce donne une grappe de cinq cents sequins et que tu as cinq pièces, tu te retrouveras, le lendemain matin, avec en poche deux mille cinq cents sequins sonnants et trébuchants. 

    – Mais c’est formidable ! – hurla Pinocchio, dansant de joie –  Formidable ! Dès que j’aurai récolté tous ces sequins, j’en prendrai deux mille pour moi et les cinq cents autres seront pour vous deux. 

    – Un cadeau ? Pour nous ? Dieu t’en préserve ! – s’indigna le Renard en prenant une mine offensée.

    – Dieu t’en préserve ! – répéta le Chat.

    – Nous n’agissons pas par intérêt, – expliqua le Renard - nous agissons uniquement pour enrichir les autres.

    – Les autres ! – répéta le Chat.

    Quels braves gens ! – se dit Pinocchio. Alors, oubliant instantanément son papa, le manteau neuf, l’abécédaire et toutes ses bonnes résolutions, il déclara :

    – D’accord, je viens avec vous.

     

    Chapitre 13         

    A l’auberge de l’Ecrevisse Rouge

    Ils marchèrent longtemps. A la tombée de la nuit, ils arrivèrent, morts de fatigue, à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge.

    – On va s’arrêter ici – déclara le Renard – pour avaler une bouchée et se reposer quelques heures. Nous repartirons à minuit pour être demain, à l’aube, au Champ des miracles.

    Entrés dans l’auberge, ils prirent place tous les trois à une table mais aucun d’eux n’avait très faim.

    Le pauvre Chat, ayant l’estomac brouillé, ne put manger que trente-cinq rougets à la sauce tomate et quatre portions seulement de tripes à la mode de Parme tout en réclamant trois fois de suite, ne les trouvant pas assez onctueuses, du beurre et du fromage râpé.

    Le Renard aurait bien aimé, lui aussi, faire bombance mais, comme le médecin l’avait mis à la diète la plus sévère, il dut se contenter d’un simple lièvre accompagné d’une terrine de poulardes et de coquelets. Pour faire passer le lièvre, il commanda ensuite une fricassée de perdrix, de lapin, de grenouille et de lézard aux raisins. Et puis il s‘arrêta là, disant qu’il ne pourrait plus rien avaler, que tout ce qui était nourriture le dégoûtait. 

    Mais celui qui mangea le moins, ce fut Pinocchio. Il demanda une poignée de noix avec un morceau de pain et laissa tout dans son assiette. Le pauvre garçon était tellement obsédé par le Champ des miracles qu’il souffrait d’une indigestion anticipée de pièces d’or.

    Quand ils eurent fini, le Renard s’adressa à l’aubergiste :

    – Donnez-nous deux bonnes chambres : une pour monsieur Pinocchio, une autre pour mon compagnon et moi. Nous ferons un petit somme avant de repartir. N’oubliez pas de nous réveiller à minuit.

    A vos ordres, messieurs – répondit l’aubergiste tout en faisant un clin d’œil au Renard et au Chat comme s’il voulait dire : « Je vois clair dans votre jeu, comptez sur moi. »

    Dès que Pinocchio fut au lit, il s’endormit et rêva immédiatement. Il rêva qu’il était dans un champ recouvert de jeunes arbres chargés de grappes de sequins d’or qui tintinnabulaient au gré d’une légère brise. Et cette musique semblait dire : « Viens donc nous cueillir ». Mais juste au moment où Pinocchio s’apprêtait à les récolter par poignées entières et à s’en mettre plein les poches, on frappa bruyamment à la porte de la chambre.

    C’était l’aubergiste qui venait le prévenir qu’il était minuit.

    – Et mes amis ? Sont-ils prêts ? – lui demanda la marionnette.

    – Mieux que prêts. Ils sont partis il y a déjà deux bonnes heures.

    – Si vite ? Mais pourquoi ?

    – Le Chat a reçu un message lui apprenant que son fils aîné avait des engelures aux pieds et qu’il était en­tre la vie et la mort.

    – Et le repas, ils l’ont payé ?

    – Bien sûr que non ! Ce sont des personnes trop bien éduquées pour faire cet affront à votre seigneurie.

    – Ah ? Dommage ! Cet affront ne m’aurait pas déplu ! – fit remarquer Pinocchio en se grattant la tête. Et où ont-ils dit qu’ils m’attendraient, ces chers amis ?

    – Au Champ des miracles, au lever du jour.

    Pinocchio régla donc son repas et celui de ses compagnons : il lui en coûta une pièce d’or. Puis il partit.

    On peut même dire qu’il partit à l’aveuglette car, dehors, il faisait si noir qu’on ne voyait goutte autour de soi. Pas une feuille ne bougeait dans la campagne alentour. Seuls quelques gros oiseaux de nuit, volant d’un buisson à l’autre, venaient battre des ailes sous le nez de Pinocchio. Celui-ci, apeuré, criait « Qui va là ? » et seul l’écho lointain des collines environnantes répondait : « Qui va là ? Qui va là ? Qui va là ? ».

    Alors qu’il marchait, il vit soudain, sur le tronc d’un arbre, une petite bestiole qui émettait un pâle halo de lumière, comme la petite flamme d’une veilleuse de nuit.

    – Qui es-tu ? – s’enquit Pinocchio.

    – Je suis l’ombre du Grillon-qui-parle – répondit la bestiole d’une voix infiniment faible et qui semblait venir de l’au-delà.

    – Qu’est-ce que tu me veux ?

    – Je veux te donner un conseil. Fais demi-tour et porte les quatre pièces qui te restent à ton pauvre papa qui pleure et se désespère en ne te voyant pas revenir.

    – Demain, mon papa sera un grand monsieur car ces quatre sequins vont en faire deux mille.

    – Ne te fie jamais, mon garçon, à ceux qui te promettent de te rendre riche du jour au lendemain. Ce sont toujours, soit des fous, soit des filous. Crois-moi, rentre chez toi. 

    – Et moi, au contraire, je veux continuer.

    – Il est tard...

    – Je veux continuer.

    – Il fait noir...

    – Je veux continuer.

    – Le chemin est dangereux...

    – Je continuerai quand même.

    – Rappelle-toi que les enfants capricieux tôt ou tard s’en repentent toujours.

    – Oh ! Toujours les mêmes histoires ! Bonne nuit, grillon.

    – Bonne nuit, Pinocchio. Que le ciel te protège de la rosée et des assassins !

    Ces dernières paroles prononcées, plus rien n’éclaira l’endroit où se tenait le Grillon-qui-parle. Il s’était éteint comme s’éteint une chandelle dont on vient de souffler la flamme. Et l’obscurité sur la route en fut plus profonde encore.

     

    Chapitre 14         

    Pinocchio, qui n’a pas suivi les excellents conseils du Grillon-qui-parle, se retrouve nez à nez avec des bandits.

    La marionnette reprit sa route en bougonnant :

    – Nous autres, les enfants, n’avons vraiment pas de chance. Tout le monde nous donne des leçons ou nous réprimande. A les entendre, ils se prennent tous pour nos papas ou nos maîtres d’école. Tous, même un simple grillon ! Parce que je n’ai pas voulu suivre les conseils de cet ennuyeux Grillon-qui-parle, le voilà qui me prédit plein d’ennuis. D’après lui, je risquerais de rencontrer des bandits ! Encore heureux que je n’y croie pas. D’ailleurs, je n’y ai jamais cru. Pour moi, les bandits ont été inventés exprès par les papas pour faire peur aux enfants qui veulent sortir la nuit. Et même si j’en croisais sur cette route, est-ce que je me laisserais intimider ? Jamais de la vie ! Je leur dirais, bien en face : « C’est à quel sujet, messieurs les bandits ? ». Ah mais ! Ils s’apercevraient qu’on ne plaisante pas avec moi. Ils continueraient leur chemin, et basta ! Des paroles bien senties et ces bandits, moi, je les vois détalant comme le vent. D’ailleurs, s’ils n’étaient pas suffisamment éduqués pour s’en aller, c’est moi qui partirais pour avoir la paix...

    Pinocchio n’eut pas le temps d’achever son raisonnement car il venait d’entendre le bruissement d’une feuille derrière lui.

    Il se retourna. Dans la pénombre, il distingua deux sinistres individus dissimulés dans des sacs de charbon qui le suivaient sur la pointe des pieds. On aurait dit deux fantômes.

    – Ce sont les bandits! – se dit-il.

    Et, comme il ne savait pas où cacher ses pièces d’or, il les fourra dans sa bouche et les glissa sous sa langue. Puis il essaya de se sauver. Mais à peine avait-il bougé qu’il sentit qu’on l’attrapait par le bras. Deux voix caverneuses vociférèrent :

    – La bourse ou la vie !

    Pinocchio ne pouvait pas répondre à cause des sequins qu’il avait dans la bouche. Il multiplia contorsions et mimiques pour expliquer à ces deux encagoulés, dont on ne voyait que les yeux à travers des trous faits dans les sacs, qu’il n’était qu’une pauvre marionnette n’ayant pas la moindre piécette, même fausse, sur lui.

    – Ça suffit ! Arrête ton baratin et montre ton argent ! – crièrent en chœur les deux brigands.

    Pinocchio, d’un signe de tête accompagné d’un mouvement des mains, leur signifia qu’il n’en avait pas.

    – Sors-le ! Sinon, tu es mort. – menaça le plus grand.

    – Mort ! – répéta l’autre

    – Et après, on tuera aussi ton père !

    – Aussi ton père !

    – Non, non, pas mon pauvre papa ! – hurla Pinocchio, désespéré.

    Mais, en disant, cela, les pièces s’entrechoquèrent dans sa bouche.

    – Ah ! Chenapan ! Ton argent, tu l’as donc caché sous ta langue ? Crache ces pièces tout de suite !

    Pinocchio resta de marbre.

    – Tu fais le sourd maintenant ? Attends un peu qu’on te les fasse cracher, nous !

    Le premier le saisit par le nez et le second lui prit le menton puis ils se mirent à tirer de toutes leurs forces pour l’obliger à ouvrir la bouche. Ils n’y parvinrent pas: la bouche de la marionnette paraissait clouée.  

    Le plus petit des brigands sortit alors un grand couteau qu’il essaya d’utiliser à la fois comme burin et levier en l’enfonçant entre les lèvres de Pinocchio. Mais celui-ci, vif comme l’éclair, referma sa mâchoire et, d’un coup sec, lui coupa la main. Quand il la recracha, il fut très étonné de constater que c’était une patte de chat.

    Encouragé par cette première victoire, il parvint à se sortir des griffes de ses agresseurs et, sautant par-dessus la haie bordant la route, s’échappa à travers les champs. Les deux bandits le suivirent, comme deux chiens poursuivant un lièvre. Même celui qui avait perdu une patte. A se demander comment il pouvait faire...   

    Après quinze kilomètres de cette course-poursuite, Pinocchio n’en pouvait plus. Se voyant perdu, il s’agrippa au tronc d’un immense pin et grimpa jusqu’au sommet de l’arbre. Les autres essayèrent à leur tour mais, à mi-chemin, ils glissèrent et retombèrent en s’écorchant les mains et les pieds.

    Ils ne s’avouèrent pas vaincus pour autant. Ayant ramassé du bois bien sec, ils le déposèrent au pied de l’arbre et y mirent le feu. Immédiatement, le pin s’embrasa comme une torche dont la flamme est attisée par le vent. Constatant que les flammes montaient de plus en plus haut et ne voulant pas finir en pigeon rôti, Pinocchio sauta majestueusement de l’arbre et recommença à courir à travers champs et vignes. Avec, toujours derrière lui, les deux bandits, manifestement infatigables.

    L’aube commençait à luire et ils couraient encore. Soudain, un fossé large et très profond barra la route de Pinocchio, un fossé au fond duquel coulait une eau sale, couleur café au lait. Que faire ? « Un, deux, trois » : prenant son élan, la marionnette effectua un bond gigantesque et se retrouva sur l’autre rive. Les brigands voulurent sauter à leur tour mais ils avaient mal calculé leur coup et, patatras!, ils se retrouvèrent dans le fossé. Pinocchio, entendant le plouf de leur chute dans l’eau, éclata de rire tout en continuant à courir : 

    – Bon bain, messieurs les assassins !

    Il les crut bel et bien noyés. Mais quand il regarda de nouveau derrière lui, il les vit tous les deux. Ils avaient repris la poursuite dans leurs sacs à charbon qui dégoulinaient. 

     

    Chapitre 15         

    Les bandits continuent de poursuivre Pinocchio. Après l’avoir rattrapé, ils le pendent à une branche du Grand Chêne.

    Découragée, la marionnette était sur le point de se coucher par terre en se déclarant vaincue quand elle aperçut dans le lointain, contrastant avec le vert sombre de la frondaison des arbres, une maisonnette blanche comme la neige.

    – Si j’ai encore assez de souffle pour arriver jusqu’à cette maison, peut-être serai-je sauvé – pensa Pinocchio.

    Sans hésiter un seul instant, il reprit donc sa course folle à travers bois, les bandits toujours à ses trousses.

    Deux heures plus tard, il arrivait tout essoufflé à la porte de la maisonnette et frappait à la porte.

    Pas de réponse.

    Entendant croître le bruit des pas et de la respiration haletante de ses persécuteurs, il frappa plus fort

    La maison resta silencieuse.

    Puisque frapper ne servait à rien, il s’en prit frénétiquement à la porte en lui donnant des coups de pieds et en la martelant avec sa tête. Finalement, apparut à la fenêtre une jolie fillette aux cheveux bleu-nuit et au visage pâle comme une statue de cire. Son regard était éteint et elle tenait ses bras croisés sur sa poitrine. Elle murmura d’une voix faible qui paraissait venir de l’au-delà :

    – Il n’y a personne dans cette maison. Ils sont tous morts.

    – Mais toi, tu peux m’ouvrir ! – cria Pinocchio, pleurant et suppliant.

    – Moi aussi, je suis morte.

    – Morte ? Mais alors, qu’est-ce que tu fais là, à la fenêtre ?

    – J’attends le cercueil qui m’emportera.

    Sur ces dernières paroles, la fillette disparut et la fenêtre se referma sans bruit.

    –Ô jolie fillette aux cheveux bleu-nuit, ouvre-moi, par pitié ! Aide un pauvre garçon poursuivi par des ban...

    Pinocchio ne put finir sa phrase. On l’avait saisi par le cou et deux sinistres voix - toujours les mêmes - grondèrent, menaçantes:

    – A présent, tu ne nous échapperas plus !

    Voyant se profiler le spectre de la mort, la marionnette fut prise d’un tremblement si intense que l’on pouvait entendre craquer les jointures de ses jambes et tinter les quatre pièces d’or cachées sous sa langue.

    – Et maintenant ? -  fulminèrent les brigands – Cette bouche, tu vas l’ouvrir, oui ou non ? Tu ne réponds toujours pas ? Aucune importance : nous, on va bien t’obliger à l’ouvrir !

    Alors, sortant deux longs couteaux tranchants comme des rasoirs, chlak... ils lui portèrent deux coups dans les reins.

    Par chance, le bois dont était fait la marionnette était si dur que les lames des couteaux se brisèrent en mille morceaux. Il n’en restait plus que les manches. Les deux bandits se regardèrent :

    – J’ai compris – dit l’un. – Il faut le pendre. Pendons-le !

    – Pendons-le ! – répéta l’autre.

    Sans attendre, ils lui lièrent les mains dans le dos et, lui ayant passé un nœud coulant autour du cou, l’accrochèrent à une branche d’un gros arbre appelé le Grand Chêne.

    Puis, assis dans l’herbe, ils attendirent que la marionnette eut une dernière convulsion. Mais celle-ci, trois heures après, avait toujours les yeux ouverts et gigotait comme jamais.

    Finalement, fatigués d’attendre, ils s’adressèrent à Pinocchio en ricanant :

    – On te laisse ! Mais reviendrons demain. D’ici là, espérons que tu auras la courtoisie de mourir tout à fait et d’ouvrir ta bouche toute grande.

    Puis ils partirent.

    Au même moment se leva la Tramontane, un vent violent mugissant rageusement qui s’abattit sur le pauvre pendu et le ballotta comme le battant d’une cloche sonnant à toutes volées. Ce terrible balancement lui causait d’horribles douleurs et le nœud coulant, enserrant de plus en plus sa gorge, l’empêchait de respirer.   

    Peu à peu, sa vue se brouilla. Tout en sentant la mort arriver, il imaginait encore qu’une âme compatissante viendrait le sauver. Et quand, après avoir longuement attendu et espéré, il comprit que personne, vraiment per­sonne ne lui porterait secours, sa pensée se tourna alors vers son pauvre papa et il balbutia tout en agonisant : 

    – Oh, mon papa à moi ! Si tu pouvais être là ! ...

    Il n’eut pas la force d’en dire plus. Il ferma les yeux, ouvrit la bouche, laissa pendre ses jambes puis, après un dernier spasme, se figea au bout de sa corde.

    Chapitre 16         

    La jolie fillette aux cheveux bleu-nuit envoie chercher la marionnette, la met au lit et appelle trois médecins pour savoir si elle morte ou vivante.

    Alors que le pauvre Pinocchio, pendu à une branche du Grand Chêne par les brigands, semblait plus mort que vif, la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit se mit de nouveau à sa fenêtre. En voyant ce malheureux suspendu par le cou que le vent du nord faisait danser au bout de sa corde, elle fut prise de pitié et frappa dans ses mains trois fois. 

    On entendit alors un grand bruissement d’ailes battant l’air avec fougue et un Faucon de belle taille vint se poser sur le rebord de la fenêtre.

    – Quels sont les ordres de ma gracieuse Fée ? – demanda le Faucon en inclinant respectueusement son bec.

    Il faut savoir que la fillette aux cheveux bleus était, en fait, une bonne Fée vivant dans ce bois depuis plus de mille ans. 

    – Tu vois cette marionnette pendue à une branche du Grand Chêne ? – dit la Fée.

    – Je la vois.

    – Alors, vole immédiatement jusqu’à elle, sers-toi de ton solide bec pour défaire le nœud qui la retient en l’air et couche-la délicatement sur l’herbe, au pied du chêne. 

    Le Faucon s’envola. Deux minutes plus tard, il était de retour :

    – Vos ordres ont été exécutés.

    – Et comment l’as-tu trouvée ? Est-elle morte ou vivante ?

    – A première vue, la marionnette paraissait sans vie, mais elle ne devait pas être tout à fait morte car, alors que je brisais le nœud coulant lui enserrant le cou, je l’ai entendue pousser un soupir et murmurer : « Maintenant, je me sens mieux ».

    La Fée frappa dans ses mains deux fois et, cette fois, apparut un magnifique Caniche qui marchait droit sur ses deux pattes de derrière, comme s’il était un humain.

    Le Caniche était habillé comme un cocher ayant revêtu sa livrée de gala. Il portait une coiffe à trois pointes bordée d’or, une perruque blanche dont les boucles lui tombaient sur les épaules, une veste couleur chocolat avec des boutons qui brillaient et deux grandes poches pour y mettre les os que lui donnait sa patronne, un pantalon court en velours rouge vif, des bas de soie, des souliers découpés et, dans le dos, une sorte de fourreau en satin bleu pour y abriter sa queue quand le temps tournait à la pluie.

    – Allez, Médor, du courage ! – lui dit la Fée. Fais atteler tout de suite le plus beau carrosse de mon écurie et dirige-toi vers le bois. Arrivé sous le Grand Chêne, tu trouveras une marionnette à moitié morte étendue sur l’herbe. Prends-la délicatement, pose-la en faisant très attention sur les coussins du carrosse et amène-la-moi. Tu as compris ?

    Le Caniche, pour montrer qu’il avait bien compris, remua le fourreau de satin bleu qu’il avait dans le dos et détala comme un cheval barbe.

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    Peu de temps après, on vit sortir de l’écurie un joli petit carrosse bleu-ciel, entièrement capitonné de plumes de canaris et, à l’intérieur, matelassé avec de la crème fouettée et des biscuits à la cuiller. Le carrosse était tiré par un attelage de deux cents petites souris blanches. Assis sur le siège du cocher, le Caniche faisait claquer son fouet, tel un postillon ayant peur d’être en retard.

    Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure que le carrosse revenait. La Fée, qui attendait à la porte de la maison, prit par le cou la pauvre marionnette, la porta jusque dans une petite chambre aux murs de nacre puis fit appeler les plus fameux médecins du voisinage.

    Les médecins arrivèrent l’un après l’autre. Il y avait un Corbeau, une Chouette et un Grillon-qui-parle. Les ayant réunis autour du lit où gisait Pinocchio, la Fée leur demanda :

    – Je souhaiterais que vous me disiez, messieurs, si cette malheureuse marionnette est morte ou vivante.

    Le Corbeau fut le premier à s’avancer. Il prit le pouls de Pinocchio, lui tâta le nez, le petit orteil et, après avoir soigneusement accompli son examen, déclara solennellement :

    – A mon avis, cette marionnette est bel et bien morte. Pourtant, si par hasard elle n’était pas morte, alors on pourrait dire sans hésitation possible qu’elle est toujours vivante !

    – Je regrette – répliqua la Chouette – de devoir contredire mon illustre ami et collègue le Corbeau mais, selon moi, bien au contraire, la marionnette est vivante. Evidemment, si par mésaventure elle n’était pas vivante, ce serait alors le signe indiscutable qu’elle est morte !

    – Et vous ? Vous ne dites rien ? – demanda la Fée au Grillon-qui-parle.

    – Moi je dis que la meilleure chose que puisse faire un médecin qui ne sait pas de quoi il parle serait qu’il se taise. Du reste, cette marionnette ne m’est pas inconnue. Je la connais même depuis longtemps !...

    Pinocchio qui, jusque-là, était resté aussi inerte qu’un bout de bois, eut une sorte de frémissement convulsif qui ébranla le lit.

    – Cette marionnette – continua le Grillon-qui-parle – est un fieffé coquin.

    Pinocchio ouvrit les yeux mais les referma aussitôt.

    – C’est un polisson, un paresseux et un vagabond.

    Pinocchio enfouit sa tête sous les draps.

    – De plus, c’est un enfant désobéissant qui fera mourir de chagrin son pauvre père.

    On entendit alors quelqu’un sangloter. Imaginez la surprise de l’assistance quand, soulevant les draps, on comprit que c’était Pinocchio qui pleurait.  

    – Quand un mort pleure, cela signifie qu’il va guérir – déclara alors le Corbeau avec solennité.

    – Je déplore de devoir contredire encore mon illustre ami et collègue – intervint la Chouette – mais, pour moi, quand un mort pleure, cela veut dire qu’il lui déplait d’être mort.

     

    Chapitre 17         

    Pinocchio accepte le sucre mais refuse le purgatif. Mais quand les croque-morts viennent le chercher, il prend le médicament. Puis il ment et son nez s’allonge.

    Les médecins partis, la Fée se pencha sur Pinocchio. Lui touchant le front, elle se rendit compte qu’il avait une énorme fièvre.

    Elle fit alors dissoudre une poudre blanche dans la moitié d’un verre d’eau et le tendit à la marionnette en lui disant avec tendresse :

    – Bois cela et tu seras guéri en peu de temps.

    Pinocchio regarda le verre, fit la moue et demanda d’une voix pleurnicharde : 

    – C’est sucré ou amer ?

    – Amer, mais cela te fera du bien.

    – Si c’est amer, je n’en veux pas.

    – Fais-moi confiance et bois !

    – Je n’aime pas ce qui est amer.

    – Bois, et quand tu auras bu, je te donnerai un morceau de sucre pour te refaire la bouche.

    – Et où est-il ce morceau de sucre ?

    – Le voici – lui répondit la Fée en plongeant sa main dans un sucrier en or. 

    – Je veux d’abord le sucre, après je boirai cette chose amère.

    – Tu me le promets ?

    – Oui...

    La Fée lui donna le morceau de sucre. Pinocchio le croqua et l’avala en un clin d’œil puis déclara en se léchant les lèvres :

    – Ah si le sucre pouvait être un médicament, je me soignerais tous les jours !

    – Maintenant, tiens ta promesse et bois un peu de cette eau qui va te remettre d’aplomb.

    Pinocchio s’empara du verre à contrecœur, y fourra son nez, l’approcha de sa bouche, le renifla de nouveau et, finalement, annonça :  

    – C’est trop amer ! Trop amer ! Je ne pourrai pas boire ça.

    – Comment peux-tu le savoir puisque tu n’y a même pas goûté ?

    – Je l’imagine ! Je l’ai senti à l’odeur. Je veux encore du sucre. Après, je boirai !

    Avec la patience infinie d’une vraie maman, la Fée lui mit dans la bouche un autre morceau de sucre puis lui présenta une nouvelle fois le verre.

    – Je ne peux pas boire dans ces conditions ! – fit la marionnette en grimaçant de plus belle. 

    – Et pourquoi ?

    – Parce que cet oreiller, là, sur mes pieds, me gêne.

    La Fée ôta l’oreiller.

    – Ce n’était pas la peine ! Même comme cela, je ne peux pas boire.

    – Il y autre chose qui te gène ?

    – Oui, la porte qui est entr’ouverte.

    La Fée alla fermer la porte.

    – Finalement – cria Pinocchio qui éclata en sanglots – ce truc amer, je n’en veux pas, non, non et non !

    – Tu le regretteras mon garçon.

    – Ca m’est égal.

    – C’est que tu es sérieusement malade.

    – Ca m’est égal.

    – En peu de temps, la fièvre peut te faire passer de vie à trépas.

    – Ca m’est égal.

    – Tu n’as pas peur de la mort ?

    – Pas du tout ! Et puis, plutôt mourir que boire cette sale mixture.

    A ce moment-là, la porte de la chambre s’ouvrit toute grande. Quatre lapins  entrèrent. Ils étaient noirs comme de l’encre et portaient sur leurs épaules un petit cercueil.

    – Qu’est-ce que vous me voulez ? – hurla Pinocchio, effrayé, en se redressant sur son lit.

    – On est venu te chercher – répondit le plus grand des lapins. 

    – Me chercher ? Mais je ne suis pas encore mort !

    – Pas encore, mais il ne te reste plus que quelques minutes à vivre puisque tu refuses de prendre le médicament pour combattre la fièvre !

    –Ô Fée, ma bonne Fée – supplia alors la marionnette – apportez-moi tout de suite ce verre ! Dépêchez-vous, par pitié, je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir...

    Pinocchio prit le verre à deux mains et le vida d’un trait.

    – Dommage ! – dirent les lapins – On a fait le voyage pour rien.

    Remettant le cercueil sur leurs épaules, ils sortirent en grommelant

    De fait, quelques minutes plus tard, Pinocchio sautait de son lit, bel et bien guéri. Il faut savoir que les marion­nettes en bois ont la chance de tomber rarement malade et qu’elles se rétablissent très vite.

    Le voyant courir et s’ébattre à travers la pièce, vif et joyeux comme un jeune chiot, la Fée lui fit remarquer:

    – Donc le médicament t’a vraiment fait du bien. 

    – Plus que du bien ! Il m’a fait revivre !

    – Alors pourquoi t’es-tu fait tant prier pour le boire ?

    – Nous, les enfants, sommes tous pareils ! On craint plus les médicaments que la maladie.

    – Mais c’est très mal ! Les enfants devraient savoir qu’un bon médicament pris à temps peut les guérir, peut-être même les empêcher de mourir.

    – Oh ! Une autre fois, je ne me ferai pas prier ! Je me souviendrai de ces lapins noirs portant un cercueil sur leurs épaules. J’attraperai tout de suite le verre, et hop !

    – Bon, maintenant viens près de moi et raconte-moi comment tu t’es retrouvé entre les mains des bri­gands.

    – Voilà : le montreur de marionnettes Mangiafoco m’avait donné quelques pièces d’or en me disant : « Tiens, porte les à ton papa ! ». Mais moi, j’ai rencontré en chemin deux personnes très bien, un Renard et un Chat, qui m’ont proposé de transformer ces pièces en mille, même deux mille autres. Ils m’ont dit : « Viens avec nous, on t’emmènera au Champ des Miracles » et j’ai répondu « D’accord ». Après, ils ont dit : « Arrêtons-nous à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge, nous en repartirons après minuit ». Mais quand je me suis réveillé, ils étaient déjà partis. Alors, je me mis à marcher dans la nuit, une nuit complètement noire, et là je suis tombé sur deux bandits cachés dans des sacs à charbon. « Montre ton argent ! » qu’ils m’ont dit. Moi, j’ai répondu : « Je n’en ai pas ». J’avais caché mes pièces d’or dans ma bouche. L’un des brigands a voulu les prendre. Je l’ai mordu très fort et lui ai coupé la main mais, quand je l’ai recrachée, je me suis aperçu que c’était la patte d’un chat. Puis les bandits se sont mis à me courir après, et plus je courais, plus ils couraient. Ils ont fini par me rattraper et ils m’ont pendu par le cou à un arbre de ce bois en disant : « Nous reviendrons demain quand tu seras mort. Tu auras la bouche ouverte et nous n’aurons plus qu’à prendre les pièces que tu caches sous ta langue ».

    – Ces pièces – questionna la Fée – où sont-elles maintenant ?

    – Je les ai perdues !

    C’était un mensonge. Les pièces, Pinocchio les avaient dans sa poche. Et il n’eut pas plus tôt menti que son nez, déjà conséquent, s’allongea immédiatement.

    – Et où les as-tu perdues ?

    – Dans le bois.

    C’était un deuxième mensonge. Le nez de Pinocchio s’allongea encore plus.

    – Si tu les as perdues dans le bois, on va les chercher et on les retrouvera. Tout ce qui se perd dans ce bois se retrouve toujours.

    – Ah oui ! Maintenant, je me rappelle. – répliqua la marionnette qui s’embrouillait – Les quatre pièces d’or, je ne les ai pas perdues. Je n’ai pas fait attention et je les ai avalées avec votre médicament. 

    A ce troisième mensonge, son nez grandit tellement que Pinocchio ne pouvait plus tourner la tête. S’il la tournait d’un côté, le nez rencontrait le lit ou les vitres de la fenêtre. S’il la tournait de l’autre, il se heurtait aux murs ou à la porte de la chambre. Et s’il relevait tant soit peu la tête, il risquait de crever un œil à la Fée.

    Celle-ci le regardait en riant.

    – Pourquoi riez-vous – s’enquit la marionnette, soucieuse et confuse à cause de ce nez qui n’arrêtait pas de croître.

    – Je ris de tes mensonges. 

    – Et comment savez-vous que j’ai menti ?

    – Mon garçon, les mensonges se repèrent tout de suite. Il y a ceux qui ont les jambes courtes et ceux qui ont le nez long. A l’évidence, tes mensonges à toi font partie de la deuxième catégorie.  

    Honteux, ne sachant plus où se cacher, Pinocchio essaya de s’enfuir de la pièce mais il n’y parvint pas. Son nez était désormais si grand qu’il ne pouvait plus passer par la porte.

    Chapitre 18         

    Pinocchio retrouve le Renard et le Chat. Il part avec eux semer ses quatre pièces d’or dans le Champ des Miracles.

    Comme on peut le deviner, la Fée laissa pleurer et hurler Pinocchio, furieux de ne pas pouvoir sortir à cause de son nez. Elle voulait lui donner une leçon afin qu’il perde l’habitude de dire des mensonges, le plus gros défaut qu’un enfant puisse avoir. Mais quand elle le vit transfiguré par le désespoir, les yeux lui sortant de la tête, elle eut pitié de lui et frappa dans ses mains. Tout un essaim d’oiseaux appelés piverts entra par la fenêtre. Se posant sur le nez disproportionné de la marionnette, ils entreprirent de le becqueter tant et si bien qu’en quelques minutes le nez retrouva sa taille normale.

    – Vous êtes ma bonne Fée et je vous aime beaucoup ! – s’exclama Pinocchio en séchant ses larmes.

    – Moi aussi, je t’aime – répondit la Fée – et si tu souhaites rester ici avec moi, tu seras mon petit frère et moi je serai ta gentille petite sœur.

    – Je resterais bien volontiers mais... mon pauvre papa ? 

    – J’ai pensé à tout. Ton papa a été averti. Il sera là avant la nuit.

    – Vraiment ? – hurla Pinocchio en sautant de joie – Alors, si vous le permettez, ma bonne Fée, je voudrais aller à sa rencontre. Il me tarde de pouvoir l’embrasser, lui qui a tant souffert à cause de moi !

    – Va donc, mais fais attention de ne pas te perdre. Prends la route qui traverse le bois. En passant par-là, je suis sûre que tu le trouveras.

    Pinocchio partit et, dès qu’il fut dans la forêt, il se mit à courir comme un chevreuil. Pourtant, arrivé près du Grand Chêne, il s’arrêta : il lui avait semblé entendre marcher dans le sous-bois. Il ne s’était pas trompé. Or savez-vous qui apparut sur le chemin ? Le Renard et le Chat, ses deux compagnons de voyage avec lesquels il avait dîné à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge ! 

    – Mais c’est notre cher Pinocchio ! – s’exclama le Renard en le prenant dans ses bras et en l’embrassant. Que fais-tu donc ici ?

    – Que fais-tu donc ici ? – répéta le Chat.

    – C’est une longue histoire – leur répondit la marionnette – que je vous raconterai quand j’aurai le temps. Sachez pourtant que l’autre nuit, quand vous m’avez laissé tout seul à l’auberge, je suis tombé sur des brigands.

    – Des brigands ? Pauvre ami ! Et que voulaient-ils, ces brigands ?

    – Me voler mes pièces d’or.

    – Les infâmes ! - glapit le Renard.

    – Les infâmes ! – répéta le Chat.

    – Je me suis sauvé mais ils m’ont suivi et, après m’avoir rattrapé, ils m’ont pendu à une branche de ce chêne.

    Pinocchio montra le Grand Chêne.

    – C’est vraiment terrible ! – gémit le Renard. Dans quel monde sommes-nous donc condamnés à vivre ! Et quel refuge pouvons-nous trouver, nous, les honnêtes gens ? 

    Alors qu’ils devisaient ainsi, Pinocchio remarqua que le Chat boitait de sa jambe antérieure droite, car il n’avait plus ni ongles ni coussinets. Il lui demanda :

    – Qu’est-il arrivé à ta patte ?

    Le Chat voulut répondre mais il ne savait que dire. Alors, le Renard intervint :

    – Mon ami est trop modeste, c’est pourquoi il ne répond pas. Je parlerai pour lui. Apprends donc que nous avons croisé sur le chemin, il y a une heure, un vieux loup à demi-mort de faim qui nous demanda l’aumône. Comme nous n’avions même pas une arête de poisson à lui donner, qu’a fait notre ami qui a vraiment un cœur d’or ? Il s’est sectionné une patte de devant et l’a jetée à cette pauvre bête afin qu’elle cesse de jeûner.

    Le Renard essuya une larme.   

    Pinocchio, troublé lui aussi, s’approcha du Chat et lui dit à l’oreille :

    – Si tous les chats étaient comme toi, les souris auraient de la chance !

    – Et à présent, qu’est-ce qui t’amène par ici ? – questionna le Renard.

    – J’attends mon papa qui doit arriver d’un moment à l’autre.

    – Et tes sequins ?

    – Je les ai toujours. Ils sont dans ma poche, sauf un qui m’a servi à payer l’aubergiste. 

    – Quand on pense qu’au lieu de quatre pièces, tu pourrais en avoir mille ou même deux mille dès demain ! Pourquoi ne suis-tu pas mon conseil ? Pourquoi ne vas-tu pas les semer dans le Champ des Miracles ?

    – Aujourd’hui, c’est impossible. J’irai un autre jour.

    – Un autre jour ? Ce sera trop tard.

    – Pourquoi ?

    – Parce que le champ a été acheté par un grand seigneur et que, à partir de demain, il sera interdit à tout le monde d’y semer de l’argent.

    – On est loin du Champ des Miracles ? – s’enquit alors Pinocchio.

    – A peine deux kilomètres. Veux-tu venir avec nous ? Tu y seras dans une demi-heure. En arrivant, tu sè­mes tes quatre pièces et, en quelques minutes, tu en récolteras deux mille. Tu seras de retour ce soir même les poches pleines. Alors, tu viens ?

    Pinocchio hésitait parce qu’il pensait à la bonne Fée, à Geppetto et aux mises en garde du grillon-qui-parle. Mais il fit ce que font tous les enfants qui n’ont pas un brin de jugeote, c’est à dire qu’il finit par dire au Renard et au chat, avec un petit hochement de tête : 

    – D’accord, je viens avec vous.

    Et ils partirent tous les trois.

    Après une bonne demi-journée de marche, ils arrivèrent dans une ville appelée « Attrapenigauds ». En entrant dans la ville, Pinocchio découvrit que les rues étaient pleines de chiens pelés que la faim faisait bailler, de moutons tondus qui tremblaient de froid, de coqs sans crêtes qui faisaient l’aumône d’un grain de maïs, de grands papillons cloués au sol parce qu’ils avaient vendu leurs belles ailes colorées, de paons sans queue n’osant plus se montrer, des faisans trottinant comme des petits vieux, pleurant leurs habits d’or et d’argent perdus pour toujours.

    Parfois un magnifique carrosse transportant un Renard, une pie voleuse ou un gros oiseau de proie passait au milieu de cette foule de mendiants et de pauvres.

    – Et le Champ des Miracles, où est-il donc ? – questionna Pinocchio.

    – C’est tout près d’ici.

    Ils traversèrent la ville, franchirent les remparts puis ils s’arrêtèrent dans un champ qui se trouvait à l’écart et ressemblait à n’importe quel autre champ.

    – Nous voici arrivés – dit le Renard à la marionnette - Penche-toi et, avec les mains, creuse un petit trou dans lequel tu mettras tes pièces d’or.

    Pinocchio obéit. Il fit le trou, y déposa les quatre sequins qui lui restaient et les recouvrit avec un peu de terre.

    – Maintenant – continua le Renard – va à l’étang qui est près d’ici, remplis un seau d’eau et arrose l‘endroit où tu as semé.

    Pinocchio se rendit à l’étang. Comme il n’avait pas de seau, il enleva une de ses chaussures qu’il remplit d’eau et en arrosa la terre. Puis il demanda :

    – Il y a autre chose à faire ?

    – Rien d’autre – assura le Renard - On peut partir. Mais toi, en revenant dans une vingtaine de minutes, tu trouveras un jeune arbre qui aura déjà poussé et dont les branches seront chargées de pièces d’or.

    La pauvre marionnette, folle de joie, remercia mille fois le Renard et le Chat et promit de leur faire un superbe cadeau.   

    – Ah non ! Pas de cadeau ! – répliquèrent les deux malandrins - De t’avoir enseigné la manière de t’enrichir sans te fatiguer nous suffit. Nous sommes heureux comme des rois.  

    Ils saluèrent Pinocchio, lui souhaitèrent une bonne récolte et s’en allèrent de leur côté. 

     

    Chapitre 19         

    Non seulement Pinocchio se fait voler ses pièces d’or mais il écope en plus de quatre mois de prison.

    La marionnette, revenue en ville, compta les minutes une à une. Quand il lui parut que c’était l’heure, il reprit sans tarder le chemin du Champ des Miracles.  

    Il pressait le pas et son cœur battait à tout rompre. On aurait dit une grosse horloge de salon faisant tac-tac, tac-tac, tac-tac... Tout en marchant, il pensait : 

    – Si, sur l’arbre, au lieu de mille pièces, j’en trouvais deux mille ? Ou même cinq mille ? Et si j’en trouvais cent mille ? Quel grand monsieur je deviendrais ! Je pourrais avoir un grand palais, plein de petits che­vaux de bois avec leurs écuries pour m’amuser, une cave remplie de liqueurs, un magasin entier de fruits confits, de tartes, de brioches, de gâteaux aux amandes et de cornets à la crème.

    Il rêva ainsi jusqu’au moment où le champ fut en vue. Là, il s’arrêta et regarda. Peut-être pouvait-il déjà aperce­voir son arbre chargé de pièces d’or ? Mais il ne vit rien. Il s’approcha d’une centaine de pas : toujours rien ! Entrant dans le Champ des Miracles, il se dirigea vers le trou où il avait enterré ses sequins. Rien ! Il n’y avait rien ! Pensif, il sortit une main de sa poche et se gratta longuement la tête, oublieux des bonnes manières. 

    C’est alors qu’un grand rire se fit entendre. Levant la tête, il vit un perroquet qui se lissait les quelques plumes qui lui restaient.

    – Pourquoi ris-tu ? – lui demanda Pinocchio sans plus de cérémonie.

    – Je ris parce que, en me lissant les plumes, je me suis fait des chatouilles sous les ailes.

    Pinocchio en resta là. Il se dirigea vers l’étang, remplit d’eau l’une de ses chaussures et revint arroser l’endroit où il avait semé ses pièces d’or.

    Mais un autre rire, encore plus impertinent que le premier, résonna dans l’espace silencieux du champ isolé.

    – Bon, on peut savoir exactement ce qui te fait rire, perroquet mal éduqué? – questionna la marionnette qui commençait à s’énerver.

    – Je ris de tous ces nigauds prêts à faire n’importe quelle bêtise et qui se font avoir par plus malins qu’eux.

    – De qui tu parles ? De moi ?

    – Mais oui, je parle de toi, mon pauvre Pinocchio, qui est assez simplet pour croire que l’on sème et que l’on récolte l’argent dans les champs, comme on fait pousser des haricots ou des citrouilles. Moi aussi, il m’est arrivé d’y croire et, aujourd’hui, crois-moi, je le regrette. Aujourd’hui – mais c’est un peu tard – je sais que pour amasser honnêtement un peu d’argent, il faut d’abord savoir le gagner, soit en travaillant de ses mains, soit en faisant fonctionner son cerveau. 

    – Je ne te comprends pas – répliqua la marionnette qui commençait cependant à avoir peur.

    – Attends ! Je vais être plus clair – renchérit le perroquet - Sache donc que, pendant que tu étais en ville, le renard et le chat sont revenus, qu’ils ont déterré tes pièces d’or et qu’ils se sont sauvés avec, filant comme le vent. Celui qui réussira à les retrouver sera un champion !

    Muet, ne voulant pas croire ce que lui disait le perroquet, Pinocchio s’acharna à creuser avec ses ongles là où il venait d’arroser la terre. Il creusa, creusa, creusa tellement qu’il réussit à faire un trou si profond qu’on aurait pu y faire entrer une meule de paille. Mais de pièces, point. Elles n’y étaient plus.

    Désespéré, il courut jusqu’à la ville et fila tout droit au tribunal dénoncer au juge les chenapans qui l’avaient volé.

    Le juge était un gorille, un vieux singe que son grand âge rendait respectable, de même que sa barbe blanche et, plus particulièrement encore, des lunettes en or, sans verres, qu’il était obligé de porter à cause d’une ma­ladie des yeux qui le tourmentait depuis des années.    

    Pinocchio lui raconta par le menu l’inique entourloupe dont il avait été la victime. Il lui fournit les noms, prénoms et signalements des deux malandrins et conclut en demandant qu’on lui fasse justice.

    Le juge l’écouta avec beaucoup de bienveillance. Il prit beaucoup d’intérêt au récit de la marionnette et même exprima émotion et attendrissement. Puis, quand Pinocchio n’eut plus rien à dire, il allongea le bras et appuya sur le bouton d’une sonnette.

    Immédiatement, deux dogues habillés en gendarmes firent irruption dans la pièce.

    Le juge, montrant Pinocchio aux gendarmes, leur dit :

    – On a volé quatre pièces d’or à ce pauvre diable : saisissez-le donc et conduisez-le tout de suite en pri­son.

    Cette sentence inattendue pétrifia la marionnette qui voulut protester. Mais les gendarmes, afin d’éviter toute perte de temps inutile, l’empêchèrent de parler et le jetèrent en prison. 

    Il y resta quatre longs mois et il y serait encore s’il ne s’était pas produit un évènement exceptionnel. Le jeune empereur qui régnait sur la ville d’Attrapenigauds ayant, en effet, remporté une grande victoire sur ses enne­mis, ordonna que soient organisées de grandes fêtes populaires avec illuminations, feux d’artifice, courses de chevaux et de vélocipèdes. Et, pour que la joie soit à son comble, il fit ouvrir les portes des prisons et délivrer tous les voyous 

    – Puisqu’on libère tout le monde, je veux m’en aller moi aussi – dit Pinocchio à son geôlier.

    – Non, pas vous – répliqua ce dernier - Vous ne faites pas partie de ceux qui bénéficient de cette mesure.

    – Je vous demande bien pardon – insista Pinocchio - Moi aussi je suis un voyou.

    – Dans ce cas, pas de problème – admit le geôlier.

    Et, saluant respectueusement Pinocchio en soulevant sa casquette, il ouvrit la porte de la prison et le laissa partir.

    Chapitre 20         

    A sa sortie de prison, Pinocchio se remet en route pour aller chez la fée. Mais un horrible serpent lui barre le chemin et il tombe dans un piège. 

    La joie de Pinocchio quand il se retrouva libre est indicible. Sans demander son reste, il quitta la ville et reprit la route conduisant chez la fée.

    Le temps étant à la pluie, le chemin était devenu un vrai bourbier dans lequel on s’enfonçait jusqu’à mi-jambe.

    Mais il ne s’en rendait même pas compte.

    Ne pensant qu’au plaisir de revoir son papa et sa petite sœur à la chevelure bleue, il courait comme un lévrier en faisant gicler la boue jusqu’à son bonnet. Tout en courant, il se disait :

    – Dans quels pétrins je me suis fourré... Mais je ne l’ai pas volé ! Je ne suis qu’un pantin têtu et susceptible qui veut tout faire comme il l’entend, sans suivre les conseils de ceux qui m’aiment et qui ont mille fois plus d’expérience que moi ! Mais, dès à présent, je prends la résolution de changer de vie et de devenir un garçon comme il faut et un enfant obéissant. Maintenant je sais que les enfants désobéissants font tout de travers et qu’il leur arrive toujours les pires désagréments. Est-ce qu’il m’aura attendu, mon papa ? Vais-je le retrouver chez la fée ? Il y a si longtemps que je ne l’ai pas vu qu’il me tarde de lui faire mille caresses et de le couvrir de baisers ! Et la fée ? Va-t-elle me pardonner ma mauvaise ac­tion ? Quand je pense qu’elle s’est si bien occupée de moi en me prodiguant ses soins et en me don­nant toute son affection ! Si je suis encore vivant aujourd’hui, c’est bien grâce à elle ! Est-il possible d’être plus ingrat que moi ?  

    A ce point de son monologue intérieur, Pinocchio s’arrêta brusquement, effrayé, et recula de quatre pas.

    Qu’avait-il vu ?

    Il avait vu un grand serpent étendu sur toute la largeur du chemin. Sa peau était verte, ses yeux rouges comme le feu et sa queue, dressée, fumait comme une cheminée.  

    Innommable est la peur qui avait saisi la marionnette. S’enfuyant le plus loin possible, Pinocchio s’assit sur un tas de cailloux en attendant que le serpent veuille bien retourner à ses affaires et libérer le passage.

    Il attendit une heure, deux heures, trois heures... Le serpent était toujours là-bas. Même de loin, on voyait ses yeux de feu et la fumée qui sortait de sa queue.

    Alors, s’armant de courage, il s’approcha et, d’une petite voix, susurra :

    – Excusez-moi, Monsieur le Serpent, pourriez-vous me faire la grâce de vous pousser un petit peu afin que je puisse passer ?

    Autant parler à un mur : le serpent ne fit pas un mouvement.

    Pinocchio insista :

    – Il faut que vous sachiez, Monsieur le Serpent, que je rentre retrouver mon papa qui m’attend et que je n’ai pas vu depuis longtemps. Consentez-donc, s’il vous plait, à me laisser poursuivre mon chemin. 

    Il attendit vainement une réponse. Le serpent qui, jusqu’à présent, semblait alerte et plein de vie, ne bougeait plus du tout. Il avait même une raideur toute cadavérique. Ses yeux étaient fermés et sa queue ne fumait plus. 

    – Serait-il vraiment mort ? se demanda Pinocchio qui battit des mains de contentement.

    Sans tarder, il entreprit de l’enjamber mais il avait à peine levé le pied que le serpent se dressa subitement, comme un ressort qui se détend. Affolé, Pinocchio fit un bond en arrière, trébucha et tomba.

    En fait, il tomba si mal qu’il se retrouva la tête enfoncée dans la boue et les jambes battant l’air.

    En voyant cette marionnette à l’envers qui gigotait avec une frénésie incroyable, le serpent fut pris d’un fou-rire irrépressible qui finit par lui faire éclater une veine de la poitrine. Cette fois, il mourut vraiment.

    Pinocchio reprit sa course afin d’arriver chez la fée avant la nuit. Mais en cours de route, comme il ne pouvait plus résister aux morsures de la faim, il pénétra dans une vigne avec l’intention de cueillir quelques grappes de raisin muscat. C’était la première fois qu’il faisait une chose pareille!

    Or, il était à peine à pied d’œuvre que, soudain, crac, il sentit que deux lames tranchantes mordaient ses jambes. Il en fut tout estourbi. 

    La pauvre marionnette était tombée dans un piège posé là par des paysans désireux d’attraper quelque grosse fouine, fléau de tous les poulaillers du voisinage.

     

    Chapitre 21         

    Pinocchio est délivré par un paysan qui l’oblige à faire le chien de garde près d’un poulailler.

    Evidemment, Pinocchio se mit à pleurer et à crier, mais ces pleurs et ces cris étaient inutiles car aucune maison n’était en vue et personne ne passait sur la route.

    La nuit tomba.

    Il était au bord de l’évanouissement : à cause de la douleur due au piège qui lui sciait les tibias, mais aussi à cause de la peur de se retrouver ainsi, seul et dans l’obscurité au milieu des champs. C’est alors qu’il vit pas­ser un ver luisant juste au-dessus de sa tête. Il l’interpella : 

    –Ô joli ver luisant, aurais-tu la bonté de mettre fin à mon supplice ?

    – Pauvre enfant ! – répondit le ver luisant qui s’était arrêté et le regardait avec compassion – Comment as-tu fait ton compte pour te retrouver prisonnier de ces lames ? 

    – Je suis entré dans le champ pour cueillir deux grappes de raisin et...

    – Ce raisin est à toi ?

    – Non...

    – Et alors ? Qui t’a appris à dérober le bien d’autrui ?

    – J’avais faim

    – Ce n’est pas une raison suffisante, mon garçon, pour chercher à t’approprier ce qui ne t’appartient pas.

    – C’est vrai ! C’est vrai ! – reconnut Pinocchio qui pleurait toujours – Je ne recommencerai plus.

    Leur dialogue fut interrompu par un léger bruit de pas qui se rapprochaient.

    C’était le propriétaire du champ. A pas de loup, il venait voir s’il avait pris au piège l’une de ces fouines qui venaient la nuit manger ses poulets.

    Quel ne fut pas son étonnement quand, ayant sorti une lanterne qu’il dissimulait sous son pardessus, il s’aperçut qu’au lieu d’une fouine, il avait pris un jeune garçon.

    – Ah, sale petit bandit ! – hurla le paysan en colère – c’est donc toi qui me voles mes poules?

    – Non, non, ce n’est pas moi ! – cria Pinocchio en sanglotant – Moi, je suis entré dans le champ seule­ment pour prendre un peu de raisin !

    – Qui vole du raisin peut très bien aussi voler des poulets. Je vais te donner une bonne leçon dont tu te souviendras longtemps.

    Ouvrant le piège, il souleva la marionnette par la nuque et la porta à bout de bras jusqu’à sa maison, comme si c’était un agneau de lait.

    Arrivé dans la cour de la maison, le paysan laissa choir Pinocchio sur le sol, l’immobilisa avec son pied et lui dit :

    – Maintenant il est tard et je vais me coucher. On règlera nos comptes demain. En attendant, comme mon chien est mort aujourd’hui, tu vas prendre sa place. Tu vas faire le chien de garde.

    Puis, sans attendre, il lui passa au cou un épais collier clouté et l’ajusta de manière qu’il ne puisse pas y passer la tête. Une longue chaîne était accrochée au collier et l’autre bout de la chaîne était fixé au mur. 

    – S’il se met à pleuvoir cette nuit, tu peux aller te coucher dans la niche. Tu y trouveras de la paille qui servait de lit à mon pauvre chien depuis quatre ans. Et si par malheur des voleurs se présentaient, n’oublie pas de dresser tes oreilles et d’aboyer. 

    Ce dernier avis donné, le paysan entra dans la maison et ferma à double tour la porte derrière lui. Le pauvre Pinocchio resta prostré dans la cour, plus mort que vif à cause du froid, de la faim et de la peur. Il passait de temps en temps une main rageuse dans le collier qui lui serrait le cou et se lamentait :

    – C’est bien fait pour moi ! Vraiment bien fait ! Je me suis conduit comme un paresseux et un vagabond, j’ai suivi les conseils de faux amis, tout cela me plonge une fois encore dans le malheur. Si j’avais été un bon garçon, comme il y en a tant, si j’avais eu le goût d’étudier et de travailler, si j’étais resté avec mon papa à la maison, je ne me retrouverais pas au milieu des champs à faire le chien de garde pour un paysan. Ah, si l’on pouvait recommencer à zéro ! Mais c’est impossible. Il me faut désormais tout endurer.

    Ayant déversé tout ce qu’il avait sur le cœur, Pinocchio entra dans la niche et s’endormit.

     

    Chapitre 22         

    Pinocchio démasque les voleurs de poules. Pour sa récompense, il recouvre la liberté.

    Il y avait plus de deux heures qu’il dormait à poings fermés dans la niche quand, vers minuit, Pinocchio fut réveillé par des murmures et des chuchotis paraissant venir de la cour. Ces voix avaient d’étranges intonations. Il pointa son nez dehors et vit un attroupement de quatre animaux au pelage sombre. On aurait dit des chats. Mais ces chats, en réalité, étaient des fouines, bêtes carnivores particulièrement friandes d’œufs et de jeunes poulets. L’une des fouines, quittant ses compagnes, s’approcha de la niche et dit à mi-voix : 

    – Bonsoir, Mélampo.

    – Je ne suis pas Mélampo – répondit la marionnette.

    – Qui donc es-tu ?

    – Je m’appelle Pinocchio.

    – Et que fais-tu là ?

    – Je fais le chien de garde.

    – Et Mélampo, où est-il ? Où est le vieux chien qui habitait dans cette niche ?

    – Il est mort ce matin.

    – Mort ? Pauvre bête ! Il était si bon ! Mais, à bien te regarder, toi aussi tu me semble être un chien tout à fait aimable.

    – Navré, mais moi je ne suis pas un chien !

    – Qu’es-tu alors ?

    – Une marionnette.

    – Et tu fais le chien de garde ?

    – Malheureusement oui. C’est ma punition.

    – Bon, dans ce cas, je te propose que nous reconduisions les accords que j’avais avec Mélampo. Cela me conviendrait parfaitement.

    – De quels accords s’agit-il ?

    – Voilà : nous viendrons une fois par semaine, comme par le passé, visiter le poulailler dont nous prélèverons huit volailles. Sept seront pour nous et nous te donnerons la huitième. Mais, entendons-nous bien, à condition que tu t’engages à faire semblant de dormir et que ne te vienne pas la fantaisie d’aboyer et de réveiller le fermier.  

    – C’est ce que faisait Mélampo ? – s’étonna Pinocchio.

    – Exactement et, avec Mélampo, il n’y a jamais eu le moindre problème. Donc, tu dors tranquillement et tu peux être sûr qu’avant de partir nous te laisserons un beau poulet tout plumé pour ton repas du lende­main. Nous nous comprenons, n’est-ce pas ?

    – Que trop bien !

    La réponse de Pinocchio était accompagnée d’un hochement de tête un brin menaçant, comme s’il avait voulu dire : « On reparlera de tout cela bientôt ! »

    Les quatre fouines, désormais rassurées, se dirigèrent alors vers le poulailler qui était tout près de la niche du chien et, attaquant la porte à coups de griffes et de dents, se faufilèrent l’une après l’autre à l’intérieur. Mais à peine étaient-elles entrées qu’elles entendirent se refermer violemment la porte.

    C’était Pinocchio qui venait de les enfermer. Et, non content d’avoir repoussé la porte du poulailler, il la bloqua avec une grosse pierre.

    Puis il se mit à aboyer, exactement comme l’aurait fait un vrai chien de garde.

    Les aboiements réveillèrent le paysan qui sauta du lit, prit son fusil et se pencha à la fenêtre :

    – Qu’est-ce qui se passe ? – cria-t-il.

    – Les voleurs de poules sont là – répondit Pinocchio.

    – Là ? Où ?

    – Dans le poulailler.

    – J’arrive tout de suite.

    Effectivement, le fermier fut dans la cour en un rien de temps. Il entra dans le poulailler, attrapa les fouines qu’il fourra dans un sac et leur dit :

    – Enfin, je vous ai attrapées ! Je pourrais vous punir moi-même, mais je ne suis pas aussi mauvais. Je me contenterai de vous donner demain à l’aubergiste du village voisin. Après vous avoir dépecé, il vous cuisinera comme du gibier. C’est un honneur que vous ne méritez pas mais les hommes généreux comme moi ne s’arrêtent pas à ce genre de détail. 

    Puis, s’approchant de Pinocchio, le paysan lui prodigua moult signes de tendresse et lui demanda :

    – Comment as-tu fait pour déjouer les manigances de ces quatre larrons ? Quand je pense que mon fidèle Mélampo, lui, ne s’est jamais aperçu de rien !

    Pinocchio aurait pu alors raconter ce qu’il savait sur le honteux pacte qui liait son chien aux fouines. Il n’en fit rien. Se rappelant que Mélampo était mort, il se dit : « Pourquoi accuser les morts ? Les morts sont morts et la meilleure chose à faire est de les laisser reposer en paix !

    – Quand les fouines sont arrivées, tu étais réveillé ou tu dormais ? – lui demanda encore le fermier.

    – Je dormais mais les fouines m’ont réveillé avec leurs bavardages. L’une d’elles est même venue me dire que si je promettais de ne pas aboyer pour ne pas vous réveiller, j’aurais droit à un beau poulet tout préparé. Vous vous rendez compte ? Avoir le culot de me faire, à moi, une telle proposition ! Je suis une marionnette certes pleine de défauts, mais jamais je n’accepterais d’être la complice de malhonnêtes gens !  

    – Bravo, mon gars ! – s’exclama le paysan en donnant à Pinocchio une tape amicale sur l’épaule.- De tels sentiments te font honneur. Pour te prouver ma satisfaction, je te rends ta liberté. Tu peux rentrer chez toi.

    Et il lui ôta le collier pour chien.

     

    Chapitre 23         

    Pinocchio pleure la mort de la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit puis il rencontre un pigeon qui l’emmène au bord de la mer. Là, il se jette à l’eau pour sauver son papa Geppetto.

    Dès qu’il fut débarrassé de l’humiliant et inconfortable collier qui lui serrait le cou, Pinocchio reprit sa course à travers les champs jusqu’à ce qu’il eut rejoint la route qui conduisait chez la Fée.

    Arrivé sur la route, il se retourna pour regarder la plaine qui s’étendait au-dessous de lui. Il distingua fort bien le bois où il avait eu le malheur de croiser le renard et le chat et même, dominant les autres arbres, la cime du Grand Chêne où il fut pendu. Mais il eut beau scruter le paysage dans tous les sens, il ne parvenait pas à trouver la maisonnette de la fillette aux cheveux bleu-nuit. 

    Il eut alors un horrible pressentiment et fit appel à toutes les forces qui lui restaient pour atteindre en quelques minutes la clairière où aurait dû se trouver la petite maison blanche. Mais il n’y avait plus de maison. Il n’y avait qu’un modeste bloc de marbre sur lequel étaient gravés en caractères d’imprimerie ces tristes mots :

    CI-GÎT

    LA FILLETTE AUX CHEVEUX BLEUS

    MORTE DE CHAGRIN

    APRÈS AVOIR ÉTÉ ABANDONNÉE

    PAR SON PETIT FRÈRE PINOCCHIO

    Ce que ressentit Pinocchio quand il eut déchiffré tant bien que mal cette inscription, je vous laisse l’imaginer. Il se jeta à terre et couvrit de baisers la pierre tombale tout en éclatant en sanglots. Il pleura la nuit entière. Au lever du jour, il pleurait encore. Il pleura tant et tant que ses yeux n’avaient plus de larmes. Alentour, les collines avoisinantes renvoyaient l’écho de ses cris stridents et de ses lamentations déchirantes :

    –Ô ma petite Fée, pourquoi es-tu morte ? Pourquoi toi et pas moi, moi qui suis si méchant alors que toi, tu étais si bonne ? Et mon papa, qu’est-il devenu ?Ô ma petite Fée, dis-moi où je pourrais le trouver car je veux rester avec lui pour toujours, ne plus jamais le quitter, jamais, jamais !Ô petite Fée, dis-moi que ce n’est pas vrai, que tu n’es pas morte ! Si vraiment tu m’aimes, si tu aimes ton petit frère, alors renais, sois vivante, comme avant ! Cela ne te fait rien de me voir abandonné de tous ? Si les bandits revenaient et me pendaient encore à la branche d’un arbre, cette fois je mourrais pour de bon. Que veux-tu que je fasse tout seul dans ce vaste monde ? Maintenant que j’ai perdu mon papa, qui va me donner à manger ? Et la nuit, où pourrai-je dormir ? Qui va me tailler de nouveaux vêtements ? Oh ce serait mieux, cent fois mieux que je meure moi aussi ! Oh oui, je veux mourir ! Hi ! Hi ! Hi !

    Au comble du désespoir, il fit le geste de s’arracher les cheveux. Mais ses cheveux étant en bois, il ne pouvait même pas y passer la main.   

    A ce moment-là passa très haut dans le ciel un gros pigeon qui, s’arrêtant un instant de battre des ailes, lui cria :

    – Dis-moi, gamin, qu’est-ce que tu fais couché par terre ?

    – Tu ne le vois donc pas ? Je pleure ! – lui répondit Pinocchio en levant la tête et en se frottant les yeux avec la manche de sa veste.

    – Dis-moi, – lui demanda encore le Pigeon – tu ne connaîtrais pas, par hasard, parmi tes amis, une marion­nette ayant pour nom Pinocchio ?

    La marionnette bondit sur ses pieds :

    – Pinocchio ? Tu as dit Pinocchio ? Mais Pinocchio, c’est moi !

    Le Pigeon descendit alors rapidement et vint se poser près lui. Il était plus gros qu’un dindon.

    – Ainsi tu connaîtrais Geppetto ? – questionna le Pigeon.

    – Si je le connais ? Mais c’est mon papa ! Il t’a parlé de moi ? Tu me conduis vers lui ? Il est toujours vivant ? Par pitié, réponds-moi ! Est-ce qu’il est toujours vivant ?

    – Il y a trois jours, il était sur une plage, au bord de la mer.

    – Qu’est-ce qu’il faisait ?

    – Il se fabriquait une chaloupe pour traverser l’océan. Depuis plus de quatre mois, le pauvre homme te cherche partout. Et comme il n’a pas réussi à te retrouver, il s’est mis dans la tête d’aller voir dans les lointaines contrées du Nouveau Monde.

    – Elle est loin cette plage ? – s’enquit Pinocchio d’une voix que l’anxiété rendait haletante.

    – Plus de mille kilomètres.

    – Mille kilomètres ? Ô Pigeon, si je pouvais avoir des ailes comme toi !

    – Si tu veux, je t’emmène.

    – Mais comment ?

    – A califourchon sur mon dos. Tu es lourd ?

    – Lourd ? Pas du tout ! Je suis aussi léger qu’une feuille.

    Sans attendre une minute de plus, Pinocchio sauta sur le dos du gros Pigeon, mit une jambe de chaque côté, comme un écuyer, et lança joyeusement : « Galope, galope, petit cheval, car je suis pressé d’arriver !

    Le Pigeon s’envola. Quelques instants plus tard, il volait tellement haut qu’il touchait presque les nuages. La marionnette eut alors la curiosité de regarder en bas mais elle eut très peur et la tête lui tourna. Par crainte de tomber, elle entoura le plus étroitement possible de ses bras le cou de sa monture à plumes.

    Ils volèrent ainsi toute la journée. Vers le soir, le Pigeon déclara :  

    – J’ai très soif !

    – Et moi, très faim – ajouta Pinocchio.

    – Arrêtons-nous quelques instants dans ce colombier. Après, on reprendra notre voyage et on arrivera à l’aube sur la plage.

    Le colombier était désert. Mais ils y trouvèrent une bassine pleine d’eau ainsi qu’un panier rempli de vesces. 

    Pinocchio, normalement, ne pouvait pas souffrir ces herbes. A l’entendre, elles lui donnaient la nausée et lui retournaient l’estomac. Mais ce jour-là, il s’en empiffra. Quand il eut quasiment tout mangé, il se tourna vers le Pigeon et lui dit : 

    – Je n’aurais jamais cru que les vesces fussent si bonnes !

    – Mon garçon, lorsque la faim vous tenaille et qu’il n’y a rien d’autre à manger, même les vesces deviennent une nourriture exquise ! La faim se moque bien des caprices de la gourmandise ! 

    Leur repas hâtivement consommé, ils repartirent. Au petit matin, ils étaient sur la plage. Le Pigeon déposa Pinocchio, s’envola immédiatement et disparut dans les airs, apparemment peu soucieux de s’entendre re­mercier pour sa bonne action.

    La plage était recouverte de gens qui criaient et gesticulaient en regardant la mer.

    – Qu’est-ce qui se passe ? – demanda Pinocchio à une vieille femme.

    – Il se passe qu’un pauvre père à la recherche de son fils s’est embarqué pour tenter de le retrouver de l’autre côté de l’océan. Mais la mer est mauvaise aujourd’hui et sa chaloupe risque de sombrer.

    – Où est-elle cette chaloupe ?

    – Là-bas, juste au bout de mon doigt – répondit la vieille femme en montrant une petite embarcation qui, vue de la plage, semblait une coque de noix contenant un homme minuscule.  

    Pinocchio scruta la surface de l’océan et, après avoir regardé très attentivement, hurla :

    – C’est mon papa ! C’est mon papa !

    Ballottée par les ondes en furie, la petite embarcation disparaissait comme avalée par les énormes vagues puis réapparaissait. Pinocchio, debout sur un rocher élevé, n’en finissait pas d’appeler son papa et de lui en­voyer des signaux en agitant les bras, son mouchoir et même son bonnet.

    Geppetto, pourtant loin de la côte, semblait avoir reconnu son enfant. Lui aussi faisait des signes avec son béret et, par gestes, tentait d’expliquer qu’il aurait bien volontiers fait marche arrière mais que la mer déchaînée l’empêchait de se servir de ses rames et de se rapprocher de la terre.

    Soudain, un vague énorme le submergea et la chaloupe disparut.

    On attendit vainement que l’embarcation refasse surface.

    – Pauvre homme ! – dirent les pêcheurs rassemblés sur la plage.

    Et, marmonnant à voix basse une prière, ils se décidèrent à rentrer chez eux.

    C’est alors qu’ils entendirent un hurlement désespéré. Se retournant, ils virent un jeune garçon qui, du haut d’un rocher, se jetait dans la mer tout en criant :

    – Je vais sauver mon papa !

    Puisqu’il était en bois, Pinocchio flottait facilement. De plus, il nageait comme un poisson. Longtemps, on put voir une jambe ou un bras de la marionnette apparaître et disparaître dans les flots, de plus en plus loin de la côte. A la fin, on ne vit plus rien du tout.

    – Pauvre garçon ! – soupirèrent les pêcheurs.

    Et ils rentrèrent chez eux en marmonnant une prière.

     

    Chapitre 24         

    Pinocchio arrive dans une île appelée « Ile des Abeilles Industrieuses » et retrouve la Fée.

    La marionnette, dans l’espoir d’arriver à temps pour sauver son pauvre père, nagea toute la nuit.

    Et quelle horrible nuit il passa ! Le tonnerre grondait avec fracas, il tombait des trombes d’eau et même de la grêle, des éclairs éclairaient le ciel comme s’il faisait jour. 

    Au petit matin, Pinocchio entrevit non loin de lui une longue bande de terre qui émergeait de la mer.

    Dès lors, il mobilisa toutes ses forces pour arriver jusque-là, mais en vain. Il faisait du sur-place, ballotté comme une vulgaire brindille par le flux et le reflux des flots déchaînés. Surgit, heureusement pour lui, une va­gue encore plus impétueuse que les autres qui le catapulta sans ménagement sur le sable du rivage.

    Sa chute fut si violente que toutes ses côtes et toutes ses jointures craquèrent. Il se consola immédiatement en remarquant :  

    – Ouf ! Cette fois encore, je l’ai échappé belle !

    Puis, peu à peu, le ciel redevint serein, le soleil brilla de nouveau et la mer retrouva son calme. 

    Pinocchio enleva alors ses vêtements pour les faire sécher et inspecta l’immense étendue maritime pour tenter d’apercevoir une minuscule embarcation avec un petit homme dedans. Mais il eut beau chercher, il ne voyait rien d’autre que le ciel, l’océan et quelques voiles de bateaux si éloignés qu’ils n’étaient pas plus gros qu’une mouche.  

    – Si au moins je savais comment se nomme cette île ! – se disait-il – Si au moins j’étais sûr qu’elle était habitée par des gens civilisés, je veux dire par des gens qui n’ont pas la mauvaise habitude de pendre les enfants aux branches des arbres ! Mais à qui le demander ? A qui, s’il n’y a personne ?  

    A la pensée de se retrouver complètement seul dans un pays déserté, toute la tristesse du monde lui tomba dessus et il était sur le point de pleurer quand, soudain, il vit passer, à quelques encablures du rivage, un gros poisson qui vaquait tranquillement à ses affaires. Ne connaissant pas son nom, la marionnette s’adressa à lui en ces termes :

    – Eh!, monsieur le poisson, pourrais-je vous dire un mot ?

    – Même deux – répondit le poisson qui, en fait, était un Dauphin, un Dauphin très aimable comme on en trouve peu dans n’importe quelle mer du globe.

    – Pourriez-vous me dire si, dans cette île, il y a des villages où l’on puisse manger sans prendre le risque d’être mangé ?

    – Certainement – répondit le Dauphin – Tu en trouveras même un non loin d’ici.

    – Comment on y va ?

    – Tu prends ce sentier, là, sur ta gauche, et tu marches tout droit. Tu ne peux pas te tromper.

    – Autre chose. Vous qui passez vos jours et vos nuits à sillonner l’océan, n’auriez-vous pas croisé par hasard une chaloupe avec mon papa dedans ?

    – Qui donc est ton papa ?

    – Oh, c’est le meilleur papa du monde comme moi je suis le plus sale gosse qui puisse exister.

    – Avec la tempête de cette nuit, la chaloupe a dû sombrer.

    – Et mon papa ?

    – Ton papa, à cette heure, aura sans doute été avalé par un redoutable requin qui sème terreur et désolation dans les eaux de cette île.

    – Ce requin, il est vraiment grand ? – s’enquit Pinocchio qui commençait à trembler.

    – S’il est grand ? – répliqua le Dauphin – Pour t’en faire une idée, je te dirai qu’il est plus grand qu’un im­meuble de cinq étages et que dans sa gueule pourrait passer un train entier avec sa locomotive.

    – Mamma mia ! – geignit la marionnette effrayée.

    Pinocchio se rhabilla à toute vitesse et remercia le Dauphin :

    – Adieu, monsieur le poisson, excusez le dérangement et merci mille fois pour votre courtoisie.

    Puis, sans attendre, il s’engagea sur le sentier à pas vifs, si vifs qu’il courait presque. Mais à chaque bruit, il se retournait afin de vérifier qu’il n’était pas suivi par le terrible requin grand comme une maison de cinq étages et avec un train entier dans la gueule.

    Après une demi-heure de marche, il arriva dans un petit village nommé « Le Village des Abeilles Industrieuses ». Les rues étaient sillonnées de gens qui couraient dans tous les sens et qui avaient tous quelque chose à faire. On avait beau chercher, on ne voyait ni oisif, ni vagabond.

    – J’ai compris – conclut immédiatement ce paresseux de Pinocchio – ce pays n’est pas pour moi ! Moi, je ne suis pas né pour travailler !

    Mais, en même temps, la faim le tourmentait car il n’avait rien mangé depuis vingt-quatre heures, pas même un plat de vesces.

    Que faire ?

    Pour cesser de jeûner, il avait le choix entre chercher un peu de travail ou alors mendier quelques sous ou un morceau de pain.  

    Mendier lui faisait honte car son papa lui avait enseigné que seuls les vieillards et les infirmes avaient le droit de demander l’aumône. Les vrais pauvres méritant assistance et compassion étaient uniquement ceux qui, trop âgés ou malades, ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins en travaillant de leurs propres mains. Tous les autres devaient travailler et s’ils souffraient de la faim parce qu’ils ne faisaient rien, tant pis pour eux.

    A ce moment-là passa dans la rue un homme transpirant et haletant qui tirait à grand peine deux charrettes de charbon.

    Pinocchio, jugeant sa physionomie avenante, l’accosta et lui demanda d’une petite voix tout en baissant les yeux :

    – Me feriez-vous la charité d’un petit sou, car je meurs de faim ?

    – Ce n’est pas un mais quatre sous que je te donnerai – répondit le charbonnier – si tu m’aides à tirer ces charrettes jusque chez moi.

    – Quelle idée ! – répliqua la marionnette offensée – Sachez, pour votre gouverne, que je ne suis pas une bête de somme et que je n’ai jamais été attelé à une charrette !

    – Tant mieux pour toi. Dans ce cas, mon garçon, si tu meurs vraiment de faim, mange donc deux belles tranches de ton superbe orgueil et prends bien garde de ne pas attraper une indigestion. 

    Deux minutes plus tard, c’est un maçon qui passait en portant sur l’épaule un sac de chaux.

    – Mon bon monsieur, feriez-vous l’aumône d’un sou à un pauvre garçon qui baille tellement il a faim ? – supplia Pinocchio.

    – Bien volontiers – lui répondit le maçon – Je te donnerai même cinq sous si tu m’aides à porter ce sac.

    – Mais la chaux, c’est très lourd – fit remarquer Pinocchio – et je ne veux pas me fatiguer.

    – Si tu ne veux pas te fatiguer, mon garçon, alors amuse-toi à bailler et grand bien te fasse.

    Ainsi passèrent, en moins d’une demi-heure, une vingtaine de personnes à qui la marionnette demanda l’aumône. Toutes lui répondirent :

    – Tu n’as pas honte ? Au lieu de traîner dans la rue, cherche plutôt du travail et apprends à gagner ta vie !

    Finalement apparut une sympathique jeune femme qui portait deux jarres pleines d’eau.  

    – Bonne dame, accepteriez-vous que je boive une gorgée d’eau à l’une de vos cruches – quémanda Pinocchio dont la gorge brûlait, asséchée par la soif.

    – Bois, mon garçon ! – lui dit la jeune femme en posant son fardeau à terre.

    Pinocchio but comme une éponge puis murmura, tout en s’essuyant la bouche :

    – Maintenant, je n’ai plus soif. Mais comment faire pour ne plus avoir faim ?

    La gentille dame, entendant ces paroles, s’empressa de dire :

    – Si tu m’aides à porter l’une de ces jarres, je te donnerai un beau morceau de pain quand nous serons arrivés à la maison. 

    Pinocchio regarda sans répondre la grande cruche.

    – Et avec le pain, je te servirai un plat de choux-fleurs à la vinaigrette – ajouta la jeune femme. 

    Pinocchio jeta un autre coup d’œil sur la cruche mais sans se décider.

    – Et après le chou-fleur, tu auras droit à une dragée fourrée au rossolis.

    La perspective d’une telle friandise eut raison de la résistance de la marionnette qui, s’armant de courage, se décida :

    – D’accord ! Je porterai l’un de ces cruches jusque chez vous.

    Elle était fort lourde et Pinocchio n’eut pas la force de la porter à bout de bras. Il se résigna à la poser sur sa tête.

    Une fois arrivés, la gentille jeune femme fit asseoir Pinocchio à une petite table qui était déjà mise et disposa devant lui le pain, le chou-fleur et la dragée au rossolis.

    Pinocchio ne mangea pas : il dévora. Son estomac était aussi vide qu’un quartier déserté par ses habitants depuis des lustres.

    Les morsures de la faim se calmant, il releva alors la tête pour remercier sa bienfaitrice mais il l’avait à peine dévisagée qu’il poussa un long « Oooh ! » de stupéfaction et en resta médusé, les yeux écarquillés, la fourchette en l’air et la bouche pleine de choux-fleurs. 

    – Qu’est-ce qui me vaut tant d’étonnement ? – interrogea la jeune femme en riant.

    – Vous êtes... – balbutia Pinocchio – Vous êtes... Mais vous êtes... Comme vous lui ressemblez... Je me rappelle bien... Oui, oui : les mêmes yeux, les mêmes cheveux, oui, oui, des cheveux bleu-nuit comme les siens !Ô ma chère petite Fée ! Ma Fée à moi ! Dites-moi que c’est vous, que c’est vraiment vous ! Ne me faites plus pleurer ! Si vous saviez comme j’ai pleuré ! J’ai tant pleuré !...

    En disant cela et tout en pleurant à chaudes larmes, Pinocchio se jeta à terre et enserra de ses bras les genoux de la mystérieuse jeune femme.

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    Chapitre 25         

    Lassé d’être une marionnette et voulant devenir un bon garçon, Pinocchio promet à la Fée de s’améliorer et d’étudier.

    Au début, la gentille jeune femme avait bien commencé par prétendre qu’elle n’était pas la petite Fée aux cheveux bleu-nuit mais, se sachant découverte et ne voulant pas rendre cette comédie interminable, elle finit par l’admettre :

    – Sacrée marionnette ! Et comment as-tu fait pour me reconnaître ?

    – Tout simplement parce que je vous aime énormément.

    – Tu te rends compte ? Tu m’as quittée alors que je n’étais encore qu’une fillette et maintenant je suis une femme qui pourrait être ta mère.

    – Cela me plait bien. Car, au lieu de « petite sœur », je vous appellerai « maman ». Il y a si longtemps que je meurs d’envie d’avoir une maman comme les autres enfants ! Comment avez-vous fait pour grandir si vite ?  

    – C’est un secret.

    – Confiez-le-moi ! Moi aussi, je voudrais grandir un peu. Je suis resté haut comme trois pommes.

    – Toi, tu ne peux pas grandir.

    – Et pourquoi donc ?

    – Parce que les marionnettes ne grandissent jamais. Marionnettes elles naissent, marionnettes elles vivent et marionnettes elles meurent.

    – Oui, mais moi j’en ai assez d’être une marionnette – s’exclama Pinocchio en se frappant la tête – Il serait temps que je devienne un humain.

    – Tu le deviendras... Mais il faut le mériter.

    – Vraiment ? Alors, qu’est-ce que je dois faire pour le devenir ?

    – C’est très facile : il suffit que tu consentes à être un bon petit garçon.

    – Ce que, peut-être, je ne suis pas...

    – Effectivement ! Un gentil garçon est obéissant et toi, au contraire...

    – Et moi, je n’obéis jamais.

    – Un gentil garçon aime étudier et travailler. Toi, au contraire...

    – Et moi, au contraire, je flâne et vagabonde à longueur de temps.

    – Un gentil garçon dit toujours la vérité...

    – Et moi toujours des mensonges.

    – Un gentil garçon ne rechigne pas à aller à l’école...

    – Moi l’école me rend malade. Mais maintenant, je veux changer.

    – Tu me le promets ?

    – Je le jure. Je veux devenir un enfant bien élevé et être la fierté de mon papa... Au fait, où est-il mon pau­vre papa à présent ?

    – Je ne sais pas.

    – Aurai-je le bonheur de le revoir et de lui faire des gros baisers ?

    – Je crois que oui. J’en suis même sûre.

    La réponse de la Fée rendit Pinocchio si content que, transporté, il lui prit les mains et les embrassa avec fougue. Puis, levant vers elle des yeux pleins d’amour, il lui demanda : 

    – Ainsi, ma petite maman, tu n’es pas morte ?

    – Apparemment non – répondit la Fée en souriant.

    – Si tu savais combien j’ai eu la gorge serrée et quelle douleur j’ai ressentie quand j’ai lu cet affreux « ci-gît »

    – Je sais. C’est même pour cela que je t’ai pardonné. Cela m’a fait comprendre que tu avais bon cœur et quand les enfants ont du cœur, on peut toujours espérer d’eux qu’ils retrouveront le droit chemin, même s’ils sont des polissons et qu’ils ont pris de mauvaises habitudes. Voilà pourquoi je suis venue jusqu’ici te chercher. Je serai ta maman...  

    – Formidable ! – hurla Pinocchio en sautant de joie.

    – Mais tu devras m’obéir et faire tout ce que je te dis.

    – Bien sûr, bien sûr, bien sûr !

    – Bon. Alors, dès demain, tu vas à l’école. 

    Brusquement, Pinocchio se sentit un peu moins joyeux.

    – Puis tu choisiras le métier que tu as envie de faire.

    Le visage de Pinocchio se ferma un peu plus.

    – Qu’est-ce que tu ronchonnes entre tes dents ? – demanda la Fée qui commençait à s’impatienter.

    – Eh bien... – répondit la marionnette d’une voix geignarde – Pour l’école, ce n’est pas un peu tard ?

    – Non monsieur ! Pour s’instruire, il n’est jamais trop tard.

    – Mais moi, un métier, cela ne m’intéresse pas...

    – Pourquoi donc ?

    – Travailler me fatigue.

    – Ecoute-moi, mon garçon. Tous ceux qui parlent de cette façon finissent presque toujours en prison ou à l’hospice. Sache que l’homme, sur cette terre, qu’il soit riche ou pauvre, doit toujours s’occuper à faire quelque chose, qu’il doit travailler. Prends garde à ne pas tomber dans l’oisiveté ! L’oisiveté est une maladie terrible qu’il faut guérir très vite, dès que l’on est enfant. Sinon, après, c’est trop tard : elle devient une maladie incurable.

    Touché par ces paroles, Pinocchio releva vivement la tête et déclara :

    – J’étudierai, je travaillerai, je ferai tout ce que tu voudras car la vie de marionnette ne me convient plus. Je veux devenir coûte que coûte un enfant comme les autres. Tu me l’as promis, n’est-ce pas ?

    – Je te l’ai promis. Dorénavant, cela dépend de toi.

    Chapitre 26         

    Pinocchio va au bord de la mer avec ses camarades de classe pour voir le terrible Requin.

    Le lendemain, Pinocchio partit pour l’école.

    Je vous laisse imaginer la tête de tous ces polissons d’écoliers quand ils virent une marionnette entrer dans leur classe. Ce fut un éclat de rire général. Les uns s’amusèrent à lui piquer son bonnet, d’autres à lui tirer sa veste par derrière ou à lui dessiner à l’encre deux grosses moustaches sous le nez. Certains allèrent même jusqu’à lui attacher une ficelle aux jambes et aux bras pour le faire danser.

    Au début, Pinocchio joua les indifférents et resta impassible. Mais sa patience ayant des limites, il finit par s’en prendre fermement à ceux qui l’asticotaient le plus :

    – Les gars, ça suffit ! Je ne suis pas venu pour être votre souffre-douleur. Je respecte les autres ; les au­tres doivent me respecter.

    – Bravo ! Tu parles comme un livre ! – hurlèrent ces sales gosses dont les rires redoublèrent.

    L’un d’eux, encore plus effronté que les autres, chercha alors à attraper le nez de la marionnette. Sans succès car, sous la table, Pinocchio lui décocha un bon coup de pied dans les tibias.  

    – Aïe ! Aïe !  Il a les pieds drôlement durs ! – se plaignit le gamin en se frottant la jambe.

    – Et ses coudes donc ! Ils sont encore plus durs que ses pieds ! – ajouta un autre qui venait de recevoir une bourrade dans l’estomac en réponse à ses plaisanteries grossières.

    Coup de pied et coup de coude firent leur effet : Pinocchio y gagna immédiatement l’estime et la sympathie de tous les écoliers qui se mirent à l’aimer sincèrement et à lui prodiguer mille signes d’amitié.

    Même le maître faisait son éloge tellement il était attentif, studieux, intelligent, toujours le premier à arriver à l’école et le dernier à se lever de son banc, la leçon finie.

    Son seul défaut était d’avoir des amis dont beaucoup d’entre eux n’étaient que des petits chenapans bien connus pour ne pas aimer travailler et qui ne brillaient guère à l’école.

    Chaque jour le maître le mettait en garde. Même la bonne Fée ne manquait pas de lui dire et redire :

    – Méfie-toi, Pinocchio ! Ces mauvais camarades finiront tôt ou tard par te détourner de l’étude et, peut-être même, par t’attirer de gros ennuis.

    – Il n’y a pas de danger ! – répliquait-il en haussant les épaules et en pointant son index vers son front comme pour dire : « J’ai de la jugeote ! »

    Or il advint qu’un beau jour, alors qu’il se dirigeait vers l’école, Pinocchio vit venir vers lui toute la bande de ses copains habituels :

    – Tu sais la grande nouvelle ?

    – Non.

    – Dans la mer, pas loin d’ici, il y a un Requin grand comme une montagne.

    – Vraiment ? C’est peut-être le même qui rodait déjà quand mon papa a disparu. 

    – On va à la plage pour le voir. Tu viens avec nous ?

    – Non, non. Moi, je vais à l’école.

    – L’école ? Aucune importance ! On ira demain... Une leçon de plus ou de moins n’y changera rien: on restera toujours des ânes.

    – Et le maître ? Qu’est-ce qu’il va dire ? – fit remarquer Pinocchio.

    – Le maître dira ce qu’il veut. De toute façon, il est payé pour rouspéter toute la journée. 

    – Et ma maman ?

    – Les mamans ne sont jamais au courant de rien – assurèrent ces petites pestes.

    – Bon, voilà ce que je vais faire – décida Pinocchio – Ce Requin, moi aussi je veux aller le voir et j’ai mes raisons pour cela. Mais j’irai après l’école.

    – Pauvre cloche ! – fit l’un des garçons  – Tu crois vraiment qu’un poisson d’une telle taille va rester où il est pour te faire plaisir ? Dès qu’il s’ennuiera, il filera ailleurs et alors... bonjour !

    – Il faut combien de temps pour aller à la plage ? – s’enquit la marionnette.

    – Dans une heure, on sera revenus.

    – Alors, on court ! Le premier qui arrive a gagné ! – cria Pinocchio.

    Le signal du départ donné, toute la bande de vauriens s’ébranla, s’égayant dans les champs avec leurs livres et leurs cahiers. Pinocchio, qui semblait avoir des ailes aux pieds, filait en avant.

    De temps en temps, il se retournait et se moquait de ses camarades qui, loin derrière, haletaient, couverts de poussière et la langue pendante. Il riait de bon cœur. Le malheureux ne savait pas encore dans quel épouvantable pétrin il allait se fourrer.  

     

    Chapitre 27         

    Grosse bagarre entre la marionnette et ses camarades d’école. L’un d’eux ayant été blessé, Pinocchio est arrêté par les gendarmes. 

    Dès qu’il fut sur la plage, Pinocchio inspecta l’océan mais ne vit aucun requin.

    C’était une mer d’huile dont la surface brillait comme un miroir.

    – Le Requin, où est-il ? – demanda la marionnette en se tournant vers ses petits camarades.

    – Il sera parti déjeuner – répondit l’un d’eux en riant.

    – Ou alors il fait la sieste – ajouta un autre en s’esclaffant encore plus fort.

    Ces réponses bizarres, ces rires niais conduisirent Pinocchio à penser que ses copains lui avaient fait une farce en lui racontant des sornettes. D’une voix fâchée, il leur dit :

    – Et maintenant, dites-moi pour quelle raison vous m’avez raconté cette histoire idiote de requin ?

    – Pour une bonne raison – répondirent en chœur tous ces petits polissons.

    – Laquelle ?

    – Te faire manquer l’école en t’attirant ici. Tu devrais avoir honte d’être toujours à l’heure en classe et de travailler autant.

    – Et si je veux étudier, moi, qu’est-ce que cela peut vous faire ?

    – Cela nous fait beaucoup parce que, à cause de toi, on est mal vu par le maître. 

    – A cause de moi ? Pourquoi donc ?

    – Parce que les écoliers assidus comme toi font toujours de l’ombre à ceux qui, comme nous, n’ont pas envie de travailler. Et nous, nous ne voulons pas être considérés comme des moins que rien. Nous  avons, nous aussi, notre amour-propre. 

    – Qu’est-ce que je dois faire pour que vous soyez contents?

    – Tu dois te désintéresser de l’école, des leçons et du maître, nos trois grands ennemis.

    – Et si je veux continuer à étudier ?

    – On ne te parlera plus et, à la première occasion, tu nous le paieras.

    – Vous me faites bien rire ! – rétorqua la marionnette en les défiant d’un mouvement de tête.

    – Ca suffit, Pinocchio ! – menaça alors le plus grand des garnements – Arrête de faire le fanfaron et de jouer les petits coqs ! Si tu n’as pas peur de nous, nous n’avons pas peur de toi. N’oublie pas que tu es tout seul et que nous sommes sept.   

    – Ouais, comme les sept péchés capitaux – lança Pinocchio en éclatant de rire.

    – Vous avez entendu ? Il nous a insultés ! Il nous a traités de péchés capitaux !

    – Pinocchio, demande pardon ! Sinon, gare à toi !

    – Coucou, je suis là ! – fit la marionnette en se tapotant le nez avec le doigt pour se moquer d’eux.

    – Pinocchio, ça va mal finir !

    – Coucou !

    – On te battra comme plâtre !

    – Coucou ! Coucou !

    – Tu vas rentrer chez toi le nez en compote !

    – Coucou !

    – Je vais t’en donner du coucou, moi – hurla le plus hardi des gamins – En attendant, prends toujours cet acompte et garde le au chaud pour ton dîner de ce soir. 

    Et il lui décocha un coup de poing en pleine figure.

    Comme il fallait s’y attendre, la marionnette répondit du tac au tac en frappant à son tour son agresseur et la bagarre devint générale 

    Bien qu’il fût seul contre tous, Pinocchio se montrait héroïque. Pour tenir à distance ses ennemis, il se servait avec dextérité de ses pieds en bois qui étaient très durs. Et quand il faisait mouche, il laissait toujours un bleu en souvenir.

    Les garçons, dépités de ne pas pouvoir se mesurer au corps à corps avec la marionnette, imaginèrent alors de lui envoyer des projectiles. Défaisant leurs ballots de livres, ils se mirent à lui lancer à la figure abécédaires et grammaires, les « Contes » de Thouar et le « Poussin » de Madame Baccini, toutes sortes de manuels scolaires que Pinocchio, qui était vif et dégourdi, évitait en baissant la tête si bien que, passant au-dessus de lui, les livres finissaient tous dans la mer.

    Quant aux poissons, croyant que ces bouquins étaient de la nourriture, ils accouraient à la surface de l’eau par bancs entiers. Mais après avoir attrapé une page ou une couverture, ils la recrachaient aussitôt avec une mine de dégoût comme pour dire : « Ces trucs-là ne sont pas pour nous. Ce que l’on mange d’habitude est bien meilleur ! »

    Alors que le combat s’intensifiait, un grand crabe, sorti des fonds marins et qui s’était hissé pesamment sur le rivage, cria aux écoliers d’une voix éraillée de trombone enrhumé :

    – Arrêtez, petits drôles ! Ces pugilats finissent toujours mal. A chaque fois un malheur arrive !

    Pauvre crabe ! C’est comme s’il avait prêché dans le désert. Même ce benêt de Pinocchio le regarda de travers et lui lança fort peu aimablement :

    – La ferme, espèce de raseur ! Tu ferais mieux de sucer deux pastilles de lichen pour guérir ton rhume. Va donc te mettre au lit et attraper une bonne suée ! 

    Au même moment les écoliers, qui avaient épuisé leurs propres stocks de livres, repérèrent ceux de la marionnette qui traînaient non loin d’eux et s’en emparèrent en un clin d’œil.

    Parmi ces livres, il y avait un volume relié avec du carton épais et du parchemin au dos et aux angles. C’était un traité d’arithmétique qui pesait des tonnes.

    L’un des gamins attrapa le livre, visa la tête de Pinocchio et le lança de toutes ses forces. Mais au lieu de toucher la marionnette, le traité d’arithmétique rencontra la tempe d’un autre gosse et le garçon, blanc comme un linge, s’effondra sur le sable en hurlant :

    – Maman, au secours ! Je meurs...

    A la vue du gisant, les enfants, effrayés, détalèrent à toutes jambes et disparurent

    Attristé et paralysé par la peur, Pinocchio fut le seul à rester. Il parvint néanmoins à aller tremper son mouchoir dans l’eau pour rafraîchir le front de son camarade d’école. Pleurant à chaudes larmes, il l’appelait par son nom et le suppliait :

    – Eugène, mon pauvre Eugène ! Ouvre les yeux, regarde-moi ! Pourquoi tu ne réponds pas ? Ce n’est pas moi, tu sais, qui t’ai fait mal ! Crois-moi, ce n’est pas de ma faute ! Ouvre les yeux, Eugène ! Ouvre-les, sinon je vais mourir moi aussi... Oh, mon Dieu ! Comment je vais faire pour rentrer à la maison ? Comment trouver le courage de me montrer à ma chère maman ? Que vais-je devenir ? Où m’enfuir ? Où me cacher ? Oh ! J’aurais bien mieux fait d’aller à l’école ! Pourquoi donc ai-je écouté mes camarades ? A cause d’eux, je suis damné. Pourtant, le maître me l’avait bien dit, et aussi ma maman : « Méfie-toi des mauvais camarades ! ». Mais j’ai la tête dure comme du bois, je suis obstiné comme une mule... Je n’écoute rien et n’en fais qu’à ma guise ! Et après, je paie les pots cassés. C’est comme cela depuis que je suis né. Jamais je n’ai eu une minute de répit. Oh ! Mon Dieu ! Que vais-je devenir ? Que vais-je devenir ?

    Et il pleurait. Et il braillait. Et il se frappait le front en appelant le pauvre Eugène. Et puis il entendit des pas.

    C’étaient deux gendarmes.

    – Qu’est-ce que tu fais par terre ? – demandèrent-ils

    – Je soigne mon copain.

    – Il s’est fait mal ?

    – Ben oui !

    – C’est même sérieux ! – observa l’un des gendarmes qui s’était penché sur Eugène – Ce garçon est blessé à la tempe. Qui lui a fait ça ?

    – Ce n’est pas moi – balbutia la marionnette qui ne respirait plus.

    – Si ce n’est pas toi, c’est qui ?

    – C’est... Ce n’est pas moi....

    – Et avec quoi a-t-il été blessé ?

    – Avec ce livre.

    Pinocchio ramassa le traité d’arithmétique et le montra aux gendarmes.

    – Ce livre, il est à qui ? – questionna l’un des gendarmes.

    – A moi...

    – Bon, on a compris. Lève-toi et suis-nous.

    – Mais je...

    – Suis-nous, je te dis ! 

    – Mais je suis innocent...

    – Allez ! En route !

    Comme des pêcheurs venaient à passer, frôlant le rivage avec leur bateau, les gendarmes les interpellèrent :

    – On vous confie ce garçon blessé. Emmenez-le chez vous et soignez-le. On passera demain le voir.

    Puis ils placèrent Pinocchio entre eux et lui ordonnèrent brutalement:

    – Maintenant, en avant ! Et pas de traînasserie ! Sinon, gare à toi !

    La marionnette ne se le fit pas répéter deux fois et ils s’engagèrent sur le sentier qui conduisait au village. Mais le pauvre diable de Pinocchio ne savait plus où il en était. Il lui semblait être en plein rêve, vivre un cauchemar. Il n’était plus lui-même. Il voyait double, ses jambes tremblaient, sa langue, collée au palais, l’empêchait de parler. Pourtant, malgré son hébétude, une pensée lui déchirait le cœur : celle de devoir passer sous les fenêtres de la bonne Fée escorté de deux gendarmes. Il aurait préféré mourir.  

    Ils étaient sur le point d’entrer dans le village quand une bourrasque de vent arracha le bonnet de Pinocchio qui alla valser une dizaine de pas plus loin. Alors, s’adressant aux gendarmes :

    – Puis-je aller chercher mon bonnet ?

    – D’accord. Mais faisons vite.

    Pinocchio alla donc ramasser le bonnet mais, au lieu de le remettre sur sa tête, il le fourra entre ses dents et se mit à courir à toute allure vers la plage. Il filait comme une balle de fusil.

    Les gendarmes, comprenant qu’il leur serait difficile de le rattraper, lâchèrent un énorme dogue qui gagnait habituellement toutes les courses de chiens. Pinocchio courait très vite, le chien aussi. Les villageois se pressèrent à leurs fenêtres et dans la rue, curieux de connaître l’épilogue de cette féroce compétition.

    Ils durent rester sur leur faim : Pinocchio et le dogue soulevaient une telle poussière qu’en peu de temps il ne fut plus possible de rien voir.

     

    Chapitre 28         

    Pinocchio court le grand danger d’être frit à la poêle, comme un poisson.

    Lors de cette course désespérée arriva un moment terrible où la marionnette se crut perdue. En effet, Alidor – c’était le nom du chien – courait si vite qu’il avait presque rattrapé Pinocchio. A tel point que celui-ci pouvait entendre, juste derrière lui, la respiration haletante de la sale bête et sentir la chaleur de son haleine. 

    Heureusement, la plage était toute proche car on pouvait déjà voir la mer.

    Arrivé sur le sable du rivage, Pinocchio sauta comme une grenouille et plongea dans les flots. Son poursuivant, au contraire, voulut s’arrêter mais, emporté par sa course infernale, il se retrouva à l’eau lui aussi. Ne sachant pas nager, le dogue se mit à agiter convulsivement ses pattes pour se maintenir à la surface. Or, plus il remuait ses pattes, plus il coulait.

    Hagard, ses yeux exprimant la terreur, le pauvre chien aboyait et suppliait :

    – Au secours ! Je me noie ! Je me noie !

    – Va te faire... – répliquait la marionnette qui se tenait à distance, loin de tout danger.

    – Aide-moi, Pinocchio, mon ami ! Sauve-moi de la mort !

    Pinocchio, qui avait le cœur sur la main, finit par être ému par ces cris déchirants. Alors, s’adressant au dogue :

    – Si je t’aide à te tirer de ce mauvais pas, tu me promets de me laisser tranquille ?

    – Je te le jure ! Je te le jure ! Dépêche-toi, par pitié ! Si tu hésites une minute de plus, je suis mort.

    C’est vrai qu’il hésitait, Pinocchio. Mais il se rappela ce que son papa lui avait dit tant de fois, à savoir qu’un bienfait n’est jamais perdu. Il nagea donc jusqu’à Alidor, le saisit par la queue et le tira jusque sur le sable sec du rivage.

    Le chien ne tenait plus sur ses pattes. Il avait bu tellement d’eau salée qu’il était gonflé comme un ballon. Pour autant Pinocchio ne s’y fiait pas trop et il estima plus prudent de retourner dans la mer. En s’éloignant du bord, il lança à son poursuivant devenu son obligé :

    – Adieu Alidor, bon voyage et bonjour chez toi

    – Adieu, Pinocchio. – répondit le dogue – Merci mille fois de m’avoir sauvé la vie. Tu m’as rendu un fier service et, en ce monde, un bienfait n’est jamais perdu. Si l’occasion se présente, on en reparlera.

    Pinocchio continua à nager en restant près du bord et il arriva dans une zone où il lui sembla être en sécurité. Là il vit, creusée dans les rochers qui surplombaient la côte, une espèce de grotte d’où sortait un long panache de fumée.   

    – Dans cette grotte – se dit-il – il doit y avoir du feu. Tant mieux ! Ainsi je pourrai me sécher et me réchauffer. Et après ? Après, on verra bien...

    Sa résolution prise, il se rapprocha des rochers, mais au moment où il était sur le point de se hisser hors de l’eau, il sentit quelque chose qui le soulevait et le tirait à l’air libre. Il tenta de fuir. Trop tard : à sa grande surprise, il réalisa qu’il était pris dans un grand filet au milieu d’une multitude de poissons de toutes formes et de toutes tailles, qui se débattaient et remuaient leurs nageoires caudales avec la rage du désespoir.

    En même temps, il vit sortir de la grotte un pêcheur très laid, si laid qu’il ressemblait à un monstre marin. Au lieu de cheveux, il avait sur la tête un buisson touffu d’algues vertes, verte également était la couleur de sa peau, verts étaient ses yeux et même sa longue barbe, qui descendait jusqu’à ses pieds, était verte. On aurait dit un énorme lézard vert debout sur ses pattes de derrière. 

    Quand le pêcheur eut achevé d’amener le filet, il s’exclama tout content :

    – Bénie soit la Providence ! Je vais faire bombance de poissons encore aujourd’hui.

    – Heureusement que je ne suis pas un poisson ! – se dit Pinocchio qui reprenait courage.

    L’homme traîna le filet plein de poissons jusque dans la grotte, une grotte sombre et enfumée au centre de laquelle trônait une grande poêle dans laquelle frémissait de l’huile qui dégageait une odeur insoutenable de bougie fondue.

    – Maintenant, voyons ce que nous avons pris – dit le pêcheur vert de la tête aux pieds.

    Plongeant dans le filet une main grande comme une pelle de boulanger, il en sortit une poignée de rougets.

    – Bien, très bien ces rougets ! – estima-t-il en les regardant et en les flairant, la mine satisfaite.

    Les ayant bien flairés, il les jeta dans une cuvette vide.

    Il répéta plusieurs fois la même opération. Au fur et à mesure qu’il sortait les poissons, son appétit grandissait et il jubilait :

    – Parfaits ces merlans !...

    – Exquis ces mulets !...

    – Délicieuses ces soles !...

    – Impeccables ces vives !...

    – Et ces anchois frais ! Magnifiques !

    Evidemment, merlans, mulets, soles, vives et anchois allèrent tous rejoindre pêle-mêle les rougets dans la cuvette.

    Il ne restait plus que Pinocchio.

    Dès que le pêcheur l’eut sorti du filet, il écarquilla ses grands yeux verts et grommela, inquiet :

    – Quel sorte de poisson est-ce donc ? Des poissons comme celui-là, je n’en ai jamais mangé !

    Il le regarda longuement sous tous les angles et conclut :

    – J’ai compris : ce doit être une sorte de crabe.

    Mortifié qu’on puisse le prendre pour un crabe, Pinocchio intervint, irrité :

    – Qu’est-ce que c’est que cette histoire de crabe ? C’est une drôle de façon de me traiter ! Vous ne voyez pas que je suis une marionnette ?

    – Une marionnette ? – répondit le pêcheur – A vrai dire, c’est la première fois que je vois un poisson-marion­nette ! Mais c’est très bien ainsi. Je ne t’en dégusterai que plus volontiers ?

    – Me déguster ? Mais je me tue à vous dire que je ne suis pas un poisson ! Vous n’entendez pas que je parle et que je raisonne comme vous ?

    – Ma foi, c’est vrai – admit le pêcheur – Et comme je vois que tu es un poisson qui parle et raisonne comme moi, tu auras droit à tous les égards dus à ton espèce.

    – C’est à dire ?

    – Eh bien, parce que tu as toute mon amitié et toute mon estime, je te laisse choisir la manière dont tu souhaites être cuisiné. Veux-tu être frit à la poêle ou cuit au court-bouillon et accompagné de sauce to­mate ?

    – Pour tout dire – fit remarquer Pinocchio – si vraiment j’avais le choix, je préférerais être libre de rentrer chez moi.

    – Tu plaisantes ? Tu crois que je vais laisser passer l’occasion de manger un poisson aussi rare que toi ? Ce n’est pas tous les jours que l’on trouve un poisson-marionnette dans la mer. Bon, laisse-moi faire : je te ferai frire avec les autres et tu en seras content. Etre frit avec de la compagnie est toujours une consolation.

    L’adage ne consola point le malheureux Pinocchio qui se mit à pleurer, disant entre deux sanglots:

    – Ah ! Que ne suis-je allé à l ‘école au lieu d’écouter mes camarades ! Hi ! Hi ! Hi !

    Comme il se tordait comme une anguille pour tenter d’échapper aux griffes du pêcheur, ce dernier lui lia les chevilles et les poignets avec du jonc et le jeta avec les autres poissons.

    Puis, étalant de la farine sur une planche en bois, il en saupoudra tous les poissons avant de les mettre à frire dans la poêle.

    Les premiers à danser dans l’huile bouillante furent les pauvres rougets. Ensuite arrivèrent les merlans, les vives, les mulets, les soles, les anchois, puis vint le tour de Pinocchio qui, se sentant si proche de la mort (et de quelle affreuse mort !), était pris de tels tremblements qu’il n’avait plus de force ni de voix pour se plaindre.  

    Le pauvre enfant n’avait plus que ses yeux pour supplier le pêcheur.

    Mais le pêcheur, insensible, le roula cinq-six fois dans la farine, si bien que Pinocchio finit par ressembler à une marionnette en plâtre.

    Puis il l’attrapa par la tête et...

     

    Chapitre 29         

    Pinocchio retourne chez la Fée qui lui promet qu’il va devenir un vrai petit garçon. Pour fêter cet évènement majeur, un grand goûter est organisé.

    Alors que le pêcheur était sur le point de jeter Pinocchio dans la poêle entra un gros chien attiré par la forte et appétissante odeur de friture.

    – Va-t-en ! – lui cria le pêcheur qui tenait toujours la marionnette enfarinée à la main. 

    Le pauvre chien avait une faim de loup. Il gémissait doucement en remuant la queue, semblant dire : « Donne-moi un peu de cette friture et je te laisse tranquille. »

    – Va-t-en, je te dis ! – répéta le pêcheur qui lui décocha un coup de pied.

    Mais ce chien n’avait pas l’habitude de se laisser brutaliser, surtout quand il avait faim. Menaçant, il gronda et montra ses terribles crocs.

    A ce moment-là, une petite voix mourante se fit entendre :

    – Sauve-moi, Alidor !... Sinon, je suis cuit !

    Le chien reconnut tout de suite la voix de Pinocchio et comprit, à sa grande surprise, qu’elle venait de cette espèce de paquet ficelé et enfariné que tenait le pêcheur.

    Que fit le chien ? Il bondit, attrapa l’objet plein de farine et, le tenant avec précaution entre ses dents, sortit de la grotte en un éclair.

    Le pêcheur, furieux de se voir subtiliser un poisson qu’il avait tant envie de manger, tenta de rattraper le chien, mais il fut pris très vite d’une quinte de toux et il revint sur ses pas.

    Alidor courut jusqu’au sentier qui menait au village, s’arrêta et déposa délicatement l’ami Pinocchio sur le sol.

    – Comment te remercier ? – demanda la marionnette.

    – Ne cherche pas. – répondit le dogue – Tu m’as sauvé la vie. Or un bienfait n’est jamais perdu. Il faut bien s’entraider en ce bas monde.

    – Mais comment as-tu fait pour me trouver ?

    – J’étais couché sur la plage, plus mort que vif, quand le vent a apporté une odeur de friture qui m’a ouvert l’appétit. Alors, j’ai suivi ces effluves qui m’ont mené à la grotte. Si jamais j’étais arrivé une minute plus tard !...

    – Ne dis pas ça ! – hurla Pinocchio qui tremblait encore de tout son être – Une minute plus tard, j’étais bel et bien frit, mangé et digéré. Brrr ! J’en ai la chair de poule rien que d’y penser !  

    En riant, Alidor tendit sa patte droite à la marionnette qui la serra avec effusion, puis ils se quittèrent.

    Le chien reprit sa route pour rentrer et Pinocchio, resté seul, se dirigea vers une chaumière qui se trouvait non loin de là. Sur le seuil, un vieil homme se réchauffait au soleil. Il s’adressa à lui:

    – Dites-moi, Monsieur, auriez-vous entendu parler d’un pauvre garçon blessé à la tête qui s’appelle Eugène ?

    – Mais oui. Ce garçon a été amené ici par des pêcheurs. Mais à présent...

    – Il est mort ! – l’interrompit Pinocchio qui ressentit une vive douleur. 

    – Pas du tout ! Il est vivant et il est rentré chez lui.

    – Vraiment ? Vraiment ? – s’exclama la marionnette qui sauta de joie – Alors, sa blessure n’était pas grave ?

    – Cela aurait pu être très grave, et même mortel – répondit le vieux monsieur – car il a reçu sur la tête un gros livre relié en carton.

    – Qui donc a fait cela ?

    – L’un de ses camarades d’école, un certain Pinocchio.

    – Pinocchio ? Qui est-ce ? – questionna l’intéressé qui faisait l’ignorant.

    – On dit que c’est un sale gosse, un vagabond, un vrai casse-cou...

    – Calomnies ! Ce sont des calomnies !

    – Ah bon ? Tu le connais, toi, ce Pinocchio ?

    – De vue...

    – Puisque tu le connais, qu’en penses-tu ?

    – Pour moi, c’est un enfant modèle, plein de bonne volonté pour travailler, obéissant, affectueux avec son papa et tous les siens...

    Pendant que Pinocchio débitait tous ces mensonges d’un air innocent, il se toucha le nez et s’aperçut que celui-ci s’était allongé d’au moins une main. Effrayé, il se ravisa : 

    – Non, non, ne m’écoutez pas, monsieur ! Je connais fort bien Pinocchio et je peux vous assurer que c’est vraiment un sale gamin désobéissant et paresseux, qu’au lieu d’aller à l’école, il va faire les quatre cents coups avec ses copains.

    Le nez retrouva sa taille normale

    – Pourquoi es-tu tout blanc ? – demanda le vieil homme.

    – C’est à dire que... voilà : sans m’en apercevoir, je me suis frotté à un mur qui venait d’être peint – expliqua la marionnette qui avait honte d’avouer qu’il avait été enduit de farine comme un poisson pour être frit à la poêle.  

    – Et qu’as-tu fait de ta veste, de ton pantalon et de ton bonnet ?

    – J’ai rencontré des voleurs qui m’ont tout pris. Au fait, vous n’auriez pas, par hasard, des vêtements pour que je puisse rentrer chez moi ?

    – Mon garçon, pour tout vêtement je n’aurais que ce petit sac dans lequel je mets du lupin. Si tu veux, prends-le.

    Pinocchio ne se le fit pas dire deux fois. Il s’empara du sac à lupin qui était vide, découpa, avec une paire de ciseaux, un trou dans le fond et deux sur les côtés, puis il enfila le sac comme si c’était une chemise. Ainsi sommairement vêtu, il se dirigea vers le village.

    Une fois sur le chemin, il ne se sentit pas tranquille. Il s’arrêtait, repartait, marmonnait pour lui seul :

    – Comment vais-je m’y prendre quand je retrouverai ma bonne petite Fée ? Et elle ? Que va-t-elle dire ? Est-ce qu’elle me pardonnera cette deuxième bêtise ? Je parie qu’elle me pardonnera ! Enfin, ce n’est pas sûr... D’ailleurs, ce serait normal : je suis un farceur qui promet toujours de s’amender et qui, jamais, ne tient parole !

    Il faisait déjà nuit quand il arriva au village. De plus, le temps était épouvantable. Il tombait des cordes. Il alla tout droit à la maison de la Fée, résolu à frapper à la porte et à se faire ouvrir.

    Mais arrivé à pied d’œuvre, le courage lui manqua. Au lieu de frapper, il fit demi-tour en courant. Puis il revint, mais n’osa rien faire. La troisième fois, pareil. La quatrième fut la bonne : tout en tremblant, il se saisit du heurtoir et frappa un tout petit coup.

    Il attendit, attendit... Une bonne demi-heure passa avant que ne s’ouvrit une fenêtre au dernier étage de la mai­son, qui en comptait quatre. Une grosse Limace, qui tenait un lumignon, se pencha :

    – Qui donc frappe à cette heure-ci ?

    – La Fée est là ? – demanda Pinocchio.

    – La Fée dort et ne veut pas qu’on la réveille. Mais toi, qui es-tu ?

    – Ben, c’est moi !

    – Qui moi ?

    – Pinocchio.

    – Pinocchio ? C’est qui ?

    – Pinocchio la marionnette ! Je vis ici, avec la Fée.

    – D’accord, j’y suis maintenant. Attends-moi ! J’arrive tout de suite...

    – Dépêche-toi, par pitié, je meurs de froid – supplia Pinocchio.

    – Mon garçon, je fais ce que je peux. Je suis une Limace et les Limaces ne vont pas vite.

    Une heure s’écoula, puis deux, et la porte ne s’ouvrait toujours par. Inquiet, transi de froid avec la pluie qui s’abattait sur lui, Pinocchio prit son courage à deux mains et frappa à la porte, un peu plus fort que la première fois. La Limace apparut à la fenêtre du troisième étage.

    – Chère Limace, – implora Pinocchio – cela fait deux heures que j’attends. Et deux heures, avec ce temps de chien, c’est plus long que deux années. Viens m’ouvrir, s’il te plait.

    – Mon garçon – lui rétorqua de sa fenêtre cet animal flegmatique et serein – mon garçon, je suis une Limace et les Limaces ne vont pas vite.

    Puis la fenêtre se referma.

    Bientôt minuit sonna. Une heure passa encore, puis deux. Pinocchio attendait toujours à la porte.

    Perdant patience, celui-ci se saisit rageusement du heurtoir pour frapper fort afin de se faire entendre dans toute la maison. Mais le marteau en fer se transforma en anguille qui lui glissa des mains et disparut dans la rigole de la rue.

    – Ah ! C’est ainsi ? – hurla Pinocchio de plus en plus en colère – Dans ce cas, je vais me servir de mes pieds.

    Prenant son élan, il donna un grand coup dans la porte. Si fort que son pied pénétra dans le bois et quand il voulut l’enlever, il n’y parvint pas : celui-ci était coincé et tenait aussi fermement qu’un rivet.

    Vous vous rendez compte de la situation de la pauvre marionnette qui dut passer le reste de la nuit un pied en l’air ?

    Finalement, au petit matin, la porte s’ouvrit.

    C’était cette brave bête de Limace. Elle avait mis seulement neuf heures pour descendre du quatrième étage. Autant dire qu’elle avait attrapé une belle suée !

    – Qu’est-ce que tu fais avec ce pied dans la porte ? – demanda-t-elle à Pinocchio.

    – C’est un accident. Regardez donc, jolie Limace, si vous ne pourriez pas mettre fin à mon supplice. 

    – Mon garçon, c’est un bûcheron qu’il faudrait. Et moi, je ne suis pas un bûcheron.

    – Peut-être pourriez-vous appeler la Fée ?

    – Elle dort et ne veut pas être réveillée.

    – Mais enfin ! Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de toute la journée cloué à cette porte ?

    – Amuse-toi à compter les fourmis qui passent dans la rue.

    – Apportez-moi au moins quelque chose à manger. Je me sens à bout de force.

    – Tout de suite – répondit la Limace.

    Trois heures plus tard, Pinocchio la vit revenir avec un plateau d’argent sur la tête. Sur le plateau, il y avait du pain, un poulet rôti et quatre abricots bien mûrs.

    – Voici le repas que vous envoie la Fée.

    La vue de ce festin consola la marionnette de tous ses malheurs. 

    Mais son désappointement n’en fut que plus grand quand il commença à manger car le pain était en plâtre, le poulet en carton et les abricots de l’albâtre peint. 

    Il était sur le point de s’effondrer en larmes, de s’abandonner au désespoir, d’envoyer valser plateau et nourriture factice mais - fut-ce parce que sa peine était profonde ou parce que son estomac était vide ? - il ne fit que s’évanouir.

    Quand il reprit connaissance, il était étendu sur un divan, la Fée à ses côtés.

    – Cette fois encore, je te pardonne – lui dit-elle – mais gare à toi si tu fais encore des tiennes !

    Pinocchio promit-jura qu’il étudierait et que, désormais, il se conduirait bien. Toute l’année, il tint parole. Aux prix, il fut le plus récompensé de l’école. Son comportement provoqua tellement de louanges que la Fée, très contente, lui annonça :

    – Demain, Pinocchio, ton désir sera enfin satisfait !

    – C’est à dire ?

    – Tu ne seras plus une marionnette en bois. Demain, tu deviendras un enfant comme les autres.

    Qui n’a pas assisté à la joie de Pinocchio apprenant cette grande nouvelle ne peut pas l’imaginer ! Tous ses copains, tous ses camarades d’école étaient invités le jour suivant à un grand goûter afin de fêter l’évènement. La Fée avait fait préparer deux cents bols de café au lait et quatre cents tartines beurrées. Une journée qui promettait d’être merveilleuse et joyeuse. Mais...

    Malheureusement, dans la vie des marionnettes il y a toujours un « mais » qui gâche tout.

    Chapitre 30         

    Au lieu de se transformer en petit garçon, la marionnette part en cachette au Pays des Jouets avec son ami La Mèche.

    Naturellement, Pinocchio demanda tout de suite à la Fée la permission de sortir pour faire les invitations au goûter du lendemain. Celle-ci lui répondit :

    – Va, mais rappelle-toi que tu dois être rentré avant la nuit. Tu as bien compris ?

    – Dans une heure, je serai de retour – affirma la marionnette.

    – Attention, Pinocchio ! Les enfants promettent facilement mais, le plus souvent, ils ne tiennent pas parole. 

    – Moi, je ne suis pas comme les autres enfants. Quand je dis une chose, je la fais.

    – On verra. Mais si tu désobéis, tu le regretteras.

    – Pourquoi ?

    – Parce qu’il arrive toujours malheur aux enfants qui n’écoutent pas ceux qui en savent plus long qu’eux.

    – Je m’en suis déjà aperçu ! – reconnut Pinocchio – Mais maintenant, on ne m’y reprendra plus !

    – On verra bien si tu dis vrai.

    Pinocchio ne répondit rien, dit au revoir à sa bonne Fée qui était pour lui comme une maman et il partit en chantant et en esquissant des pas de danse.

    Une heure plus tard, il avait fait le tour de tous ses amis pour les inviter. Certains acceptèrent tout de suite avec joie, d’autres se firent un peu prier, mais quand ils surent que les tartines à tremper dans le café au lait seraient beurrées des deux côtés, ils finirent par dire : « D’accord, on viendra pour te faire plaisir ».

    Ici, il faut savoir que, parmi tous ses copains et camarades d’école, Pinocchio en préférait un qui lui était particulièrement cher. Celui-ci se prénommait Roméo mais tout le monde l’appelait La Mèche à cause de son physique allongé et raide, comme une mèche neuve pour lampe à huile.  

    La Mèche était le garçon le plus paresseux et le plus indiscipliné de toute l’école, mais Pinocchio l’aimait beaucoup. Il était allé chez lui en premier pour l’inviter au goûter et ne l’avait pas trouvé. Il y retourna deux fois, sans plus de succès.

    Où pouvait-il le dénicher ? Il le chercha un peu partout. Finalement, il le retrouva caché sous le porche d’une ferme.

    – Qu’est-ce que tu fais là ? –  demanda Pinocchio en s’approchant de lui.

    – J’attends minuit pour partir.

    – Où vas-tu donc ?

    – Loin, très loin !

    – Je suis allé trois fois chez toi.

    – Que me voulais-tu ?

    – Tu ne connais donc pas la grande nouvelle ? Tu ne sais donc pas la chance que j’ai ? 

    – Quelle chance ?

    – Demain s’achève ma vie de marionnette. Je vais être un garçon comme un autre.

    – Grand bien te fasse !

    – C’est pourquoi je t’invite à un goûter chez moi demain.

    – Mais je te dis que je pars ce soir.

    – A quelle heure ?

    – Bientôt.

    – Tu vas où exactement ?

    – Je vais vivre dans le plus beau pays du monde, un vrai pays de cocagne !

    – Comment s’appelle ce pays ?

    – C’est le Pays des Jouets. Tu ne veux pas venir avec moi ?

    – Moi ? Certainement pas !

    – Tu as tort, Pinocchio ! Si tu ne viens pas, tu t’en repentiras, crois-moi. Car où trouver ailleurs un pays aussi idyllique pour nous autres les enfants ? Il n’y a ni école, ni maîtres, ni livres. Dans ce pays béni, il n’y a rien à apprendre. Ici, le jeudi est un jour de congé. Eh bien, dans ce pays, la semaine se compose de six jeudis, plus le dimanche. Les grandes vacances commencent le Premier de l’An et finissent à la Saint-Sylvestre. Voilà un pays qui me convient parfaitement ! Tous les pays civilisés devraient lui ressembler.

    – Que fait-on de ses journées au Pays des Jouets ? – interrogea la marionnette.

    – On joue, on s’amuse du matin au soir. Le soir, on va au lit, et le lendemain matin, on recommence. Qu’en dis-tu ?

    – Hum ! – fit Pinocchio avec un mouvement de tête approbateur qui semblait dire : « C’est une vie que je mènerais volontiers, moi aussi ».

    – Alors, tu viens ou pas ? Décide-toi !

    – Non, non, non et non ! J’ai promis à la Fée d’être un bon garçon et de tenir mes promesses. D’ailleurs, je vois que le soleil se couche. Je te laisse et je file. Adieu et bon voyage !

    – Mais où es-tu si pressé d’aller ?

    – Chez moi. Ma bonne Fée veut que je revienne avant la nuit.

    – Attends au moins deux minutes.

    – C’est que je suis déjà en retard.

    – Deux minutes seulement...

    – Et si la Fée me gronde ?

    – Laisse-là dire. Après, elle s’arrêtera – affirma ce polisson de La Mèche.

    – Tu pars seul ou avec d’autres ? – questionna encore Pinocchio.

    – Seul ? Mais nous serons plus de cent !

    – Et le voyage, vous le faites à pied ?

    – A minuit passera une charrette qui doit nous emmener dans ce pays extraordinaire.

    – Qu’est-ce que je donnerai pour être ici à minuit ! – soupira Pinocchio.

    – Pourquoi ?

    – Pour vous voir tous partir ensemble.

    – Tu n’as qu’à rester et tu nous verras.

    – Non, non. Il faut que je rentre chez moi.

    – Allez ! Deux minutes seulement...

    – J’ai déjà trop tardé ! La Fée va être inquiète.

    – Oh, la pauvre Fée !... De quoi a-t-elle peur ? Que les chauves-souris te dévorent?

    – Ainsi – continua Pinocchio – tu es vraiment sûr que, dans ce pays, il n’y a pas du tout d’école ?

    – Pas l’ombre d’une.

    – Ni de maîtres ?

    – Pas un seul.

    – Que l’on n’est pas obligé de travailler ?

    – Absolument !

    – Quel beau pays ! – s’exclama Pinocchio qui se sentait venir l’eau à la bouche – Quel beau pays ! Je n’y suis jamais allé mais je l’imagine fort bien !

    – Alors ? Pourquoi ne pas y aller, toi aussi ? – s’étonna La Mèche.

    – Ne me tente pas, c’est inutile ! J’ai promis à la Fée de ne pas renier ma parole.

    – Puisque c’est ainsi, au revoir Pinocchio! Salue de ma part les petits et les grands de l’école si tu les croises sur ton chemin 

    – Adieu, La Mèche ! Bon voyage ! Amuse-toi bien et pense de temps en temps aux amis !

    La marionnette s’éloigna de deux pas, s’arrêta, se retourna :

    – Tu es sûr et certain que, dans ce pays, il y a six jeudis et un dimanche dans la semaine ? 

    – Tout à fait sûr.

    – Que les vacances commencent le premier janvier et se terminent le trente-et-un décembre ? 

    – Je te l’ai dit !

    – Quel beau pays ! – répéta Pinocchio, rêveur.

    Puis, d’un ton résolu, il lança précipitamment:

    – Cette fois, adieu pour de bon !

    – Adieu ! – répondit La Mèche.

    – Au fait, vous partez dans combien de temps ?

    – Dans deux heures.

    – Dommage ! Si cela avait été dans une heure, j’aurais pu attendre.

    – Mais la Fée ? – fit remarquer son camarade.

    – Maintenant je suis vraiment en retard. Alors, une heure de plus ou de moins...

    – Sacré Pinocchio ! Et si la Fée te gronde ?

    – Bah ! Je la laisserai dire. Après, elle s’arrêtera bien...

    Il faisait nuit, et même nuit noire quand ils aperçurent dans le lointain une lanterne allumée qui se balançait. Bientôt, ils entendirent un léger bruit de grelots et un coup de trompe aussi ténu que le zinzin d’un moustique.  

    – La voilà ! – cria La Mèche en sautant sur ses pieds.

    – Qu’est-ce que c’est ? – demanda Pinocchio à voix basse.

    – C’est la charrette qui vient me chercher. Alors, tu viens ou pas ?

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    – C’est vraiment vrai que, dans ce pays, les enfants ne sont pas obligés d’aller à l’école ?

    – C’est tout à fait vrai !

    – Quel beau pays !... Quel beau pays !... Quel beau pays tout de même!...

     

     

     

    Chapitre 31         

    Après cinq mois passés au pays de cocagne, Pinocchio, à sa grande surprise, se voit pousser des oreilles d’âne. Il devient un vrai bourricot, avec la queue et tout le reste.

    Enfin la charrette arriva. Elle ne faisait aucun bruit car ses roues étaient enrobées d’étoupe et de chiffons.

    Douze paires d’ânons composaient l’attelage. Ils avaient tous la même taille mais leurs pelages étaient de couleurs différentes.

    Quelques-uns uns de ces petits ânes étaient tout gris, d’autres blancs, d’autres encore avaient viré au poivre et sel. Certains avaient des grandes rayures jaunes et bleues. Mais le plus singulier était qu’au lieu d’être ferrés comme le sont habituellement les bêtes de trait ou de somme, ils étaient tous chaussés de bottes de cuir blanc.

    Et le cocher ?

    Imaginez un petit bonhomme plus large que haut, mou et onctueux comme une motte de beurre, au visage comme une pomme de rose, avec une petite bouche toujours rieuse et une voix douce et caressante comme celle d’un chat cherchant à s’attirer les bonnes grâces de la maîtresse de maison.   

    Dès qu’ils le voyaient, tous les enfants étaient séduits et se mettaient à courir pour monter dans sa charrette qui devait les emmener dans ce pays de cocagne que les cartes de géographie désignent sous le nom de « Pays des Jouets ».

    La charrette était déjà occupée par de jeunes enfants entre huit et douze ans, entassés les uns contre les autres comme des anchois dans la saumure. Serrés comme ils étaient, ils pouvaient à peine respirer mais aucun d’eux ne se plaignait. Ils se consolaient en pensant que, bientôt, ils arriveraient dans un endroit sans livres, ni écoles, ni maîtres. Cela les rendait si contents et si patients qu’ils en oubliaient les désagréments et la fatigue du voyage ainsi que la faim, la soif et l’envie de dormir. 

    La charrette arrêtée, le petit homme se tourna vers La Mèche et, après mille minauderies, lui demanda, tout sourire :

    – Dis-moi, bel enfant, tu veux aller, toi aussi, au pays du bonheur ? 

    – Sûr que je veux y aller – répondit le garçon.

    – Le problème, mon chéri, c’est qu’il n’y a plus de place. Comme tu vois, la charrette est pleine.

    – Aucune importance ! Puisqu’il n’y a plus de place dedans, je vais m’installer sur les brancards.

    La Mèche prit son élan et s’assit à califourchon sur la pièce de bois

    – Et toi, mon joli ? – demanda le cocher en se penchant, cérémonieux, vers Pinocchio – Que souhaites-tu faire ? Venir avec nous ou rester ici ?

    – Moi, je reste. – décida la marionnette – Je veux rentrer chez moi pour étudier et réussir à l’école comme font tous les enfants sages.

    – Alors, bonne chance !

    – Pinocchio, écoute ! – intervint La Mèche – Viens avec nous, cela nous fera plaisir !

    – Non, non, non !

    – Viens ! Cela nous fera plaisir. – lui crièrent d’autres enfants.

    – Viens avec nous ! -  hurlèrent tous ensemble les occupants de la charrette.

    – Mais si je viens avec vous, qu’est-ce que je vais dire à ma bonne fée ? – interrogea la marionnette qui commençait à faiblir et à tergiverser.

    – Ne te tracasse donc pas comme cela. Pense plutôt que nous allons dans un pays où l’on peut faire tout ce que l’on veut du matin au soir.

    Nulle réponse de la part de Pinocchio mais un premier soupir, puis un autre, et encore un autre. Et, au bout du compte :

    – D’accord ! Faites-moi un peu de place. Je pars avec vous.

    – C’est complet – fit remarquer le cocher – mais comme tu es le bienvenu, je te cède volontiers mon siège.

    – Mais vous ?

    – Moi, j’irai à pied.

    – Non, non. Ne vous dérangez pas. Je vais grimper sur le dos de l’un de ces ânes.

    Sitôt dit, sitôt fait. Choisissant l’une des deux bêtes de tête, Pinocchio s’apprêtait à la monter quand l’animal, sans prévenir, lui donna un grand coup de museau dans l’estomac, l’envoyant valdinguer les quatre fers en l’air. 

    Vous imaginez l’énorme éclat de rire et les quolibets des enfants entassés dans la charrette qui avaient tout vu!

    Seul le petit homme ne rit pas. Affectant la plus grande tendresse, il s’approcha de l’âne rebelle et fit semblant de l’embrasser. En réalité, il lui mordit l’oreille droite et lui en arracha la moitié.

    Au même moment, Pinocchio se relevait, furieux, et sautait d’un bond sur le dos du pauvre animal. Le saut avait été si beau que les enfants cessèrent de rire, se mirent à crier « Vive Pinocchio ! » et à applaudir à tout rompre. 

    Mais, sans crier gare, l’âne rua de ses deux pattes arrière et éjecta la marionnette qui se retrouva sur un tas de graviers au milieu de la route.  

    De nouveau les rires fusèrent. Seul le cocher resta imperturbable tout en manifestant la même tendresse pour l’indiscipliné en allant lui couper net la moitié de l’autre oreille. Ceci fait, il se tourna vers Pinocchio :  

    – N’aie pas peur et remonte ! Cette bête avait en tête des idées malsaines mais je lui ai glissé deux mots à l’oreille. Maintenant elle restera tranquille et sera raisonnable.

    La marionnette regrimpa donc sur le dos du petit âne et la charrette démarra. Or, pendant que l’attelage galopait sur la grande route pierreuse, Pinocchio crut entendre une voix étouffée, à peine intelligible, qui lui disait :

    – Pauvre idiot ! Tu as voulu n’en faire qu’à ta tête, mais tu le regretteras !

    Apeurée, la marionnette regarda autour d’elle pour savoir qui avait bien pu parler ainsi. Elle ne vit personne : les ânons trottaient, la charrette roulait et les enfants dormaient. La Mèche ronflait comme un loir et le cocher chantonnait sur son siège :

     « La nuit, tout le monde dort / Moi, je ne dors jamais... » 

    Cinq cents mètres plus loin, Pinocchio entendit encore la même voix sourde:

    – Tiens-toi-le pour dit, petit imbécile ! Les enfants qui arrêtent de travailler, qui se moquent des livres, de l’école et des maîtres, qui ne pensent qu’à jouer et à s’amuser finissent toujours dans le malheur ! Je le sais par expérience. Je peux donc te l’affirmer. Viendra le jour où tu pleureras, toi aussi, comme je pleure, moi, aujourd’hui... Mais ce sera trop tard !

    Plus effrayé que jamais par ces murmures, Pinocchio quitta la croupe de sa monture pour aller s’agripper à son cou. 

    Et là, quel ne fut pas son étonnement quand il se rendit compte que le petit âne pleurait... Et qu’il pleurait comme un enfant !

    – Hé ! Ho ! Monsieur le petit bonhomme ! – cria alors Pinocchio au charretier – Vous savez quoi ? Eh bien, cet âne pleure.

    – Laisse-le pleurer. Il rira le jour de ses noces.

    – Peut-être lui avez-vous aussi appris à parler ?

    – Non. Il a appris tout seul à balbutier quelques mots car il a vécu trois ans avec des chiens savants.

    – Pauvre bête !

    – Allez, allez... On ne va pas perdre notre temps à regarder pleurer un âne. Remets-toi d’aplomb que l’on puisse repartir. La nuit est fraîche et la route est longue.  

    La marionnette obéit sans ajouter un mot et la charrette reprit sa course. Le lendemain, au lever du jour, ils arrivèrent sans encombre au Pays des Jouets.

    Ce pays ne ressemblait à aucun autre. Il n’y avait que des enfants. Les plus vieux avaient quatorze ans, les plus jeunes à peine huit. Dans les rues ce n’étaient que bonne humeur, tapages et cris à vous crever le tympan ! Des bandes de gamins partout jouant aux osselets, à la marelle, au ballon, faisant du vélo ou du cheval de bois, ayant organisé une partie de colin-maillard ou se courant après. Certains chantaient, d’autres faisaient des sauts périlleux ou s’amusaient à marcher sur les mains. Un général au casque fabriqué avec du feuillage passait en revue un escadron en papier mâché. On riait, on hurlait, on s’appelait, on battait des mains, on sifflait, on imitait le chant de la poule venant de pondre un œuf... Le boucan était tel qu’il aurait fallu se mettre du coton dans les oreilles pour ne pas devenir sourd. Sur chaque place, il y avait un spectacle sous tente qui attirait tout au long de la journée une foule d’enfants et sur les murs des maisons on pouvait lire, tracées au charbon, de jolies choses comme : « Vive les joués » (au lieu de « jouets »), « On ne veut plus des colles » (au lieu de « On ne veut plus d’école »), « A bas Lari Temétique » (au lieu de « A bas l’arithmétique ») et autres perles de ce genre.

    Pinocchio, La Mèche et tous les enfants qui étaient dans la charrette du petit homme se fondirent dans cette cohue dès qu’ils furent dans la ville et ils n’eurent aucun mal, comme on peut le deviner, à devenir les amis de tout le monde. Impossible d’être plus heureux qu’eux !

    Jeux et divertissements ne cessant jamais, les heures, les jours et les semaines filaient à toute vitesse.

    – Quelle belle vie ! – s’exclamait Pinocchio à chaque fois qu’il croisait La Mèche.

    – Tu vois que j’avais raison – répliquait l’autre – Et dire que tu ne voulais pas venir ! Que tu t’étais mis dans la tête de retourner chez la fée et de perdre ton temps à étudier ! Si aujourd’hui tu ne t’ennuies plus avec les livres et l’école, c’est bien grâce à moi et à mes conseils, d’accord ? Seuls les vrais amis sa­vent rendre de tels services.  

    – C’est vrai ! Si je suis enfin content, c’est à toi que je le dois. Quand je pense à ce que me disait le maître en parlant de toi... Tu sais ce qu’il me disait ? Il me disait toujours : « Ne fréquente pas ce fripon de La Mèche ! C’est un mauvais compagnon qui ne peut que t’attirer sur la mauvaise pente. »   

    – Pauvre maître ! – soupira La Mèche – Je sais qu’il ne m’avait pas à la bonne et qu’il n’arrêtait pas de me calomnier. Mais je suis généreux et je lui pardonne !

    – Quel bon cœur tu as ! – conclut Pinocchio en étreignant affectueusement son ami et en l’embrassant sur le front. 

    Cinq mois passèrent ainsi, à s’amuser jour après jour sans jamais voir ni livre, ni école. Puis, un matin, en se réveillant, Pinocchio eut une fort désagréable surprise qui le mit hors de lui. 

     

    Chapitre 32         

    Ses oreilles ayant poussé, Pinocchio se met à braire comme un vrai petit âne.

    Quelle fut cette mauvaise surprise ?

    Je vais vous le dire, mes chers petits lecteurs. En se réveillant, Pinocchio se gratta la tête et c’est là qu’il dé­couvrit que...

    Vous avez deviné, n’est-ce pas ?

    Il découvrit, à son grand étonnement, que ses oreilles avaient poussé au moins de la longueur d’une main.

    Vous vous rappelez que la marionnette avait toujours eu des oreilles si petites qu’on ne pouvait même pas les voir à l’œil nu. Imaginez donc la surprise de Pinocchio quand il se rendit compte que celles-ci s’étaient telle­ment allongées pendant la nuit qu’elles ressemblaient maintenant à deux écouvillons. 

    Il chercha immédiatement un miroir pour se regarder. N’en trouvant pas, il remplit d’eau une cuvette pour la toilette et, se mirant dedans, vit ce qu’il n’aurait jamais voulu voir. C’est à dire sa propre image agrémentée d’une magnifique paire d’oreilles d’âne.

    Je vous laisse imaginer la souffrance, la honte et le désespoir du pauvre Pinocchio !

    Il commença par pleurer, gémir et se cogner la tête contre le mur. Mais plus son désespoir grandissait, plus ses oreilles s’allongeaient et se recouvraient de poils. Alertée par ces cris aigus, une jolie petite marmotte qui habitait l’étage au-dessus entra dans la pièce. Voyant la grande agitation de la marionnette, elle lui demanda avec empressement :

    – Que se passe-t-il, cher voisin ?

    – Je suis malade, petite marmotte, très malade. Et malade d’une maladie qui me fait peur ! Tu sais prendre le pouls ?

    – Un peu.

    – Alors, dis-moi si j’ai de la fièvre. 

    La marmotte prit le pouls de la marionnette avec l’une de ses pattes de devant et lui dit en soupirant : 

    – Hélas, mon pauvre ami, j’ai une mauvaise nouvelle à te donner.

    – C’est à dire ?

    – Tu as une méchante et forte fièvre

    – Mais de quelle sorte de fièvre s’agit-il ?

    – Tu as une fièvre de cheval, ou plutôt d’âne.

    – Je ne comprends rien à ce que tu dis – répliqua la marionnette qui avait trop bien compris.

    – Je vais donc t’expliquer. Dans deux ou trois heures tu ne seras pas plus une marionnette qu’un petit garçon.

    – Et que serai-je ?

    – D’ici deux heures ou trois tu deviendras un bourricot, un vrai, comme ceux qui tirent les carrioles ou portent choux et salades au marché.

    – Oh ! Pauvre de moi ! Pauvre de moi ! – hurla Pinocchio en saisissant ses oreilles à pleine main, tirant dessus et essayant de les arracher rageusement comme si ce n’étaient pas les siennes.

    – Mon ami – intervint la marmotte pour le calmer – que cherches-tu donc à faire? Tu n’y peux rien ! C’est le destin ! Il est prouvé scientifiquement que tous les enfants paresseux qui rejettent les livres, l’école et les maîtres, qui passent leurs journées à jouer et à se divertir, deviennent tôt ou tard des petits ânes. 

    – C’est prouvé ? – questionna la marionnette en sanglotant.

    – Hélas, oui ! Et désormais les pleurs sont inutiles. Il fallait y penser plus tôt.

    – Mais ce n’est pas de ma faute, crois-moi, petite marmotte, c’est à cause de La Mèche !

    – La Mèche ? Qui est-ce ?

    – Un copain d’école. Moi, je voulais rentrer à la maison, je voulais être obéissant, je voulais étudier et me distinguer... Mais La Mèche m’a dit : « Pourquoi t’embêter à travailler ? Pourquoi aller en classe ? Viens plutôt avec nous au Pays des Jouets. Là-bas, on n’étudie pas, on s’amuse du matin au soir et on est toujours joyeux.

    – Pourquoi avoir suivi les conseils de ce faux ami, de ce mauvais compagnon ?

    – Pourquoi ? Parce que, petite marmotte, je suis une marionnette sans cervelle... et sans cœur. Si au moins j’avais eu un peu de cœur, je n’aurais pas abandonné ma bonne fée qui m’aimait comme son propre enfant et qui a tant fait pour moi ! A cette heure, je ne serais plus une marionnette mais un vrai petit garçon, comme tous les autres. Oh ! Si jamais je rencontre La Mèche, gare à lui ! Je lui dirai ses quatre vérités.  

    Il fut sur le point de sortir mais, arrivé sur le pas de la porte, il se rappela qu’il avait des oreilles d’âne. Il avait honte de se montrer ainsi en public, mais que faire ? Il finit par prendre un bonnet de coton qu’il mit sur sa tête et enfonça jusqu’au nez. 

    Ensuite, il partit à la recherche de La Mèche, décidé à le retrouver n’importe où. Il le chercha dans les rues, sur les places, dans les petits théâtres, mais il ne le trouva nulle part. Il eut beau demander à tous ceux qu’il croisait, personne ne l’avait vu. 

    Alors il se rendit chez lui et frappa à sa porte.

    – Qui est-ce ? – demanda La Mèche qui était là.

    – C’est moi – répondit la marionnette.

    – Attends une minute ! Je vais t’ouvrir.

    Une demi-heure plus tard, la porte s’ouvrit. Et Pinocchio n’en revint pas : son ami La Mèche avait, lui aussi, un grand bonnet de coton qui lui descendait jusqu’au nez !

    A la vue de cet accoutrement, la marion